jeudi 19 février 2009

Lexique d'ARISTOTE (Métaphysique)

Aristote, La Métaphysique (Vrin, 1986, trad. J. Tricot)



ACCIDENT

D.30. - Accident se dit de ce qui appartient à un être et peut en être affirmé avec vérité, mais n’est pourtant ni nécessaire ni constant : par exemple, si, en creusant une fosse pour planter un arbre, on trouve un trésor. - tout attribut qui appartient à un sujet, mais non parce que le sujet était précisément ce sujet, ou le temps, ce temps, ou le lieu, ce lieu, cet attribut sera un accident. 
E.2. - L’ETRE par accident n’est jamais objet de spéculation. [en effet les accidents sont en nombre infini, sans loi, hors du “toujours” et du “plus souvent”] - il n’y a pas de science de l’accident, car l’accident n’a, en quelque sorte, qu’une existence nominale. Platon, en un sens, n’avait donc pas tort de ranger l’objet de la Sophistique dans le Non-Etre. Les arguments des Sophistes, en effet, ont rapport, pour ainsi dire, principalement, à l’accident. - pour tous les êtres qui existent d’une autre façon, il y a génération et corruption, tandis que pour les êtres par accident, cela n’a pas lieu. [les accidents naissent et meurent instantanément. Il en est de même pour leurs causes. [Tricot : Un effet accidentel est dû à une rencontre fortuite de causes indépendantes entre elles et qui, à considérer leur nature, n’étaient pas ordonnées à concourir de cette façon. - Aristote ne fait pas mention de la CAUSE formelle, et c’est avec raison, puisque l’accident est justement ce qui ne découle pas de l’essence. L’accident ne peut se rapporter qu’à la cause efficiente, car l’évènement doit prendre place dans le temps. [“si” ceci ou cela se produit : prop. conditionnelle : Stoïciens?] ].



ACTE

Q.3. - Le terme “ACTE”, que nous posons toujours avec celui d’ENTELECHIE, a été étendu des mouvements, d’où il vient principalement, aux autres choses. [L’entéléchie est soit la fin, soit l’achèvement même de l’action, soit l’action elle-même : c’est dans ce dernier sens que l’acte est pris chez Aristote.]
6. - L’acte, donc, est le fait pour une chose d’exister en réalité et non de la façon dont nous disons qu’elle existe “en puissance” - [Mais] l’acte est pris, tantôt comme le mouvement relativement à la PUISSANCE, tantôt comme la SUBSTANCE relativement à quelque matière. - [Quand] les actes ne sont pas ce en vue de quoi le mouvement s’effectue (...) nous ne sommes pas en présence d’une action, ou du moins, d’une action achevée, car ce n’est pas une fin : seul le dans lequel la fin est immanente est l’action. Par exemple, en même temps on voit et on a vu, on conçoit et on a conçu, on pense et on a pensé, alors qu’on ne peut pas apprendre et avoir appris, ni guérir et avoir été guéri. - Ces différents processus doivent être appelés, les uns, mouvements, les autres, actes - 
8. - Que, selon, la notion, l’acte soit antérieur, cela est évident : c’est parce qu’il peut s’actualiser que ce qui est puissant, au sens premier, est puissant - Quant à l’antériorité de l’acte selon le temps, voici:] d’un être en puissance, un être en acte est toujours engendré par un autre être en acte [de même espèce] : ainsi l’homme est actualisé par l’homme, le musicien, par le musicien, il y a toujours un MOTEUR premier et le moteur existe déjà en acte. - le produit étant spécifiquement identique au moteur. C’est pourquoi il est impossible, semble-t-il, d’être architecte, sans avoir rien construit - Mais l’acte est aussi assurément antérieur à la PUISSANCE sous le rapport de la SUBSTANCE : d’abord parce que ce qui est postérieur dans l’ordre de la génération est antérieur dans l’ordre de la forme et de la substance (par ex, l’homme fait est antérieur à l’enfant) (...), et parce que tout ce qui devient s’achemine vers un principe, cad une fin (puisque la cause finale d’une chose est son principe et que le devenir est en vue de la fin) : or l’acte est une fin, et c’est en vue de l’acte que la puissance est conçue. En effet, ce n’est pas pour posséder la faculté de voir que les animaux voient, mais c’est pour voir qu’ils possèdent la faculté de voir - Aussi la nature est-elle comme les maîtres, qui pensent n’avoir atteint leur fin que quand ils ont montré leur élève en action. - l’oeuvre est, en effet, ici la fin, et l’acte est L’OEUVRE ; de ce fait aussi, le mot acte, qui est dérivé d’oeuvre, tend vers le sens d’entéléchie. - Par contre, dans tous les cas où aucune oeuvre n’est produite en dehors de l’acte, l’acte réside dans l’agent même : c’est ainsi que la vision est dans le sujet voyant, la science dans le savant, et la vie dans l’âme - jusqu’à ce qu’on arrive à l’acte du premier Moteur éternel. - Mais l’acte est antérieur dans un sens plus fondamental encore. Les êtres éternels, en effet, sont antérieurs selon la substance, aux êtres corruptibles ; d’autre part, rien de ce qui est éternel n’existe en puissance, et la raison en est la suivante. Toute puissance est puissance simultanée des contradictoires - [Donc] aucun être nécessaire n’existe non plus en puissance ; or les êtres nécessaires sont des êtres premiers, puisque si ces êtres n’étaient pas, rien ne serait. - [Quant aux IDEES platoniciennes, en tant qu’universelles, elles sont des simples puissances qui se réalisent dans les individus, seuls à être réels puisqu’ils sont actes et formes.]
9. [L’acte du bien est aussi meilleur que la puissance du bien, puisque la puissance peut envelopper le bien comme son contraire, le MAL. Et inversement, l’acte du mal est pire que sa puissance. Sauf qu’il n’existe pas en acte par lui-même, étant seulement l’actualisation d’un des contraires de la puissance. Il n’existe, en quelque sorte, que comme passage de la puissance à l’acte, mais non comme acte pur. (Obscur)].


AFFECTION

D.21. - On appelle affection, en un premier sens, la QUALITE suivant laquelle un être peut être altéré [s’oppose en ce sens à ousia ] - En un autre sens, c’est l’acte de ces qualités et dès lors les altérations elles-mêmes. On entend aussi par là, particulièrement, les altérations et les mouvements nuisibles, et surtout les dommages fâcheux. En fin on appelle affections de grandes et cruelles infortunes. 


ALTERITE

I.8. - [AUTRE] L’altérité spécifique [espèce] est l’altérité d’une chose avec une autre chose, dans quelque chose qui doit être commune à l’une et l’autre : par exemple, si c’est un animal autre selon l’espèce, les deux êtres sont des animaux. Il est donc nécessaire que les êtres autres en ESPECE rentrent dans le même genre. [Tricot : or les CONTRAIRES sont, à l’exclusion des contradictoires et des relatifs, les seuls opposés qui rentrent dans le même genre.] - La différence d’une chose, en effet, à l’égard de ce dont elle diffère spécifiquement doit nécessairement être une contrariété, et la contrariété ne peut exister qu’entre des êtres rentrant dans le même genre. - I.9 - [explication: La DIFFERENCE spécifique est constituée par la contrariété dans l’essence] On peut se demander pourquoi la femme ne diffère pas spécifiquement de l’homme, alors que mâle et femelle sont des contraires - [explication:] comme il y a, d’une part, la forme, et, d’autre part, la matière, les contrariétés qui résident dans la forme créent des différences d’espèce, tandis que celles qui n’existent que dans l’être considéré en tant qu’associé à sa matière, n’en créent pas. C’est pourquoi, ni la blancheur de l’homme, ni sa noirceur ne constituent des différences spécifiques - [idem:] mâle et femelle sont des modifications propres de l’animal, non pas substantielles, mais matérielles et corporelles. 


ANTERIEUR

D.11. - Antérieur et Postérieur se disent de certaines choses (étant posée l’existence d’un objet premier et d’un principe dans chaque genre), en raison de la plus grande proximité d’un principe, déterminé soit absolument, c’est-à-dire par nature, soit par relation à quelque chose, ou selon le lieu, ou par certaines personnes. - [Vient une seconde sorte d’Antérieur, selon la connaissance : soit dans l’ordre logique, soit dans l’ordre sensible:] Dans l’ordre logique, c’est l’universel qui est antérieur ; dans l’ordre sensible, c’est l’individuel. - Il y a aussi [et surtout]l’Antérieur et le Postérieur selon la nature et la substance : sont, en ce sens, antérieures les choses qui peuvent exister indépendamment d’autres choses, tandis que els autres choses ne peuvent exister sans elles - Ensuite [toujours dans cette 3è acception] suivant qu’on se trouve en présence de la puissance ou de l’entéléchie, on a l’antériorité par rapport à la puissance et l’antériorité par rapport à l’entéléchie : par exemple, en puissance, la demi-ligne est antérieure à la ligne entière, la partie au tout, et la matière à la substance, mais selon l’entéléchie, ces choses sont postérieures - 


APORIE

B.1. - [La méthode diaporématique, qui ressortit à le Dialectique, est caractérisée par la mise en présence, pour chaque problème, d'une thèse et d'une antithèse également raisonnée. Suit la liste des apories.] 1) l'étude des causes appartient-elle à une seule science ou plusieurs? 2) Notre science doit-elle considérer seulement les premiers principes de la substance, ou bien doit-elle embrasser aussi les principes qui sont à la base de toute démonstration (...)? 3) Et si la science en question s'occupe de la substance, est-ce une seule science qui s'occupe de toutes les substances, ou y en-t-il plusieurs (...)? 4) si l'on ne doit reconnaître que des substances sensibles, ou s'il y en a encore 'autres en dehors de celles-là ; si ces autres substances sont d'un seul genre, ou s'il y a plusieurs genres. 5) savoir si notre étude doit s'appliquer seulement aux substances, ou si elle doit s'appliquer aussi aux attributs essentiels des substances. 6) est-ce que les principes et les éléments des êtres sont des genres, ou bien sont-ils, pour chaque être, les parties intrinsèques en lesquelles il est divisé ? 7) si ce sont des genres, sont-ce les genres qui sont affirmés comme étant les plus rapprochés des individus, ou bien les genres les plus élevés? 8) y a-t-il, ou non, en dehors de la matière, quelque chose qui soit cause par soi? Car quelque chose est-il séparé, ou non? est-il un ou multiple en nombre? 9) Ensuite, les principes sont-ils limités numériquement ou spécifiquement [selon l'espèce]? 10) Est-ce que les principes des êtres corruptibles et ceux des êtres incorruptibles sont les mêmes, ou sont-ils différents? 11) L'un et l'Etre sont-ils, comme le prétendaient les Pythagoriciens et Platon, non pas quelqu'autre chose, mais la substance même des choses? 12) les principes sont-ils des universels, ou sont-ils semblables à des objets individuels? 13) Sont-ils en puissance ou en acte? Sont-ils en puissance ou en acte autrement que par rapport au mouvement? 14) En outre, les nombres, les longueurs, les figures et les points sont-ils, ou non, des substances, et, s'ils sont des substances, sont-ils séparés des êtres sensibles, ou sont-ils immanents à ces êtres?


AVOIR

D.23. - En un premier sens, c’est mener quelque chose suivant sa propre nature, ou suivant sa propre tendance ; on dit, par exemple, que le fièvre “possède” l’homme, les tyrans, leurs cités ; et les gens habillés, leurs vêtements. - En un autre sens, ce en quoi une chose réside comme dans un réceptacle est dite “avoir” la chose - 


AXIOMES

G.3. - [Tricot : Les axiomes relèvent de la METAPHYSIQUE en tant qu'ils sont universels, s'appliquant à tous les êtres ; ils sont l'expression de la relation avec lui-même de l'ETRE en tant qu'être. Leur universalité tient à ce qu'ils ne sont qu'une analyse de l'idée d'Etre. De ce que l'homme, par exemple, est animal, on conclut qu'il est mortel : c'est parce que si l'homme était animal et non mortel, il serait et ne serait pas à la fois la même chose.[Principe d'IDENTITE] [Donc les axiomes expriment tous l'être-un de l'étant,] ils se rattachent tous au principe de CONTRADICTION.] Si tous les homme se servent des axiomes, c'est parce que les axiomes appartiennent à l'Etre en tant qu'être - Qu'ainsi il appartienne au philosophe, c'est-à-dire à celui qui étudie la nature de toute substance, d'examiner aussi les principes du raisonnement syllogistiques, cela est évident. - Par conséquent, celui qui connaît les êtres en tant qu'êtres doit être capable d'établir les principes les plus fermes de tous les êtres. Or celui-là, c'est le philosophe ; et le principe le plus ferme de tous se définit comme étant celui au sujet duquel il est impossible de se tromper - C'est le suivant : Il est impossible que le même attribut appartienne et n'appartienne pas en même temps, au même sujet et sous le même rapport - Il n'est pas possible, en effet, de concevoir jamais que la même chose est et n'est pas, comme certains croient qu'Héraclite le dit : car tout ce qu'on dit, on n'est pas obligé de le penser. [!] - Toute démonstration se ramène à ce principe comme à une ultime vérité, car il est, par nature, un point de départ, même pour tous les autres axiomes.


