samedi 6 décembre 2008

Vouloir retourner à une vie naturelle a-t-il un sens pour l’Homme ?


Introduction

On parle souvent d’un « retour » à la nature, comme si l’on s’était éloigné de la nature, comme si l’on présupposait que la nature a été « perdue » ou souillée avec la civilisation moderne. Mais vouloir retourner à une vie naturelle peut-il avoir un sens pour l’Homme ?

Par « vie naturelle » on entend d’abord vivre « dans » la nature. La Nature, c’est l’ensemble des choses qui existent indépendamment de l’homme ; mais l’on parle aussi d’une « nature des choses », en signifiant par là ce qui les caractérise essentiellement. De sorte que « vie naturelle » peut aussi s’entendre de deux manières : d’abord cela évoque la vie « sauvage » ou la vie « dans » la nature, mais aussi cela signifie une vie plus essentielle, plus pure, plus simple, peut-être plus libre… De la même manière, il ne faut peut-être pas prendre le verbe « retourner » au pied de la lettre ; au figuré, on « revient » à quelque chose lorsque l’on s’y intéresse à nouveau, lorsque cette chose redevient une valeur ou un bien, bref lorsque nous décidons de lui redonner un sens.

Le problème est donc se savoir si la nature peut à nouveau servir de référence, si elle a une valeur suffisante dans l’existence de l’homme civilisée. Celui-ci peut-il continuer à ignorer la nature, c’est-à-dire son environnement, et prétendre la dominer ? Inversement, est-il bien raisonnable de prétendre « revenir » à un « état de nature » qui n’a peut-être jamais existé pour l’homme, en tant qu’être essentiellement culturel ? Cependant, après avoir éliminé les solutions de facilité, il restera à montrer que le « retour à la vie naturelle », loin d’être une utopie négative, prend aujourd’hui la forme d’une préoccupation très sérieuse : rien moins qu’un « retour » au respect de la nature et de l'homme.




PLAN DU DEVELOPPEMENT

I – L’homme peut-il continuer à détruire la nature extérieure et à bafouer la nature qui est en lui ? La civilisation a-t-elle corrompu l’homme ?

1) Dès le 18è siècle, la méfiance envers l’idéologie du "progrès" s’est manifestée. Rousseau, par exemple, regrette que le progrès technique et matériel rime trop souvent avec "progrès des inégalités" . Le développement technique accroît inutilement nos besoins et nous fait perdre le goût pour les choses simples et naturelles. Il ne cesse de rappeler que l’homme dispose d’un trésor de qualités (bonté, conscience, intelligence) placé en lui par la nature, qui s’est trouvé obscurci et recouvert par la civilisation.

2) Aujourd’hui, de nombreux signes sociaux témoignent d’un besoin de retrouver la nature : ce n’est pas seulement la campagne par opposition à la ville, mais surtout la vie simple et paisible par opposition au stress et au travail. - Autre exemple, la science fiction nous donne une image souvent pessimiste du monde de demain, où l’homme sera aliéné au machines, ce qui montre au moins une inquiétude. D’où l’idée qu’il faudrait « freiner » le train du progrès avant… la catastrophe.

II – Mais ne faudrait-il pas plutôt aller de l’avant ? La vie naturelle n’est-elle pas un mythe, un danger, et le signe inquiétant d’une perte de confiance en l’homme ?

1) C’est un fait que l’ « état de nature » de l’humanité n’est qu’un mythe. L’homme se définit comme un être culturel (cf. Lévi-Strauss : la définition de la Culture) ; et même s’il comporte encore une part naturelle (innée), la nature ne peut plus lui servir de guide. Il ne doit se laisser guider que par son intelligence, sa culture et son génie propre.

2) D’une façon générale, il n’y a aucun retour possible : le progrès est irréversible. De plus il faut se méfier des « idéologies » du retour à la nature : bien des défenseurs de la nature sont en réalité fascinés par elle, par son « ordre » qui est une fausse harmonie, et par sa « loi » qui n’est pas une vraie justice.

III – Peut-être faut-il comprendre la « vie naturelle » autrement : non pas comme un « état », mais comme un devenir, un projet, voire une utopie nécessaire ?

1) D’abord la « nature » a toujours été une valeur pour la pensée philosophique : rien moins que le symbole de l’égalité et de la liberté. On le sait, le Mal est le plus souvent conçu et perpétré par l’homme ; d’où l’idée de chercher en dehors de l’homme, « avant » le monde construit par lui, une certaine idée de paix. Même si « dans » la nature, règne la loi du plus fort ou « la guerre de tous contre tous » (Hobbes), la nature reste le symbole de ce qui n’est pas encore souillé ou dégradé.

2) D’autre part la « vie naturelle » évoque la simplicité (beaucoup plus que la vie sauvage, qui n’offre effectivement pas grand intérêt.) ; elle désigne ce que nous nous efforçons pourtant d’acquérir sans y parvenir au moyen de la civilisation matérialiste : la paix et la tranquillité de l’âme.

3) Enfin c’est une question de survie pour l’humanité : revenir à la nature signifie avant tout, d’un point de vue politique et économique, qu’il faut se soucier de la nature et préserver l’environnement, réduire les nuisances industrielles que nous lui faisons subir (et nous avec). L’écologie est un « retour à la nature » au sens où elle s’en préoccupe à nouveau, rappelle le respect dû à la nature ainsi qu’à nous-mêmes en tant qu’êtres aussi bien issus de la nature.

Conclusion

Finalement, la vie naturelle n’est pas « derrière » nous comme un mythe dépassé et dangereux, mais plutôt devant nous comme une utopie nécessaire. Cela a bien un sens de vouloir retourner à une vie naturelle : c’est le fait de le vouloir, plus que le fait d’y parvenir, qui compte et qui donne un sens. La vie naturelle, après réflexion, ne désigne rien d’autre que notre survie collective, notre liberté individuelle, et notre bonheur.


(Niveau : terminales technologiques)