CAUSE

A.3. - En un sens, par cause nous entendons la substance formelle ou quiddité. - en un autre sens encore, la cause est la matière ou le substrat ; en un troisième sens, c’est le principe d’où part le mouvement [cause efficiente] ; en un quatrième enfin, qui est l’opposé du 3è, la cause c’est la cause finale ou le bien (car le bien est la fin de toute génération et de tout mouvement).
a.1. - C’est aussi à bon droit que la Philosophie est appelée la science de la VERITE. - Mais nous ne connaissons pas le vrai sans connaître la cause ; et la chose qui, parmi les autres, possède éminemment une nature est toujours celle dont les autres choses tiennent en commun cette nature - De là vient que les principes des êtres éternels sont nécessairement les plus vrais de tous - 
2 - De plus, il est évident qu’il y a un premier principe, et que les causes des êtres ne sont pas en nombre infini - là où il n’y a pas de terme premier, il n’y a pas non plus de terme suivant. Bien plus, une pareille doctrine est la ruine de toute connaissance scientifique - 
D.2. - On appelle cause, en un premier sens, la matière immanente dont une chose est faite : l’airain est la cause de la statue [cause matérielle] - Dans un autre sens, la cause c’est la forme et le paradigme, cad la définition de la quiddité, et ses genres [cause formelle] - La cause est encore le principe premier du changement ou du repos : l’auteur d’une décision est cause de l’action, et le père est la cause de l’enfant, et, en général, l’agent est cause de ce qui est fait [cause efficiente ou motrice] - La cause est aussi la fin, c’est-à-dire la cause finale. Par exemple la santé est la cause de la promenade. [la fin peut être seulement un bien jugé comme tel] - Cette variété de sens des causes explique comment il peut y avoir, pour un même objet, plusieurs causes - [Les causes peuvent en outre être distinguées selon 6 modes : la cause individuelle (le sculpteur, pour la statue), le genre de la cause individuelle (l’artiste), la cause accidentelle (Polyclète), le genre de la cause accidentelle (l’homme), la combinaison de la cause individuelle et de la cause accidentelle (le sculpteur Polyècte), la combinaison de la cause individuelle et du genre de la cause accidentelle (l’homme artiste).] et toutes peuvent être considérées en acte ou en puissance - par exemple, l’architecte-constructeur de maisons, et l’architecte-construisant une maison. 
H.4. - [Les 4 causes] Par exemple, quelle est la cause matérielle de l’homme? Ne sont-ce pas les menstrues? Quelle est sa cause motrice? N’est-ce pas la semence? Quelle est sa cause formelle? La quiddité de l’homme. Quelle est sa cause finale? La fin de l’homme. peut-être d’ailleurs ces deux dernières causes n’en font-elles qu’un seule. Quoi qu’il en soit, il faut avoir soin d’indiquer toujours les causes les plus rapprochées. Quelle est, par exemple, la cause matérielle? Ce n’est pas le Feu ou la Terre, mais c’est la matière propre de la chose. [en l’occurrence les menstrues...]


CONTRADICTION (Principe de)

G.4. - cf. Axiome - Quelques philosophes réclament certes une DEMONSTRATION même pour ce principe, mais c'est par une grossière ignorance : c'est de l'ignorance, en effet, que de ne pas distinguer ce qui a besoin de démonstration et ce qui n'en a pas besoin. Or il est absolument impossible de tout démontrer : on irait à l'infini, de telle sorte que, même ainsi, il n'y aurait pas de démonstration. [En fait, admettre la fausseté du principe revient à ne pas parler du tout : le principe repose sur la consistance même du langage] - Il est cependant possible d'établir par réfutation l'impossibilité que la même chose soit et ne soit pas, pourvu que l'adversaire dise seulement quelque chose. S'il ne dit rien, il est ridicule de chercher à discuter avec quelqu'un qui ne peut parler de rien : un tel homme, en tant que tel, est dès lors semblable à un végétal [!]. - établir par voie de réfutation, je dis que c'est là tout autre chose que de démontrer : une démonstration proprement dite aurait toute l'apparence d'une pétition de principe - [Suivent 7 réfutations pour prouver le princip.] 1) [SIGNIFICATION] D'abord, il y a au moins cette vérité évidente que les mots être ou n'être pas signifient quelque chose de déterminé, de sorte que rien ne saurait être ainsi et non ainsi . [Si, de la copule, on passe maintenant au sujet, on s'aperçoit qu'il possède une ou plusieurs significations déterminées, mais à chaque mot correspond une seule définition.] - En effet, ne pas signifier une chose unique, c'est ne rien signifier du tout, et si les noms ne signifiaient rien, on ruinerait tout échange de pensée entre les hommes, et, en vérité, aussi avec soi-même ; car on ne peut pas penser si on ne pense pas une chose unique - Ceci posé, il ne peut pas se faire que la quiddité d'homme signifie précisément la quiddité de non-homme - la question n'est pas de savoir s'il est possible que le même être, à la fois soit et ne soit pas un homme quant au nom, mais s'il est possible qu'il le soit quant à la chose elle-même. - 2) Autre argument : si toutes les contradictions relatives au même sujet sont vraies en même temps, il est évident que tous les êtres n’en feront qu’un. Il y aura, en effet, identité entre une trirème, un rempart et un homme - J’entends par là que s’il est vrai de dire de l’homme qu’il est non homme, il est évidemment vrai de dire aussi qu’il est non-trirème. - si donc la négation du sujet lui-même est attribuée au sujet, la négation de la trirème lui sera aussi attribuée, et, si elle lui est attribuée, l’affirmation le sera aussi [donc un homme est une trirème]. - 6) Mais si tous sont également dans l’erreur et dans la vérité, il ne peut s’agir, pour un être se trouvant dans cet état, ni de proférer un son, ni de dire quelque chose d’intelligible, car, en même temps, il dit une chose et ne la dit pas. - en quoi diffèrera-t-il des plantes? De là vient, de toute évidence, que personne ne se trouve en réalité dans cet état d’esprit, ni parmi ceux qui professent cette doctrine, ni parmi les autres. Pourquoi en effet, notre philosophe fait-il route pour Mégare, et ne reste-t-il pas chez lui en se contentant de penser qu’il y va? Pourquoi si, au point du jour, il rencontre un puits ou un précipice, n’y marche-t-il pas (...)? Il en résulte que tous les hommes, apparemment, portent des jugements absolus sinon sur toutes choses, du moins sur le meilleur et le pire. 
G.5. - Ils ont cru que les contradictoires et les contraires existent simultanément dans les êtres, en voyant une même chose engendrer les contraires. - il se peut que la même chose soit, en même temps, ETRE et Non-Etre, mais non sous le même point de vue de l’Etre : en puissance, en effet, il est possible que la même chose soit, en même temps, les contraires, tandis que, en entéléchie [acte], ce n’est pas possible. - [Cratyle] ce dernier en venait finalement à penser qu’il ne faut rien dire, et il se contentait de remuer le doigt - Que pourtant, ils manquent de conviction, leurs actions le prouvent clairement. Nous avons déjà signalé l’erreur où ils tombent : ils cherchent la raison de ce dont il n’y a pas de raison, car le principe de démonstration n’est pas lui-même une DEMONSTRATION. - car ils ont la prétention qu’on leur accorde le privilège de se contredire eux-mêmes, demande quis e contredit elle-même immédiatement.
G.6. - [Tricot : AR continue de démontrer que le vrai n’est pas relatif et qu’il est faux de dire que tout ce qui apparaît est vrai. - Le RELATIF n’est pas relatif à n’importe quoi, mais seulement à son corrélatif (...) quelque chose de déterminé. - Le pensant et le pensé s’opposent comme des relatifs, et nous savons que le relatif est relatif à une chose déterminée. [Autrement dit, on ne saurait dire que tout n’existe que relativement à ce qui pense, mais seulement certaines choses déterminées, comme des représentations ou des idées. Mais ] si tout n’existe que par le fait d’être pensé, l’homme est ce qui ets pensé et non pas ce qui pense] - Si donc il est impossible que l’affirmation et la négation soient vraies en même temps, il est impossible aussi que les contraires coexistent dans un sujet, à moins qu’ils ne soient affirmés, l’un et l’autre, d’une certaine manière, ou encore que l’un ne soit affirmé d’une certaine manière [en puissance], et l’autre, absolument [en acte].


DEFINITION

Z.12. - il faut bien que soit réellement un, tout ce qui rentre dans la définition : la définition est, en effet, une énonciation une et une énonciation exprimant la SUBSTANCE ; elle doit donc être l’énonciation d’un objet un, puisque la substance signifie, disons-nous, une chose une et un être déterminé. Nous devons d’abord examiner les définitions obtenues par divisions. Il n’y a rien d’autre dans la définition que le genre, que le genre dit premier et les DIFFERENCES. - par exemple, dans “animal bipède”, “animal” est le genre, et l’autre terme, la différence. - [Tricot : La solution sera la suivante. L’unité de la définition est l’expression de l’unité de l’objet défini, dans lequel la matière (le genre) et la forme (la différence) sont une seule et même chose, la première n’étant en puissance que ce que la seconde est en acte] - il est manifeste que la définition est l’énonciation formée à partir des différences seulement. Mais il faut aussi que la division se poursuive par la différence de la différence. Par exemple, une différence dans le genre animal, c’est le “pourvu de pieds” - [puis] il y a ce qui a le pied fendu et ce qui n’a pas le pied fendu - la dernière différence sera évidemment la substance même de la chose et sa définition, puisqu’on ne doit pas répéter les mêmes choses dans les définitions - [Tricot : l’unité de la définition s’explique par l’inséparabilité du genre et des différences. Le genre est matière des différences, et chaque différence, matière de la suivante.]
H.3. - [UNITE] [Contre Anthistène. Celui-ci soutenait la nature périphrastique de toute définition. En effet la SUBSTANCE simple n’est qu’un “entrelacement de noms” et ne saurait qu’être “nommée”. Quant aux substances composées, elles ne sont définies qu’au moyen de leurs éléments simples, par addition : l’homme, par ex., = animal + bipède. Pour Aristote, au contraire] la définition est (...) une sorte de nombre, car elle est divisible, et divisible en indivisibles, la division de la définition n’allant pas à l’infini ; le nombre est aussi de cette nature.- Ensuite, il faut qu’il y ait dans le nombre un principe qui le rende un, et ceux qui le composent d’unités sont incapables de dire en quoi le nombre est un, s’il est un. [De même] la substance est une (...) , et non pas, comme le disent certains, à la façon dont une unité ou un point est un ; en réalité chaque substance est une entéléchie, une nature déterminée.
H.6. - La définition est un discours un, non par simple consécution, comme l’Iliade, mais par L’UNITE essentielle de son objet. Qu’est-ce donc qui fait l’homme un, et pourquoi est-il un et non plusieurs, animal et bipède par exemple, surtout si l’animal et le bipède sont, comme l’assurent certains philosophes, Animal en soi et Bipède en soi? [sinon ces deux idées, existant séparément et en acte, ne peuvent se fondre en une seule également en acte. Tout se passe comme si, allant de l’acte à l’acte, Platon allait en fait de la puissance (ou les choses sont doubles) à l’acte, c’est-à-dire, par sa méthode de division, du genre à l’espèce ; tandis qu’Aristote poste l'acte d’emblée, comme étant antérieur et garant de l’unité de la chose dans a détermination formelle.] - La difficulté est supprimée, parce que l’un est la matière, l’autre la forme - il y a toujours, dans la définition, le côté matière, aussi bien que le côté acte [ou forme] - Quelle est donc la CAUSE qui fait passer l’être de la PUISSANCE à L’ACTE, sinon la cause efficiente, dans le cas des êtres soumis au devenir? Car il n’y a pas d’autre cause qui fait que la sphère en puissance devient sphère en acte, sinon la quiddité de l’une et de l’autre [cad, pour l’une, de passer à l’acte, pour l’autre d’achever et définir la puissance. Sur la cause efficiente, ici fondamentale : Aristote veut dire] qu’il n’y a de l’unité aucune autre cause que l’action du moteur, qui opère le passage de la puissance à l’acte. - [phrase qui est la vérité de l’aristotélisme] [mais on a vu qu’il ramenait aussitôt cette cause sur la quiddité, à la fois de la puissance et de l’acte, c’est-à-dire donc sur la cause formelle : “La seule cause efficiente, pour AR; comme pour Platon, c’est, au fond, la cause formelle” (Robin). “Confusion” qui en dit trés long...]


DEVENIR

Z.7. - Parmi les choses qui deviennent, certaines sont des PRODUCTIONS de la NATURE [ex: les animaux], d’autres de l’ART [la statue, la maison], d’autres enfin du HASARD [la santé]. Tout ce qui devient, devient, par quelque chose et à partir de quelque chose, quelque chose ; et ce “quelque chose”, je l’entends selon chaque catégorie : substance, quantité, qualité ou lieu. [Le CHANGEMENT (métabolè) est le genre dont la génération-corruption (génésis-phtora) et le mouvement (kinésis) sont les espèces. Le premier est le changement essentiel (cat’ ousian), le second est celui qui affecte les catégories de la quantité (accroissement-décroissement : auxèsis-phtisis), de la qualité (altération : alloiôsis), du lieu (translation : phora)] [Aristote examine successivement a) Les GENERATIONS naturelles (généseis phusicai), b) les productions artistiques (qui sont des “réalisations” : poièsies), c) les productions dues au hasard (apo tautomaton : correspondant à peu près à la cause efficiente):] Les générations naturelles sont celles des êtres dont la génération provient de la nature. Ce dont un être provient, nous l’appelons matière. - quant aux productions de l’art, ce sont celles dont la forme est dans l’esprit de l’artiste - une étape est appelée conception, un autre, réalisation. Ainsi la cause efficiente, le principe moteur de se bien porter [par ex.], c’est la forme qui est dans l’esprit, si la santé est le fruit de l’art; [Aristote passe à la 3ème production] si la santé est le fruit du hasard, la cause c’est tout ce qui est le point de départ de la réalisation proprement dite pour l’homme agissant par l’art [il veut dire que c’est la friction, par exemple, dans le but de faire naître la chaleur, mais en tant que produite par hasard] - Qu’une partie de l’être produit doive donc nécessairement préexister, c’est manifeste ; car la MATIERE est une partie, puisqu’elle est le sujet immanent du devenir - En ce qui concerne le principe qui, dans la production, joue le rôle de matière, ajoutons que certaines choses, une fois réalisées, sont dites être non pas “cela”, mais “de cela” : par exemple, la statue n’est pas “pierre”, mais “de pierre”. Au contraire, l’homme qui revient à la santé ne prend pas le nom de ce dont il est parti [“malade”] pour arriver à la santé ; la raison en est que, bien qu’une chose procède à la fois de sa PRIVATION [le malade] et de son SUJET [l’homme, comme tout à l’heure la pierre : mais remarquons qu’il s‘agit toujours d’un sujet composé de matière et de forme : materia signata], sujet que nous appelons sa matière (...), on dit plutôt cependant que la chose provient de sa privation : ainsi c’est du malade, plutôt que de l’homme, que le sujet bien portant procède. C’est pourquoi l’homme bien portant n’est pas dit être un malade, mais un homme, et un homme bien portant [or, dans le cas de la statue, par l’emploie du “de”, on semble vouloir exprimer que la chose provient, non pas de sa privation, mais de sa matière ; inversement, on fait entrer dans sa définition, par l’emploie du “de”, l’idée de sa privation : la cause en est que cette privation apparaît ici incertaine, vague (toutes les potentialités de l’airain...)].
Z.9. - La CAUSE de la production [entendre : GENERATION] immédiate et par soi [≠ accidentelle] est (...) partie de l’être produit ; ainsi la chaleur inhérente à la friction, produit la chaleur dans le corps - [Ici Aristote compare l’opération causale au syllogisme : tous deux, en effet, sont conçus comme des relations purement analytiques, reliant en somme une conclusion à des prémisses. Dans un cas comme dans l’autre, on se trouve en présence d’un développement logique de l’essence. On est ainsi conduit à identifier “cause” et “raison”, “cause” et “moyen terme”, et à ramener toute recherche scientifique à la découverte de la médiation. Ceci ne vaut évidemment que dans le cas de la cause formelle, où l’effet est simultané à la cause. Pour les autres causes, il est nécessaire de faire appel à l’expérience pour pour isoler le lien causal.] Et il en est des êtres dont la constitution est naturelle comme des productions de l’art : la semence joue, en somme, le rôle de l’artiste, car elle a, en puissance, la forme, et ce dont vient la semence est, dans une certaine mesure, un homonyme de l’être engendré [sauf que la femme naît aussi bien de l’homme, et même parfois des monstres : la monstruosité est réellement une exception à ce principe, puisqu’elle s’applique au cas où l’engendré n’est pas de même espèce que le générateur].


ELEMENT

D.3. - Elément se dit du premier composant immanent d’un être et spécifiquement indivisible en d’autres espèces : par exemple les éléments du mot sont les parties dont est composé le mot et en lesquelles on le divise ultimement, parties qu’on ne peut plus diviser en d’autres éléments d’une espèce différente de la leur - [Tricot : le terme a signifié primitivement un “objet rangé en série”, “lettre” de l’alphabet (...) Démocrite employa le premier les lettres de l’alphabet, à titre d’exemples - signifie “l’élément immanent, constitutif”, par opposition à archè , “principe extérieur” à la chose - désigne encore l’un des quatre éléments, au sens où, le premier, Empédocle en a parlé. En géométrie, les “éléments” sont les termes, axiomes, postulats, hypothèses des propositions.] - De là, par extension de sens, on entend encore par élément ce qui, étant un et petit, sert à un grand nombre de choses. C’est pourquoi le petit, le simple, l’indivisible, est appelé élément. Il en résulte que les notions les plus universelles sont des éléments. - C’est pourquoi aussi l’Un et le Point sont considérés, par certains philosophes, comme des principes. - Mais le caractère commun à tous les sens du terme, c’est que l’élément de chaque être est son principe constitutif et immanent.


ETAT

D.20. - Etat, en un sens, est comme un acte de ce qui a et est “eu”, quelque chose comme une action ou un mouvement : car, entre l’artiste et son oeuvre s’insère la création. Ainsi, entre ce qui porte un vêtement et le vêtement porté, il y a un intermédiaire, le port du vêtement - En un autre sens, l’état se dit d’une disposition - 


ETRE

G.2. l'Etre et l'UN sont identiques et d'une même nature, en ce qu'ils sont corrélatifs l'un de l'autre - De plus la substance de chaque être est une, et cela non par accident, et de même elle est aussi, essentiellement quelque chose qui existe.
D.7. - [Aristote étudie ici 4 modes d’Etre : l’Etre par ACCIDENT, l’Etre par ESSENCE, l’Etre comme vrai et l’Etre comme puissance et acte.] Il est par accident (...) : en effet, “ceci est cela” signifie que “cela “ est accident de “ceci”. - L’Etre par essence reçoit toutes les acceptions qui sont indiquées par les types de CATEGORIE, car les sens de l’Etre sont en nombre égal à ces catégories [ce sont les genres les plus élevés, les attributs généraux de l’être : le verbe “categorein” signifie affirmer, attribuer à un sujet. Ce sont les prédicats de l’être et non, comme chez Kant, des formes subjectives de la pensée. En tant que genres, elles sont séparées, ne participent pas, comme chez Platon, à un genre suprême.] - “Etre” et “est” signifie encore qu’une proposition est vraie, “n’être pas” qu’elle n’est pas vraie mais fausse - Enfin, “Etre” et “l’Etre” signifie aussi, tantôt l’Etre en puissance, tantôt l’Etre en entéléchie des différentes sortes d’êtres dont nous avons parlé. 
E.4. - [VERITE] Quant à l’Etre comme vrai, et au Non-Etre comme faux, ils consistent dans l’union et dans la séparation, et le vrai et le faux réunis se partagent entièrement les contradictoires (En effet le vrai, c’est l’affirmation de la composition réelle du sujet et de l’attribut, et la négation de leur séparation réelle ; le faux est la contradiction de cette affirmation et cette négation. - Quand je dis “unies et séparées”, j’entends que je pense les choses de telle sorte qu’il n’y a pas simple consécution de pensées, mais que ces pensées deviennent une unité. ) - Mais puisque la liaison et la séparation sont dans la pensée, et non dans les choses, et que l’Etre, pris en ce sens, est différent de l’Etre au sens strict (...) nous devons laisser de côté [en vue d’une véritable définition de l’Etre en tant qu’être], aussi bien que l’Etre par accident [cf.], l’Etre en tant que vrai. - ils ne manifestent, ni l’un, ni l’autre, l’existence de quelque nature objective d’être.


FAUX

D.29. - Le faux se dit, d’une première manière, en tant que chose fausse, et alors est faux soit ce qui, en fait, n’est pas uni, soit ce qu’il est impossible d’unir [UN]- Faux se dit encore des choses qui sont réellement, mais dont la nature est d’apparaître autrement qu’elles ne sont, ou ce qu’elles ne sont pas du tout, par exemple, respectivement, la peinture en trompe-l’oeil, et les songes[ ETRE] - Une énonciation [notion : logos] fausse est celle qui, en tant que fausse, exprime ce qui n’est pas. -Il n’y a, en un sens, qu’une seule énonciation de chaque chose, c’est celle de sa quiddité, mais, en un autre sens, il y en a plusieurs, puisqu’il y a identité, en quelque façon, entre la chose elle-même et la chose affectée d’un attribut, par exemple entre Socrate et Socrate musicien. (...) Ces considérations montrent la naïveté de la doctrine d’Antisthène, qui pensait que rien ne peut être attribué à un être que son énonciation propre, un seul prédicat étant affirmé d’un seul sujet ; il en concluait qu’il n’y a pas de contradiction, et, à peu de chose près, que rien n’est faux. [ la formule lapidaire qui exprimait ce nominalisme ou atomisme logique radical : “Je vois un cheval, je ne vois pas la Cabelléité”, est attribuée à Simplicius : la forme est rabattue sur le nom. [Tricot : En réalité, Antisthène avait le tord de ne pas distinguer entre le jugement où la copule “est” exprime l’identité (et c’est alors la définition proprement dite, qui est unique), et le jugement où elle exprime seulement une prédication accidentelle.]].


FORME

Z.8. - Ce qui est engendré est engendré en vertu de quelque cause motrice (...), à partir de quelque sujet (...) , et devient quelque chose (...) ; ceci étant, de même qu’on ne produit pas le sujet, à savoir l’airain, on ne produit pas non plus la sphère, sinon par accident, en ce sens que la sphère d’airain est une sphère, et qu’on produit la sphère d’airain. Si, en effet, on produit la FORME elle-même, il faudra la tirer, à son tour, d’une autre chose [idem pour le sujet] [Tricot : Il ne s’ensuit pas que toute forme soit éternelle. Sont seulement éternelles les formes qui ne sont pas engagées dans le sensible (...), et celles qui, produisant une nouvelle substance, doivent préexister dans un autre individu de même espèce.] - ce qui est engendré, c’est le composé de matière et de forme, lequel reçoit son nom de la forme. - Y a-t-il donc quelque sphère en dehors des sphères sensibles, ou quelque maison, en dehors des briques. Ne faut-il pas dire plutôt que, s’il en était ainsi, tel être particulier ne pourrait jamais naître? [Tricot : deux SUBSTANCES en entéléchie ne sauraient donner naissance à une substance en entéléchie : si donc nous posions, à part et par soi, le forme d’un côté, et la matière de l’autre, nous ne pourrions en faire sortir la chose concrète. [laquelle est toujours individuelle. La forme ne se distingue pas de la chose, sinon par la pensée (c’est toute la différence entre idéalisme et réalisme)]]. [Tricot : AR. précise que la MATIERE (tel airain) qui, par l’imposition de la forme, devient telle chose déterminée (telle sphère d’airain) est une matière elle-même déterminée, et non pas la matière “en général” [sauf à l’identifier à la puissance, mais elle n’est jamais que le terme d’un rapport, jamais saisissable en soi], qui ne pourrait être matière que de la “sphère en général”, laquelle n’existe pas plus qu’il n’existe d’homme en général.] - [Problème de l’INDIVIDUATION - Se fait-elle par une différence spécifique dernière (par la forme), ou par quelque principe matériel? Dans un sens, la forme étant spécifique, est la même chez tous les individus de l’espèce, lesquels ne sont séparés numériquement que par la matière dans laquelle se distribue la forme. Mais d’autre part, commente Tricot, Dieu, forme pure, n’est-il pas L’INDIVIDU par excellence? (Oui sauf qu’il n’est pas créateur : différence capitale). La matière n’est-elle pas, au contraire le principe de l’indéterminé et du désordre? Oui sauf que la matière est elle-même individuée, puisque, au sens où le terme signifie quelque chose de concret, c’est-à-dire à propos d’une chose, la matière est déjà dépendante d’une forme : materia signata. Cette dernière remarque va cependant dans le sens d’une individuation par la forme : c’est elle qui, en déterminant le sujet, le réalise et l’individualise tout à la fois. Par exemple, il semble bien que les individus humains se distinguent par delà la détermination de l’espèce : par l’usage qu’ils font de la raison, par le moi, etc. C’est bien cette forme supérieure, variant d’un individu à un autre, qui semble marquer l’originalité de l’homme : savoir un principe d’individuation lui-même supérieur. (Cf. Plotin, Dun Scot... Mais Aristote lui-même, s’il soulève la question, ne fonde pas sa science sur ces principes).].


GENRE

D.28. - Genre, race, exprime d’abord la GENERATION ininterrompue des êtres ayant la même forme - En un autre sens, la surface est le genre des surfaces planes, et le solide, celui des solides, car chaque figure est ou telle surface, ou tel solide. Surface et solide sont le substrat des différences. - Enfin, dans les définitions, ce qui est comme le premier élément constituant, qui est affirmé dans l’essence, c’est le genre, dont les qualités sont appelées des différences.


IDEE
idea : plutôt Idée (Platon) (“atome”, “élément” chez les atomistes)
eidos : plutôt Forme (Aristote)

A.6. - [Note p.55 : L’IDEE platonicienne s’analyse en une essence extra-temporelle, existant absolument par soi et en dehors de toute pensée, ingénérable et incorruptible, subsistant toujours dans les mêmes rapports, éternelle et simple sous réserve de sa nature de mixte . Au contraire la FORME aristotélicienne n’est qu’une DETERMINATION spécifique, un attribut nécessaire de la chose et suit le sort de celle-ci : elle n’existe pas avant et n’existe pas après. Elle est l’essence même de la chose. Elle n’en diffère qu’en ce qu’elle ne se produit pas : c’est instantanément qu’elle est et instantanément qu’elle cesse d’être. Elle a sur la chose une antériorité logique et non temporelle. [Synonymes : schèma , morphè , logos , ousia ...] [L’idée platonicienne a une origine quantitative et mathématique, la Forme aristotélicienne est d’origine incontestablement “biologique” : une sorte d’”idée organique”, principe formel et constant, loi naturelle de toute lignée germinale] A l’imitation des nombres , Platon substitue la participation des Idées . Mais c’est là, comme le souligne AR., une différence verbale, qui ne saurait masquer la parenté réelle des conceptions pythagoricienne et platonicienne -] ainsi en tant que matière, les principes des Idées sont le Grand et le Petit, et, en tant que substance formelle, c’est l’UN, car c’est à partir du Grand et du Petit, et par participation du Grand et du Petit à l’Un, que naissent les NOMBRES idéaux [il y a donc, même chez Platon, une matière : Grand et Petit, ou Autre, ou Infini, et une Forme : l’Un ; l’Idée est donc un MIXTE ]. Que pourtant l’Un soit la substance même et non le prédicat d’une autre chose de laquelle on dit qu’elle est une, Platon en tombe d’accord avec les Pythagoriciens ; que les nombres soient les causes de la substance des autres êtres, il l’admet encore pareillement avec eux. Mais remplacer l’Infini qu’ils concevaient comme simple, par une Dyade, et constituer l’Infini avec le Grand et le Petit, voilà l’apport personnel de Platon. Un autre point qui lui est particulier, c’est qu’il place les nombres en dehors des objets sensibles, tandis que les Pythagoriciens prétendent que les choses mêmes sont Nombres [comment le Nombre peut-il être à la fois la chose et la cause de son existence? demande Aristote], et, d’autre part, ne posent pas les Choses mathématiques comme des êtres intermédiaires entre les Idées et le sensible. S’il sépara ainsi du monde sensible l’Un et les Nombres, contrairement aux Pythagoriciens, et s’il introduisit les Idées, ce fut en raison de ses recherches d’ordre logique (car ses prédécesseurs ne possédaient aucune connaissance de la Dialectique) - [Note de J. tricot : La dialectique, qui était pour Platon une marche vers l’intelligible et la vérité (...) n’est plus pour AR. que l’art de répondre à une question posée (...)] ; si, d’autre part, il pose la dyade indéfinie comme seconde nature, cela tient à ce que les Nombres, à l’exception des nombres impairs, naissent facilement de la Dyade, comme de quelque matière plastique. Pourtant c’est le contraire qui se passe (...). De la matière, en effet [la Dyade] ils font surgir une multiplicité de choses, tandis que, suivant eux, la forme n’engendre qu’une seule fois ; mais, au contraire, il est manifeste que d’une seule matière on ne tire qu’une seule table, tandis que l’artiste, qui applique la forme, fabrique, tout en étant un, plusieurs tables. [Pour Aristote, le fond de la réalité c’est l’individu, c’est pour cela qu’il tient à lier la Forme même à la chose réelle : l’idée que le sensible ne soit qu’un reflet de la réalité ne l’effleure pas].
A.9.- [PARTICIPATION][Selon Platon] d’après les arguments tirés de l’existence des sciences, il y aura des Idées de toutes les choses dont il y a science (...); il y en aura aussi des négations (...); il y aura Idée aussi des choses périssables (...) des relatifs [exemple : l’Egal] [Et si l’on persiste à ériger les attributs communs en substances individuelles, on en vient à l’argument du 3è homme : si tout élément commun à plusieurs choses est élevé au rang de substance séparée, ce qui est commun à l’homme sensible et à l’Homme en soi produira à son tour un troisième homme, et ainsi de suite, à l’infini]. Et cependant (...) si les Idées sont participables, inévitablement c’est seulement des substances qu’il peut y avoir des Idées. [Tricot : En d’autres termes, la participation à l’Idée doit toujours avoir lieu dans la mesure où celle-ci n’est pas attribut, mais sujet, sinon une telle participation ne confèrerait pas l’existence aux choses dérivées.] - comment donc les Idées, qui sont les substances des choses, seraient-elles séparées des choses? - Ensuite, si les Idées sont des NOMBRES, comment seront-elles causes? Est-ce parce que les autres êtres sont d’autres nombres? - Pourquoi alors les nombres idéaux sont-ils causes des nombres des choses? Que les uns soient éternels et que les autres ne le soient pas, ce sera là une différence insuffisante. Si c’est parce que les êtres sensibles sont des rapports numériques, par exemple une harmonie, il est clair qu’il y a quelque chose du moins dont ils sont rapports [au moins quelque chose qui n’est pas nombre! : ils perdent alors leur substantialité puisqu’ils doivent se fonder sur un sujet] - Dira-t-on que ce n’est pas des nombres eux-mêmes, mais des unités contenues dans le nombre, que le nombre est engendré, comme dans la myriade [composée d’unités, et non de milliers, ou de centaines : mais alors quelles seront ces unités?] - En outre, comment expliquer que le Nombre idéal, composé d’unités, soit une unité? - - Mais en réalité, les Platoniciens s’expriment comme si l’UN en soi était, à la façon du Feu et de l’Eau, une sorte d’élément homéomère [trop vague, trop général, où d’ailleurs toutes les unités qui le composent devraient être identiques, ce qui ruine la notion même de Nombre idéal]. - [Les platoniciens ont entrepris de ramener à l’Unité tout ce qui est ; leur méthode est l’”ecthèse” : théorie de la participation des choses à une Chose en soi, mais pour Aristote cette Chose n’est jamais qu’un attribut, une partie d’une notion, une simple abstraction logique, abusivement érigée en substance séparée]. [En outre les Platoniciens ne donnent pas la cause du mouvement, les Idées étant, de par leur immutabilité essentielle, une cause de repos et d’immobilité : ] C’est l’étude tout entière de la Nature qui est ruinée.
I.10. - le CORRUPTIBLE et l’incorruptible sont nécessairement différents par le genre. - car rien n’est corruptible par accident [il faudrait qu’un être fût à la fois corruptible et incorruptible, ou qu’il ne fût ni l’un ni l’autre, ce qui est absurde ; la (non)corruption réside donc dans la substance ; à l’inverse, un exemple de différence accidentelle : un homme peut être blanc et noir (à deux moments différents), ou n’être ni l’un ni l’autre] - Il est manifeste, d’après cela, qu’il ne peut y avoir d’idées, au sens où les admettent certains philosophes, car alors il y aura l’homme sensible corruptible et l’Homme en soi incorruptible ; et pourtant les Idées, affirment-ils, sont identiques spécifiquement avec les individus, et non pas seulement homonymes ; or il y a plus de distance entre les êtres qui différent par le genre qu’entre ceux qui diffèrent par l’espèce [or le corruptible et l’incorruptible diffèrent justement par le genre]


INFINI

Q.6. - [L’infini, le vide et autres notions de ce genre ne peuvent se réaliser en ACTE. L’infini, par exemple, c’est seulement la possibilité pour la pensée de poursuivre la division à l’infini. - L’infini ne peut donc se dire qu’en puissance, bien que d’ordinaire la puissance désigne l’éventualité d’une réalisation : PUISSANCE est ici proche de matière, multiplicité pure.]


LIMITE

D.17. - Limite se dit de l’extrémité d’une chose, c’est-à-dire du premier point au-delà duquel il n’est plus possible de rien appréhender de la chose, et du premier point en deça duquel est son tout. - c’est aussi la forme, quelque qu’elle soit, de la grandeur ou de ce qui a grandeur, - et la fin de chaque chose, cad le point d’arrivée du mouvement et de l’action - La limite est aussi la substance formelle de chaque chose et sa quiddité, car c’est la limite de la connaissance, et, comme limite de la connaissance, c’est aussi la limite de la chose. 


MATIERE

Z.10. - la matière est, ou sensible, ou intelligible : la matière sensible, c’est celle qui est, par exemple, de l’airain, du bois, ou toute autre matière susceptible de changement ; la matière intelligible est celle qui est présente dans les êtres sensibles, mais pris non en tant que sensibles, les êtres mathématiques par exemple. - [La matière intelligible (ulè noètè) n’est autre que l’extension spatiale, elle sert de fond aux autres sortes de matière : cf. avec l’”emplacement” du Timée de Platon, le “réceptacle universel”. - La matière sensible (ulè aïsthètè) comprend la matière du changement de lieu (ulè kinètè), la matière du changement qualitatif (ulè alloiôtè), la matière du changement quantitatif (augmentation : ulè aüxètè ; diminution : phthitè), la matière de la génération et de la corruption (ulè gennètè, ulè phthartè)]
H.1. - il est évident que même la matière est une SUBSTANCE, car, dans tous les changements d’opposé à opposé, il existe quelque chose qui est le sujet [substrat] des changements - j’appelle matière ce qui, n’étant pas un être déterminé en acte, est, en PUISSANCE seulement, un être déterminé - [par opposition] ce qui est affirmé de la matière c’est l’acte même [la forme] - [ex:] Qu’est-ce que le calme? C’est l’égalité de niveau dans la mer. Le sujet, considéré comme matière, c’est la mer ; l’acte et la forme, c’est l’égalité de niveau. 
H.4. - [SUBSTANCE] il ne faut pas perdre de vue que, même si toutes choses procèdent de la même CAUSE première [cause matérielle], ou bien ont les mêmes éléments pour premières causes [les 4 éléments] (...), chaque être possède cependant une matière prochaine qui lui est propre. Par exemple la matière prochaine du phlegme est le doux et le gras, celle de la bile, l’amer ou quelque chose autre ; mais sans doute ces diverses substances viennent-elles d’une même matière originaire. Il peut y avoir [en outre] plusieurs matières d’une même chose, quand l’une de ces matières est matière pour l’autre : ainsi le phlegme vient du gras et aussi du doux, puisque le gras vient du doux [ici cela se passe par voie de progression à partir des 4 éléments] ; il vient aussi de la bile, par la résolution de la bile en sa matière première [mouvement inverse, de régression, de la bile, en phlegme, et jusqu’aux 4 éléments] - D’autre part, il est possible que d’une seule matière donnée, naissent des êtres différents, en raison d’une différence de cause motrice : par exemple, du bois peut procéder un coffret ou un lit. - En ce qui concerne les substances naturelles, mais éternelles [les astres, ou les évènements] (...) peut-être (...) quelques unes n’ont-elles pas de matière. - Par exemple : quelle est la cause [matérielle] de l’éclipse, quelle est sa matière? Il n’y en a pas, il y a seulement le sujet affecté, la Lune. 
H.5. - Une difficulté est de savoir comment la matière, la matière de chaque chose, se comporte à l’égard des contraires. [Tricot : Le vin et le vinaigre, par exemple, sont les produits d’une même matière, l’eau, mais le vin est le produit normal de l’eau, dont il constitue l’”état positif” et “la forme”, tandis que le vinaigre est un dérivé “négatif” et “contre nature” de l’eau. Il n’y a donc pas de passage direct du vin au vinaigre [comme de la puissance à l’acte], pas plus que du vivant au cadavre : ces corruptions peuvent seulement se produire par accident.]


MEME

D.9. - Le Même, Identique, se dit d’abord du Même par accident : par exemple le “blanc” et le “musicien” sont identiques, parce qu’ils sont les accidents du même sujet, et aussi “homme” et “musicien” car l’un est l’accident de l’autre ; et le musicien est un homme, parce que le musicien est accident de l’homme. - Outre le même par accident, il y a le Même par soi, en autant de sens qu’il y en a pour l’Un par soi. Le Même par soi se dit, en effet, des êtres dont la matière est une, soit par l’espèce, soit par le nombre, ainsi que des êtres dont la substance est une.


METAPHYSIQUE

G.1.2. - Il y a une science qui étudie l'être en tant qu'être, et les attributs qui lui appartiennent essentiellement. [Il y a un paradoxe apparent de faire porter la spéculation sur un terme dont la réalité est niée, à l'encontre de Platon. Il y a deux conceptions en une, nullement contradictoires : l'une, théologique, héritée de Platon, aurait conçu l'ETRE en tant qu'être comme l'Individu dont l'existence est la condition de celle des autres êtres ; plus tard, la métaphysique serait devenue pour lui la science ontologique des caractères généraux de tout ce qui est. Tantôt une science particulière ayant pour objet Dieu, premier Moteur, tantôt une science universelle ayant pour objet l'Etre : telle serait la science métaphysique complète. D'ailleurs l'être premier, note J. Tricot, n'est pas autre que l'Etre en tant qu'être, parce que c'est en l'Etre premier, dégagé de toute potentialité, forme pure, que se réalise la véritable substantialité dont l'étude constitue la Métaphysique. Tout être a son rang fixé dans l'enchaînement et la hiérarchie des formes, qui s'élèvent, depuis l'individu concret, Socrate ou Callias, imprégné de matière et de puissance, jusqu'à la pure actualité divine, qui, par opposition à l'indétermination de la puissance, est seule absolument réelle. - Connaître Dieu, c'est connaître toutes les substances particulières, puisque les choses n'existent et ne sont intelligibles que par leurs formes, que les formes sont suspendues à Dieu.] [J. Tricot : L'Etre en tant qu'être étant conçu comme l'être "commun" à toutes choses, tous les êtres ne font-ils pas partie d'une seule et même SCIENCE? Seulement l'Etre n'est pas un genre, il n'exprime pas une quiddité. L'autonomie des différentes sciences se trouve ainsi sauvée. Mais inversement, si l'Etre n'est pas un genre, et si seules les choses rentrant dans un même genre peuvent faire l'objet d'une seule et même science, comment pourra-t-il y avoir une science universelle de l'Etre? La difficulté serait réelle s'il n'existait que l'universel générique, si, en d'autres termes, on admettait en toute rigueur la nécessité de l'unité de genre pour constituer la science correspondante. Mais cette condition n'est pas nécessaire, car à côté de l'universel générique, il y a l'universel analogique : il suffit que les différentes choses à réunir sous une même science possèdent une communauté d'analogie à une nature unique prise comme type, et qu'on puisse les penser en fonction d'une qualité commune (...) indépendamment de toute unité générique. C'est ce qui explique qu'il puisse y avoir une science des êtres en tant qu'êtres : l'Etre, qui transcende les catégories (l'Ecole l'appelle un transcendantal ) réside en chacune d'elles selon un mode essentiellement divers et analogique -]


NATURE

D.4. - [Tricot : D’une manière générale, la phusis est, pour AR, le devenir et les principes sur lesquels il se fonde, de façon à expliquer à la fois le changement des choses et la permanence qui est au fond du changement]. Nature se dit, en un premier sens, de la génération de ce qui croît - en un autre sens, c’est l’élément premier immanent d’où procède ce qui croît - On appelle CROISSANCE naturelle d’un être, l’accroissement qu’il reçoit d’un autre être, par contact et union naturelle, ou, comme dans le cas des embryons, par adhérence. - On appelle encore Nature le fond premier dont est fait ou provient quelque objet artificiel, fond dépourvu de forme et incapable de subir un changement qui le fît sortir de sa propre PUISSANCE - C’est en ce sens que Nature s’entend aussi des éléments des choses naturelles [eau, air, feu, etc.] - Dans un autre sens, nature se dit de la SUBSTANCE des choses naturelles [ousia : dans ce sens, à prendre comme une sorte de composé de matière et de forme, avant leur distinction] - Par extension, dès lors, et d’une manière générale, toute substance est appelée nature d’après la forme, parce que la nature d’une chose est aussi une sorte de substance. De tout ce que nous venons de dire, il résulte que la nature, dans son sens premier et fondamental, c’est la substance des êtres qui ont, en eux-mêmes et en tant que tels, le principe de leur MOUVEMENT. 


NECESSAIRE

D.5. - Nécessaire se dit de ce sans quoi, pris comme condition, il n’est pas possible de vivre - Autre sens. Quand une chose ne peut pas être autrement qu’elle n’est, nous disons qu’il est nécessaire qu’il en soit ainsi. 


OPPOSITION

D.10 - Opposé se dit de la contradiction, des contraires, des relatifs ; de la privation et de la possession ; des extrêmes, point de départ et point d’arrivée des générations et des corruptions ; et, dans tous les cas où deux attributs ne peuvent coexister dans le sujet qui les reçoit, ces attributs sont dits être opposés, soit en eux-mêmes, soit par leurs éléments - 


PARTIE

Z.10. - [La DEFINITION d’une chose étant une énonciation (logos), et toute énonciation ayant des parties, la question est de savoir si l’énonciation des parties doit être, ou non, présente dans l’énonciation du tout. Partie se dit de la quantité comme de la forme. Les parties de la forme sont seules parties de la définition. Par exemple, l’énonciation du cercle ne contient pas celle des segments, tandis que l’énonciation de la syllabe contient celle des lettres : des lettres font nécessairement des syllabes, pas des segments des cercles.] [en outre] les parties, prises au sens de parties matérielles (...) sont postérieures au tout ; au contraire les parties, au sens de parties de l’énonciation et de la substance formelle, sont antérieures - 


PERFECTION

D.16 - Accompli, parfait, se dit d’abord de ce en dehors de quoi il n’est possible de saisir ancune PARTIE de la chose, pas même une seule - Parfait se dit ensuite de ce qui, sous le rapport de la qualité propre et du bien, n’est pas surpassé dans son genre - Par extension, cette qualification s’applique même à ce qui est mauvais [un voleur “accompli”] - Les choses qui ont atteint leur FIN, cette fin étant bonne, sont aussi appelées parfaites, car, avoir atteint sa fin, c’est être parfait.


PHILOSOPHIE

A.2. Nous concevons d’abord le sage comme possédant la connaissance de toutes les choses, dans la mesure où cela est possible, c’est-à-dire sans avoir la SCIENCE de chacune d’elle en particulier. - De plus, parmi les sciences, celle que l’on choisit pour elle-même et à seule fin de savoir, est considérée comme étant plus vraiment sagesse que celle qui est choisie en vue de ses résultats. - En outre, les sciences les plus exactes sont celles qui sont le plus sciences des principes (...) - Disons encore qu’une science est d’autant plus propre à l’ENSEIGNEMENT qu’elle approfondit davantage les causes, car enseigner c’est dire les causes pour chaque chose. De plus, connaître et savoir pour connaître et savoir, c’est là le caractère principal de la science qui a pour objet le suprême connaissable : en effet celui qui préfère connaître pour connaître choisira avant tout la science par excellence. - C’est, en effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques.


POSSIBLE

Q.3. - [Tricot : Les Mégariques posent la valeur absolue du principe de CONTRADICTION, qu’ils appliquent sans restriction même aux propositions “de futuro”. De deux futurs, un seul est possible et exclut l’autre comme son contradictoire. Ce qui est vrai est vrai, éternellement vrai (...) entre le non-être et l’être, il n’existe aucun passage - Ils en arrivent ainsi à ruiner la notion de possible et celle de devenir, et à professer (en termes aristotéliciens) l’identité de la PUISSANCE et de L’ACTE., l’architecte n’étant architecte qu’au moment même où il exerce son art. La réfutation d’AR. part de cette idée (...) que le vrai et le faux consistant dans la conformité ou la non-conformité aux choses, concernent, non les possibles, mais le réel, présent ou passé, et qu’à l’égard de ce qui est indéterminé, la valeur du principe de contradiction est elle même indéterminée et non absolus. - Si puissance et acte se confondent, ce qui n’arrive pas est incapable d’arriver , et par suite rien n’arrivera [car L’IMPOSSIBLE signifie ce qui n’a pas la puissance de se produire].] - Conclusion : quelque chose peut avoir la puissance d’être, et cependant n’être pas, avoir la puissance de n’être pas, et être. - Une chose est possible si son passage à l’acte dont elle est dite avoir la puissance, n’entraîne aucune impossibilité. [Tricot : C’est le possible logique des scolastiques, qui embrasse tout ce qui n’est pas contradictoire.] - [Donc] on ne peut pas dire avec vérité que telle chose est possible, mais ne sera pas : il en résulterait la disparition même de la notion d’impossibilité [Tricot : Autrement dit, si une chose est possible, mais ne sera jamais, il n’y aura aucune différence entre le possible et l’impossible] - Ainsi donc, il n’y a pas identité du faux et de l’impossible : il est faux que tu sois debout maintenant, mais ce n’est pas impossible. 


PRINCIPE

D.1. - Principe se dit d’abord du point de départ du mouvement de la chose - Le principe est encore l’élément premier et immanent du devenir, telles la carène d’un vaisseau et les fondations d’une maison - Principe se dit aussi de la cause primitive et non-immanente de la génération, du point de départ naturel du mouvement et du changement - On appelle encore Principe, l’être dont la volonté réfléchie meut se qui se meut et fait changer ce qui change - Enfin, le point de départ de la connaissance d’une chose est aussi nommé le principe de cette chose : les prémisses sont les principes des démonstrations. - Les CAUSES se prennent sous autant d’acceptions que les principes, car toutes les causes sont des principes. Le caractère commun de tous les principes, c’est donc d’être la source d’où l’être, ou la génération, ou la connaissance dérive.


PRIVATION

D.22. - Privation se dit, en un sens, quand un être n’a pas un des attributs qu’il est naturel de posséder, même sans que le sujet lui-même soit fait pour le posséder - En un autre sens, il y a privation pour un être, lorsqu’une QUALITE devant normalement se trouver en lui, ou dans son genre, il ne la possède cependant pas - Il y a encore privation quand un être, devant naturellement posséder une qualité, et dans le temps où il devrait naturellement la posséder, ne l’a pas. - De même encore, un homme est appelé aveugle, s’il n’a pas naturellement la vue, dans le milieu requis, par rapport à l’organe intéressé, eu égard à l’objet, et dans les circonstances où il devrait l’avoir. - La suppression violente de quelque chose s’appelle encore privation.


PUISSANCE

D.12. - On appelle “puissance” le principe du MOUVEMENT ou du changement [car c’est aussi le principe du repos pour une être déjà en mouvement], qui est dans un autre être, ou dans le même être en tant qu’autre [agent]. Par exemple, l’art de bâtir est une puissance qui ne réside pas dans la chose construite ; au contraire, l’art de guérir, qui est une puissance, peut se trouver dans l’homme guéri, mais non en tant que guéri. - en un second sens, puissant se dit de ce sur quoi quelque autre être a une puissance de ce genre [puissance passive] (...) mais seulement dans le sens du meilleur - Puissance se dit encore de la faculté de mener quelque chose à bonne fin, ou de l’accomplir librement - De plus, à chaque sorte de puissance, correspond une impuissance opposée - Impuissant, incapable se dit donc de l’impuissance de ce genre, mais, en un autre sens, c’est le POSSIBLE et l’IMPOSSIBLE. L’impossible est ce dont le contraire est nécessairement vrai - Le contraire de l’impossible, le possible, est ce dont le contraire n’est pas nécessairement faux - 
Q.1. - [Tricot : [le terme a deux sens distincts, quoi que souvent confondus] en premier lieu, la transitivité de l’action, la puissance de A de produire un changement dans une autre chose B, ou même la puissance pour une partie de A de produire un CHANGEMENT dans une autre partie de A. En second lieu, c’est la possibilité, envisagée dans l’immanence, pour une chose A de passer d’un état à un nouvel état. Cette distinction répond à celle de la puissance comme devenir et de la puissance comme ETRE. En son dernier sens, la puissance est assimilée par AR. à la matière, qui n’a d’existence que dans sa relation avec la forme.] [La problématique de la puissance est issue des difficultés platoniciennes à résoudre la question de l’unité absolue de l’Etre, posée par Parménide. Ce dernier en arrivait à nier le devenir et le changement. Platon répondait en posant l’existence d’un certain non-être relatif, l’Autre, une Idée étant à la fois elle-même et autre que le reste avec lequel elle peut entrer en rapports. Aristote utilise cette notion de non-être relatif, mais en l’extrayant de la doctrine des Idées, cad en y plaçant le devenir : soit l’être en puissance , un mode d’être autonome, à la place d’un non-être plutôt vague.] - un principe de changement dans un autre être, ou dans le même être en tant qu’autre. [ce principe se distribue en un face active et une face passive : le feu a la puissance active d’échauffer l’eau, et l’eau la puissance passive d’être échauffée par le feu.] - L’IMPUISSANCE et L’IMPOSSIBLE, c’est la PRIVATION, qui est le contraire de la puissance telle que nous l’avons définie, de sorte que, à chaque puissance, répond, pour un même sujet et selon une même relation, une impuissance correspondante. [Privation =] ce qui n’a pas une certaine qualité, et aussi ce qui devrait naturellement l’avoir mais ne l’a pas, soit d’une manière absolue, soit à l’époque où la chose devrait naturellement l’avoir.
2. - parmi les puissances, les unes seront irrationnelles [chez les êtres inanimés], les autres rationnelles [animés]. Les puissances rationnelles sont, toutes, également puissances des contraires, mais les puissances irrationnelles ne sont, chacune, puissances que d’un seul effet. Par exemple la chaleur n’est puissance que de l’échauffement, tandis que la Médecine est puissance à la fois de la maladie et de la santé. La cause en est que la science est la RAISON des choses, et que c’est la même raison qui explique l’objet et la privation de l’objet. [mais un seul de ces contraires est conforme à l’essence de cette science, le 2è n’étant qu’accident].
7. - la semence n’est pas encore l’homme en puissance : il faut qu’elle soit déposée dans un autre être et qu’elle subisse un changement - c’est ainsi que la terre n’est pas encore statue en puissance, car elle doit auparavant subir un changement pour devenir airain -Quand nous disons d’une chose qu’elle est, non pas “quelque chose”, mais “de quelque chose”, par exemple un coffret n’est pas bois, mais de bois (... - ...) il semble que cette autre chose soit toujours, en puissance, au sens rigoureux du mot, la chose qui vient immédiatement après. - [Aristote distingue en somme deux couches de sbstrats, de sujets : la matière première (ou relativement première), sujet de la forme, et la substance individuelle, SUJET des accidents: ] one dit pas que l’homme est “blancheur”, mais “blanc” - Les sujets ou substrats diffèrent les uns des autres par le fait qu’ils sont ou ne sont pas des êtres déterminés


QUALITE

D.14. - La qualité se dit, en un premier sens, de la DIFFERENCE de la SUBSTANCE - En un autre sens, la qualité se dit des choses mathématiques immobiles ; c’est le sens dans lesquels les NOMBRES ont une certaine qualité (...) : six, par exemple, n’est pas deux fois ou trois un nombre, mais une fois, car six est une fois six. - La qualité se dit encore des propriétés des substances en mouvement, comme la chaleur et la froidure, la blancheur et la noirceur - On pourrait donc, sans doute, ramener des différents sens de la qualité à deux principaux, dont l’un est le sens fondamental. La qualité première, en effet, est la différence de la substance, et la qualité dans les nombres en est une variété, car c’est une différence de substances, mais de substances ou bien non mobiles, ou bien non prises en tant que mobiles. Le second sens embrasse les déterminations des êtres mobiles en tant que mobiles, et les différences des mouvements. La vertu et le vice font, en quelque manière, partie de ces derniers modes, car ils manifestent des différences de mouvement et d’activité d’après lesquelles les êtres en mouvement agissent ou pâtissent bien ou mal -C’est surtout dans les êtres animés que le BIEN et le MAL expriment la qualité, et, parmi ces êtres, principalement dans ceux qui sont doués du libre choix. 


QUANTITE

D.13. - Quantité se dit de ce qui est divisible en deux ou plusieurs éléments intégrants, dont chacun est, par nature, une chose un et individuelle [Ar. distingue les parties quantitatives, singulières et individuelles, des accidents, en quoi toute substance concrète paraît pouvoir se diviser]. Une MULTIPLICITE est une quantité, si elle est nombrable, une GRANDEUR, si elle est mesurable. On appelle multiplicité ce qui est, en puissance, divisible en parties non continues, et grandeur, ce qui est divisible en parties continues. La grandeur continue dans une seule dimension est la longueur, dans deux dimensions, la largeur, dans trois dimensions, la profondeur. - En outre, on distingue la quantité par soi et la quantité par accident : par exemple, la ligne est une quantité par soi, le musicien, une quantité par accident. Parmi les quantités par soi, les unes le sont substantiellement, par exemple la ligne est une quantité (car la quantité entre dans la définition de la ligne) ; d’autres le sont comme des déterminations et des états de cette espèce de substance, par exemple le beaucoup et le peu, le long et le court, le large et l’étroit, le haut et le bas, le lourd et le léger, et les autres modes de ce genre. - le MOUVEMENT et le TEMPS sont des quantités, et des quantités continues, en raison de la DIVISIBILITE de ce dont ils sont les attributs ; j’entends la divisibilité, non pas du mobile lui-même, mais de l’espace que son mouvement a parcouru ; ce n’est en effet, que parce que l’espace est quantité que le mouvement est aussi quantité, et ce n’est que parce que le mouvement est quantité que le temps est quantité.


QUIDDITE

Z.4. - [SUBSTANCE] la quiddité de chaque être, c’est ce qu’il est dit être par soi [exit l’accident] - Mais même tout ce qui est par soi n’est pas quiddité : la quiddité n’est pas par soi au sens où le blanc est par soi à une surface, parce que la quiddité de la surface n’est pas la quiddité du blanc. Mais la quiddité de la surface n’est pas davantage la combinaison des deux notions “surface”, “blanche”. Pourquoi? Parce que “surface” est surajouté dans la définition [exit certains attributs “propres” de l’Etre : Tricot : il n’y a pas identité entre la quiddité de “surface” et la quiddité de “surface blanche” (...) parce que, dans toute définition, on ne saurait, sans tautologie, faire entrer le nom à définir] [donc l’attribution en soi, par exemple d’une qualité, n’est pas un quiddité]- [3è, Aristote se demande ensuite si les choses composées d’une substance et d’un attribut ont une quiddité. Par exemple, si vêtement = homme blanc, “homme blanc” est-il la quiddité de “vêtement”? Un tel terme composé, répond Aristote, peut-être une ESSENCE, ou une quiddité, mais seulement dérivée, à condition encore que l’attribut soit propre et non impropre à l’essence...]. En effet la quiddité [au sens plein] d’un être est son essence individuelle et déterminée ; or, quand une chose est attribué à une autre chose à titre de prédicat, le composé ne constitue pas une essence individuelle déterminée : ainsi l’homme blanc n’est pas une essence individuelle déterminée - Il en résulte qu’il y a seulement quiddité des choses dont l’énonciation [logos : notion] est une DEFINITION. [Car] il n’y a définition que si l’énonciation est celle d’un objet PREMIER, c’est-à-dire de tout ce qui n’est pas constitué par l’attribution d’une chose à une autre. - [concession:] Toutefois, même pour chacun des autres êtres,il pourra y avoir une énonciation exprimant ce que signifie son nom, s’il en a un, savoir que tel attribut appartient à tel sujet, ou encore une énonciation simple pourra être remplacée par une énonciation plus précise [expliquée]; mais on n’aura affaire ni à une définition, ni à une quiddité.
Z.6. - Chaque être est-il identique à sa quiddité, ou bien sont-ce là des réalités différentes? - Chaque être (...) ne diffère point, semble-t-il bien, de sa propre SUBSTANCE, et on appelle quiddité la substance de chaque chose. [Toutefois, c’est de définition qu’il s’agit avec la quiddité, et il faut distinguer :] Quand il s’agit des termes formés d’une substance et d’un prédicat par accident, la quiddité paraîtra généralement différer de l’être: par exemple, “homme blanc” est différent de la quiddité de l’homme blanc. [Quand aux IDEES platoniciennes, aux choses “en soi”, Aristote remarque qu’elles sont nécessairement identiques à leur quiddité (sinon elles seraient composées, ce qui contredirait le système) ; il remarque aussi que cette identité suffit quand bien même les idées n’existeraient pas : qu’apportent-elles de plus, sinon un terme : “en soi”, à cette identité?] - [Pour le cas où l’on a affaire à une vraie substance] non seulement la substance et la quiddité ne font qu’une seule chose, mais encore leur définition est la même [si l’on sépare la quiddité de la chose, cette quiddité est elle-même une chose, qui exige une quiddité ; et ainsi à l’infini].


RELATION

D.15. - Relatif se dit d’une part, comme le double à la moitié, le triple au tiers, et, en général, le multiple au sous-multiple, et l’excès au défaut ; d’autre part, comme ce qui peut échauffer ce qui peut être échauffé, ce qui peut couper ce qui peut être coupé, et, d’une manière générale, l’actif au passif. Le relatif est aussi comme le mesuré à la mesure, le connaissable à la CONNAISSANCE, le sensible à la sensation. 1) Les relations de la première espèce sont des relations numériques, indéterminées, ou déterminées soit par rapport aux nombres eux-mêmes, soit par rapport à l’unité. Par exemple, le double est dans une relation numérique déterminée avec l’unité, tandis que le multiple est dans une relation numérique avec l’unité, mais non déterminée. - La relation de l’excès au défaut est une relation numérique totalement indéterminée. - 2) La relation de l’actif au passif est relation de la puissance active à la puissance passive, et des actes de ces puissances : par exemple il y a relation de ce qui peut échauffer à ce qui peut être échauffer, ce qui est relation d’êtres en puissances ; il y a , à son tour, relation de ce qui échauffe à ce qui est échauffé, de ce qui coupe à ce qui est coupé, ce qui relation d’êtres en acte. - Il y a enfin des relations selon privation de puissance, comme l’impossible et autres notions de même nature, l’invisible, par exemple. 3) Toute chose dite relative numériquement, ou selon la puissance, est donc relative en ce sens que tout son être est proprement dans sa relation à une autre chose, et non pas en ce sens qu’une autre chose est relative à elle ; tout au contraire, le mesurable, le connaissable, le pensable sont dits relatifs, en ce sens qu’une autre chose est relative à eux. - [Tricot : L’essence du double est d’être le double de la moitié, et l’essence de la moitié est d’être la moitié du double, mais l’essence du pensable possède une nature propre, indépendante de sa relation avec la pensée. - En un mot, la connaissance est conforme au réel, et non le réel à la connaissance ; l’objet n’est pas relatif à la pensée [réalisme].] De même la vue est vue d’un objet déterminé, non de ce dont elle est la vue (bien que, en un sens, il soit vrai aussi de la dire), mais elle est relative à la couleur ou à quelque autre chose de ce genre - 


SCIENCE 

A.1. - En général, la marque distinctive du savant, c’est la capacité d’enseigner, et c’est encore pourquoi nous croyons que l’art est plus véritablement science que l’expérience. [ENSEIGNEMENT]
E.1. - toute science (...) traite de causes et de principes plus ou moins rigoureux. - mais prenant cette essence pour point de départ, les unes la font accessible aux sens, et les autres la posent comme hypothèse - [or] ce n’est pas une démonstration de la substance ou de l’essence qui peut sortir d’une telle induction (...). Pareillement, ces sciences ne disent rien non plus de l’existence ou de la non-existence du genre dont elles traitent, parce que c’est à la même opération de l’esprit qu’il appartient de faire voir clairement, à la fois l’essence ( ti esti) et l’existence (ei esti) de la chose. - [Classification des sciences en sciences pratiques, poétiques, théorétiques, et ces dernières en mathématiques, physique, théologie ou métaphysique. La science poétique, à la différence de la science pratique, produit une oeuvre : elle ne repose pas sur l’action mais sur le faire : “faciente, non in facto “, commente St Thomas.] [Tricot : [la PHYSIQUE] elle étudie surtout la substance formelle en tant que celle-ci est engagée dans la matière, autrement dit la substance sensible - Les substances sensibles, qu’elles soient générables ou corruptibles (tels les corps du monde sublunaire) ou éternelles (les Corps célestes), sont douées de l’existence séparée, mais, à la différence des formes pures de Mathématiques, elles ne sont pas immobiles : elles possèdent en elles un principe un principe de repos et de mouvement, une tendance naturelle au changement, et ce principe est la “nature” même du corps. C’est donc par rapport au mouvement, et non en tant qu’elles existent, que la Physique les étudiera et qu’elle déterminera leurs propriétés. - [Exemple type : le “camus”] qui est le “concave”, la “concavité” dans le nez, la forme réalisée dans la matière.] - ] - on voit de quelle façon il faut, dans les êtres naturels, rechercher et définir l’essence ; et c’est pourquoi aussi il appartient au physicien de spéculer sur cette sorte d’âme qui n’existe pas indépendamment de la matière. [Tricot : L’âme est la forme du corps, et, comme telle, elle rentre dans le domaine de la Physique ; mais la raison proprement dite, qui ne dépend du corps d’aucune manière, échappe par là même à la compétence du physicien.] - Mais s’il existe quelque chose d’éternel, d’immobile et de séparé, c’est manifestement à une science théorétique qu’en appartient la connaissance. [Science qui ne soit ni la physique, occupée des êtres séparées, mais non immobiles, ni des mathématiques occupée de certains êtres immobiles, mais non séparés de la matière ; science qui sera la METAPHYSIQUE ou plus justement la THEOLOGIE. Car si l’objet immobile et séparé est le plus élevé de tous les objets, la science qui l’étudie sera aussi la plus élevée (réalisme de l’objet) des sciences.] [Tricot : Mais ne pourrait-on pas objecter que la Métaphysique, science de l’Etre en tant qu’être, est la science de tous les êtres en général, et non celle de la réalité la plus haute? - La Métaphysique est, à la fois, ontologie et théologie, et c’est parce qu’elle est théologie qu’elle est ontologie. Elle étudie la première espèce d’Etre, et, comme cette sorte d’être est le fondement de l’existence et de l’intelligibilité de tous les autres êtres (...) elle est ainsi, doublement, la plus haute des sciences : d’abord par la supériorité de son objet, et ensuite par sa généralité.]- s’il existe une substance immobile, la science de cette substance doit être antérieure et doit être la Philosophie première ; et elle est universelle de cette façon, parce que première. Et ce sera à elle de considérer l’Etre en tant qu’être, c’est-à-dire à la fois son essence et les attributs qui lui appartiennent en tant qu’être.


SUBSTANCE

D.8. - Toutes [ces] choses sont appelées substances parce qu’elles ne sont pas prédicats d’un SUJET, mais que, au contraire, les autres choses sont prédicats d’elles. [C’est donc ce qui n’est pas affirmé d’un sujet, le sujet ultime, et en même temps la Forme d’un être]
Z.1. - l’ETRE au sens premier est le “ce qu’est la chose”, notion qui n’exprime rien d’autre que la Substance. - Les autres choses ne sont appelées des êtres, que parce qu’elles sont ou des quantités de l’Etre proprement dit, ou des qualités, ou des affections de cet être (...). Aussi pourrait-on même se demander si “se promener”, ““se bien porter”, “être assis”, sont des êtres ou ne sont pas des êtres. - c’est bien plutôt ce qui se promène qui est un être, ce qui est assis, ce qui se porte bien (...) parce qu’il y a, sous [ces choses] un SUJET réel et déterminé. - [en outre] c’est la Substance qui est absolument première, à la fois logiquement, dans l’ordre de la connaissance et selon le temps. - 
Z.3. - la substance de chaque être est soit la quiddité (cf.) , soit l’universel (cf.) , soit le genre, soit en quatrième lieu le sujet. Le SUJET, c’est ce dont tout le reste s’affirme, et qui n’est plus lui-même affirmé d’une autre chose - en un sens on dit que c’est la matière, en un autre sens que c’est la forme, et, en un troisième sens, que c’est le composé de la matière et de la forme. Par matière, j’entends par exemple l’airain, par forme, la configuration qu’elle revêt, et par le composé des deux, le statue, le tout concret. [Le sujet n’est pas la substance, il n’est pas non plus la matière brute (voir plus loin), il correspond plutôt à cette définition, insuffisante selon Aristote lui-même, de la substance lorsqu’on dit que] elle est ce qui n’est pas prédicat d’un sujet, mais c’est d’elle, au contraire, que tout le reste est prédicat [c’est-à-dire la substance envisagée comme substrat]. [Mais le sujet, ou la substance comme substrat, n’est pas pour autant la matière:] J’appelle MATIERE ce qui n’est par soi, ni existence déterminée, ni d’une certaine quantité, ni d’aucune autre des catégories par lesquelles l’Etre est déterminé. [elle n’est pas substance car celle-ci] paraît bien avoir surtout pour caractère d’être séparable et d’être une chose individuelle. - La substance composée, c’est-à-dire celle qui provient de l’union de la matière et de la forme, est, elle [aussi] à passer sous silence, car elle est postérieure - Mais la troisième sorte de substance [la forme] doit, au contraire, faire l’objet de notre examen - 
Z.7. - [Tricot : Aristote appelle “prôtè ousia” la chose concrète, L’INDIVIDU, par opposition aux “deuterai ousiai”, qui sont les genres et les espèces - [Mais c’est surtout la première qui est véritablement substance, l’individu en tant que constitué par la forme, laquelle à son tour est inséparable de l’individu en laquelle elle se réalise]].
Z.11. - la substance est la forme immanente, dont l’union avec la matière constitue ce qu’on appelle substance composée. Ainsi la concavité : de l’union de la concavité et du nez dérivent le nez camus et le camus.
Z.17 - La substance est un principe et une CAUSE : tel doit être notre point de départ. Or, se demander le pourquoi, c’est toujours se demander pourquoi un attribut appartient à un sujet. - on ne cherche pas pourquoi ce qui est un homme est un homme, on cherche pourquoi une chose appartient à telle autre chose. - Par exemple, pourquoi tonne-t-il? cela revient à dire : pourquoi un bruit se produit-il dans les nuages? - Il est donc manifeste que ce qu’on cherche ici, c’est la cause. Or la cause, c’est la quiddité, d’un point de vue logique, et la quiddité est, dans certains cas, la cause finale [ce peut être aussi le moteur premier, la cause efficiente :] - Mais tandis que la cause efficiente n’est cherchée que s’ils ‘agit de génération et de corruption, l’autre cause est cherchée quand il s’agit de l’Etre aussi. - Par conséquent, la recherche du pourquoi, c’est la recherche de la cause, et cette cause est la FORME. -[Dans les deux cas, la pensée cherche à “expliquer la structure par la fonction, la forme étant ce qui rend l’être capable de remplir sa fonction” (Tricot)] [Donc, si expliquer c’est expliquer l’attribution en général, celle-ci se résume dans la recherche de la cause, et la cause dans la cause formelle comme définition de la fonction ; par delà la différence entre cause finale et cause efficiente, par exemple.]


TOUT

D.26. - Un tout s’entend de ce à quoi ne manque aucune des PARTIES qui sont dites constituer naturellement un tout. - C’est aussi ce qui contient les choses contenues, de telle façon qu’elles forment une unité [de deux sortes : soit l’unité de l’universel, imputable au genre, soit l’unité par continuité] - En outre, des quantités ayant un commencement, un milieu et une fin, celles dans lesquelles la position des parties est indifférente sont appelées une ‘SOMME” - 


UN

D.6. - Un signifie, soit l’Un par accident, soit l’Un par essence. Par accident : par exemple Coriscus et le musicien, et musicien Coriscus sont une seule et même chose - [Un par essence est d’abord le continu : soit] ce dont le mouvement est un essentiellement et ne peut être autre ; or le mouvement est un quand il est indivisible - Un par essence se prend encore en un autre sens : c’est quand le sujet ne diffère pas spécifiquement ; et il ne diffère pas spécifiquement dans le cas d’êtres dont l’espèce est indivisible à la perception. - Un par essence est dit encore des êtres dont le genre est un, quoique divisé en différences spécifiques opposées entre elles - Un par essence se dit encore des choses dont la définition, celle qui exprime la quiddité d’une chose, est indivisible d’une autre définition manifestant la quiddité d’une autre chose, chaque définition pouvant d’ailleurs en elle-même être divisible : c’est ainsi que ce qui croît et ce qui décroît forment une unité - D’une manière générale, tout ce qui INDIVISIBLE, en tant qu’il est indivisible, par cela même est dit un - L’essence de l’Un est d’être une sorte de principe numérique : en effet, la MESURE première est un principe, car ce par quoi primordialement nous connaissons chaque genre est la mesure première de ce genre ; le principe du connaissable dans chaque genre est donc l’Un. [CONNAISSSANCE] - Ce qui est indivisible selon la quantité, et en tant que quantité, et qui indivisible absolument, et sans position, s’appelle UNITE ; ce qui est absolument indivisible, mais avec position, un POINT ; ce qui est divisible selon une seule dimension, une LIGNE ; ce qui est divisible selon deux dimensions, une SURFACE ; ce qui est absolument divisible en quantité et selon trois dimensions, un CORPS. 
I.1. - [les acceptions de l’Un] Il y a d’abord le CONTINU, soit en général, soit, surtout, le continu naturel, et qui ne résulte pas d’un contact, ni d’un lien extérieur [cad le vivant : animaux, plantes..] - [puis] ce qui est un TOUT, et qui a une configuration et une forme, surtout si le tout est tel naturellement et n’est pas, comme ce qui est joint par la colle, par un clou, par un lien, le résultat de la contrainte ; autrement dit, si le tout porte en lui-même la cause de sa propre continuité. - Ainsi l’Un est, en ce sens, ou le continu ou le tout ; c’est aussi tout ce dont la notion est une, telles les choses dont il y a unité de pensée, c’est-à-dire les choses dont la pensée est INDIVISIBLE, la pensée indivisible étant la pensée de ce qui est indivisible spécifiquement ou numériquement - [donc 3è :] Numériquement, l’individu est indivisible ; [4è] spécifiquement, c’est tout ce qui est indivisible sous le rapport de la connaissance et de la science, de sorte que doit être un au sens premier ce qui est la cause de l’unité des substances. Telles sont donc les différentes significations de l’Un : le continu naturel, le tout, l’individu et l’universel. - On doit faire attention à ne pas confondre la question de savoir quelles sortes de choses sont dites unes avec celle de savoir quelle est l’essence de l’Un, quelle est sa notion [à savoir, la forme] - le nom d’ELEMENT signifie ce qui possède la propriété d’entrer comme premier composant immanent dans la constitution d’un être. Ce que je dis de l’élément peut s’appliquer également à la cause, à l’Un, à tous les termes de cette sorte. Pour cette raison aussi, l’essence de l’Un consiste dans l’indivisibilité, dans le fait d’être essentiellement une chose déterminée et particulière [contre Platon] - tout spécialement [c’est] la MESURE première de la quantité, car de la quantité l’Un a été étendu aux autres catégories - tout NOMBRE est connu par l’Un : par conséquent, toute quantité en tant que quantité est connue par l’Un [comme elle est connue par le nombre] - et, par suite, l’Un est le principe du nombre en tant que nombre. - dans les autres catégories aussi, on donne le nom de mesure [de nombre, et donc d’unité] à ce par quoi primitivement chaque chose est connue [ou comment, par extension, la mesure (quantitative au départ) devient le critère de toute connaissance] - partout, en effet, la mesure cherchée, c’est quelque chose d’un et d’indivisible. - Tout n’est cependant pas indivisible de la même manière, par exemple le pied et l’unité : l’unité est absolument indivisible ; par contre, le pied (...) doit se placer parmi les choses qui sont indivisibles pour la perception [mais pour la perception seulement], car tout continu est probablement divisible. [Conclusion:] La mesure est toujours du même genre que l’objet mesuré ; les grandeurs se mesurent par la grandeur [etc : c’est en ce sens qu’il y a UNITE, et non division à l’infini] - [Tricot : Etant donné que c’est la mesure qui nous fait connaître les choses, et que la SCIENCE et la sensation sont la source de notre connaissance du monde extérieur, on pourrait penser qu’elles sont aussi la mesure des choses. En réalité, c’est l’inverse qui est vrai, et la science et la sensation sont plutôt mesurées que mesures.][Allusion à Protagoras : “l’homme est la mesure de toute chose”]
I.2. - Considérerons-nous l’Un lui-même comme une SUBSTANCE (...)? N’y a-t-il pas plutôt quelque réalité qui serte de sujet à l’Un, et ne faut-il pas ramener l’Un à un terme plus connu (...)? - S’il n’est pas possible que rien de ce qui est universel soit substance (...) il est évident que l’Un ne peut pas non plus être une substance, puisque l’Etre et l’Un sont les plus universels de tous les prédicats. - [non seulement] les genres ne sont pas des réalités, ni des substances séparées des choses sensibles, et, d’un autre côté, l’Un ne peut non plus être un genre, pour les mêmes raisons qui font que ni l’Etre, ni la substance ne peuvent être des genres. - il faut évidemment se poser, pour toute les catégories, la question de la nature de l’Un, comme on se pose la question de la nature de l’Etre, attendu qu’il ne suffit pas de répondre que la nature de l’Un est d’être un. - [L’Un, comme l’Etre, est le plus universel des attributs, mais il sert à désigner les natures les plus singulières:] être un, c’est posséder l’existence individuelle. -
I.3. - A l’Un appartiennent (...) le MEME, le SEMBLABLE et l’Egal ; et à la pluralité, l’Autre, le Dissemblable et l’Inégal. Le Même a différents sens : (...) identité numérique ; en un second sens, c’est quand il y a unité, à la fois en définition et en nombre : par exemple tu es un avec toi-même par la forme et la matière ; enfin, s’il y a unité la définition de la substance première - Sont semblables les êtres qui, n’étant pas absolument les mêmes, ni sans différence dans leur substance concrète, sont identiques selon la forme. - la DIFFERENCE et L’ALTERITE [L’AUTRE] sont des notions distinctes l’une de l’autre. Pour deux êtres qui sont autres, en effet, il n’est pas nécessaire que l’altérité porte sur quelque chose de défini, car tout ce qui est existant est autre ou le même ; par contre, ce qui est différent doit différer d’une chose déterminée par quelque endroit déterminé, de sorte qu’il faut nécessairement qu’il y ait un élément identique par quoi les choses différent. Cet élément identique, c’est le genre ou l’espèce - 
I.4. - Puisque les choses différant entre elles peuvent différer plus ou moins, c’est donc qu’il y a aussi une DIFFERENCE maxima, et je l’appelle CONTRARIETE [le CONTRAIRE] - En effet, tandis que les êtres qui différent en genre n’ont pas de communication entre eux (...), les êtres qui diffèrent en espèce ont pour point de départ de leur génération réciproque les contraires pris comme extrêmes - Mais assurément, ce qu’il y a de plus grand [extrême] dans chaque genre est complet, parfait. - Il en résulte évidemment que la contrariété est une différence parfaite - il ne peut [donc] y avoir, pour une seule chose, plusieurs contraires -
I.6. - la PLURALITE (polla) se dit de tout ce qui est divisible ; en un sens, elle signifie une MULTIPLICITE (plèthos) en excès, soit absolument soit relativement, par opposition au peu nombreux, qui est, corrélativement, une multiplicité par défaut ; en un autre sens, la Pluralité est prise en tant que nombre, et c’est en ce sens seulement qu’elle est opposée à l’Un, car on dit Un ou Pluralité, à la façon dont on dirait un et uns, ou blanc et blancs, ou si on comparait les choses mesurées à la mesure. C’est en ce dernier sens aussi que les MULTIPLES (pollaplasion) sont ainsi nommés : chaque NOMBRE, en effet, est appelé pluralité, parce qu’il est composé d’uns et que chaque nombre est mesurable par l’Un, et il est pluralité comme ce qui est opposé à l’Un, et non pas comme ce qui est opposé au peu nombreux. En ce sens (...) le DEUX est la première pluralité. Le deux est le petit nombre d’une façon absolue, car c’est la première multiplicité par défaut - le peu nombreux n’étant ainsi nullement constitué par l’Un (...) mais bien par le deux. - La Multiplicité est comme le genre du nombre - C’est pourquoi tout ce qui est un n’est pas nombre - 


UNIVERSEL

Z.13. - il semble bien, en effet, impossible qu’aucun terme universel, quel qu’il soit, soit une SUBSTANCE. En premier lieu, la substance d’un individu est celle qui lui est propre et qui n’appartient pas à un autre ; l’universel, au contraire, est quelque chose de commun - aucun des prédicats communs ne signifie un être déterminé, mais seulement telle qualité de la chose. Sans quoi, outre de multiples inconvénients, on tombe dans l’argument du 3è homme. - [Tricot : La substance existant en acte, et non seulement en puissance, si on admet, avec les Platoniciens, que les universaux entrent, à titre de substances, dans la constitution des espèces ou des choses individuelles, il faudra admettre aussi que plusieurs substances en acte peuvent former une substance une [puisque les universaux s’appliquent à une pluralité de choses].] - il est impossible qu’une substance provienne de substances qu’elle contiendrait comme en entéléchie [acte] - Ce n’est que si ces êtres sont deux en puissance qu’ils peuvent être un - car l’entéléchie sépare [l’acte ne permet qu’une juxtaposition] - [Mais alors] Si aucune substance ne peut être composée d’universels (...) et s’il n’est pas possible qu’une substance soit composée de substances en entéléchie, alors toute substance doit être incomposée,e t, par suite, il ne saurait y avoir définition d’aucune substance [car 1) la science et le langage portent sur l’universel, et 2) de la substance incomposée, il n’y a pas définition mais connaissance intuitive]. [Or on a dit que] la substance seule, ou du moins elle surtout, a une définition. Et voici qu’elle-même n’en a pas! 
Z.15. - [Il faut rappeler les deux sortes de SUBSTANCE : soit forme pure, soit composé de matière et de forme. Pour la première, seule “digne” de recevoir une DEFINITION, on voit qu’elle s’y prête mal. Pour la deuxième, on peut bien donner des définitions, mais toujours impropres, indignes d’une authentique définition :] Et la raison pour laquelle des substances sensibles individuelles il n’y a ni définition ni démonstration, c’est que ces substances ont une matière dont la nature est de pouvoir et être et n’être pas. - C’est pourquoi, aussi, il est impossible de définir une IDEE quelconque, car l’Idée, comme ses partisans l’entendent, rentre dans la classe des individus, et c’est un être séparé. - [pour les définir, il faudrait pouvoir se passer des noms communs, ce qui est impossible] - [Tricot : Mais alors un problème se pose. Si l’individu, d’une part, est seul réel, comme “protè ousia”, et si, d’autre part, il n’y a pas de science démonstrative de l’individu, mais seulement de l’universel, universel qui est privé de toute existence substantielle, il s’ensuivra un divorce radical entre le logique et l’ontologique - [Pour y remédier, Ar. distingue au livre M, une SCIENCE en puissance, qui porte sur l’universel (par ex. la grammaire comme science de l’alpha en général), et une science en acte, qui a pour objet l’individu (la grammaire comme science de tel alpha.] En un mot, la science en acte ne peut être que celle de la réalité en acte, c’est-à-dire de l’individu, qui seul est véritablement réel. - Une autre solution consiste à distinguer plusieurs modes dans la connaissance. Les individus sensibles (...) sont saisis par la perception (aisthèsis), qui est une intuition sensible. Les individus intelligibles (...), formes pures, sont appréhendés par une intuition intellectuelle, une noèsis, mode supérieur de la science (...). A la science, enfin, est réservée la voie de la démonstration, qui part des définitions universelles pour aboutir à des conclusions universelles. - Il convient toutefois d’observer que l’inséparabilité de la forme spécifique (...) met obstacle à une distinction radicale entre la sensation et la science. - Nous savons que l’esprit de l’Aristotélisme est orienté vers la notion d’une individuation par la forme. - La science aboutit donc, grâce à cette généralité très limitée de la forme, à une connaissance aussi rapprochée que possible de l’individu. D’autre part, “le véritable objet de la science, c’est, non pas le général, mais le nécessaire, et s’il est en même temps général, c’est que la nécessité implique la généralité” (Rodier) - Que [sa] contingence vienne à disparaître, et le singulier lui-même, sans perdre son caractère d’individu, pourra faire l’objet d’une véritable définition. C’est ce qui a lieu pour le monde supra-lunaire - [La difficulté est que l’aristotélisme psoe deux conditions contradictoires à la science : une condition logique, qui est l’universel (objet du logos), et une condition ou plutôt une fin ontologique, qui est la substance individuelle. Il reste qu’Aristote a nettement fait un choix : sa science porte sur l’universel : “connaître pour Ar., c’est connaître l’espèce et ses propriétés et remarquer ces propriétés dans l’individu.” (Rivaud). D’ailleurs Aristote rejette cette condition essentielle de toute réalité (essentielle) individuelle qu’est l’immortalité de l’âme, et tout aussi bien l’idée de création par un Etre non moins individuel.]


VERITE

G.7. - Dire de l’ETRE qu’il n’est pas, ou du Non-Etre qu’il est, c’est le faux ; dire de l’Etre qu’il est, et du Non-Etre qu’il n’est pas, c’est le vrai ; de sorte que celui qui dit d’un être qu’il est ou qu’il n’est pas sera ce qui est vrai ou ce qui est faux ; mais ce n’est dire ni de l’Etre, ni du Non-Etre, qu’il est ou qu’il n’est pas [il n’y a pas d’intermédiaire entre l’affirmation et la négation : dans la CONTRADICTION, le tiers est exlu [TIERS EXCLU] ; sauf à ne rien dire du tout].
Q.10. - la vérité ou la fausseté dépend, du côté des objets, de leur union ou de leur séparation, de sorte qu’être dans le vrai, c’est penser que ce qui et séparé est séparé, et que ce qui est uni est uni [et inversement] - Ce n’est pas parce que nous pensons d’une manière vraie que tu es blanc, que tu es blanc, mais c’est parce que tu es blanc, qu’en disant que tu l’es, nous disons la vérité. - Si donc il existe des choses qui sont toujours unies (...); s’il en est d’autres qui sont toujours distinctes (...) ; si d’autres enfin admettent union et distinction : alors, être, c’est être uni, c’est être un ; n’être pas, c’est ne pas être uni, c’est être multiple. Cela étant, quand il s’agit des choses contingentes, la même opinion ou la même proposition devient vraie et fausse, et il est possible qu’elle dise le vrai à un moment donné, et le faux à un autre moment. - Pour les êtres imcomposés [:] - le vrai, c’est saisir [intuition : la nature simple ne peut être saisie que toute entière par la pensée, qui forcément conforme, donc une, à la chose] et énoncer ce qu’on saisit (...) ; ignorer, c’est ne pas saisir. - [et l’alternative dans l’esprit “saisir-ne pas saisir”, répond bien entendu à la première alternative “être-ne pas être”, sans intermédiaire.]