vendredi 31 décembre 2010

Philosophie et Science et de l'Histoire

(Les encadrés correspondent à la part de travail personnel demandé aux élèves)

0.0.0. - Introduction

0.0.1. — LES DEUX SENS DU MOT HISTOIRE. Le terme d’Histoire est ambigu et désigne deux ordres de réalité fort différents. D’une part, les événements, les actes, les faits du passé, c’est-à-dire la réalité historique objective ; d’autre part, la connaissance de ce passé : réflexion et recherche, voire science rigoureuse du devenir des hommes et des sociétés, qui représentent la face subjective de l’histoire. La situation de l’homme par rapport à l’Histoire est à l’origine de cette ambiguïté.


Quelle est cette ambiguïté, cette difficulté propre à toutes les "sciences humaines" ?


0.0.2. - PHILOSOPHIE ET SCIENCE DE l'HISTOIRE. L'Histoire comme connaissance du passé peut prendre à son tour deux formes : il y a d'une part la philosophie de l'Histoire, comme réflexion, compréhension du passé, et d'autre part la science de l'Histoire comme discipline scientifique. Les procédures et finalités de ces deux formes de discours sont assez différentes.

Que cherche à comprendre une philosophie de l'Histoire ?
Que cherche à connaître une science de l'Histoire ?


0.0.3. — HISTOIRE OU HISTOIRES ? Une autre ambiguïté subsiste, provenant cette fois du fait que l’Histoire (comme recherche) consiste d’abord en un récit des événements passés. Après tout, “raconter une histoire” s’entend généralement d’abord à propos des fables et des fictions.… Tel est bien le sens du mot latin "historia" ; mais par ailleurs son équivalent en grec signifiait plutôt "recherche", "enquête", mettant alors l'accent sur la connaissance. C’est donc le problème de la vérité qui se trouve posé, mis en question dans le terme même d’”histoire”.
- Y a-t-il un risque pour que l'Histoire (comme discours) nous "raconte des histoires" ? En quel sens ?

0.0.4. - SENS OU CONSCIENCE DE L'HISTOIRE ? - Mais le problème spécifiquement philosophique reste celui du sens de l'Histoire. Comment les hommes doivent-ils interpréter leur évolution, leur transformation collective ? L'humanité a-t-elle un but ? doit-elle s'en fixer un à tout prix ?

N'est-ce pas paradoxal, pour l'humanité, de prétendre se fixer un but, une finalité ? N'est-ce pas à la limite dangereux ?


L'Histoire a un sens ou elle n'en a pas, mais ce qui importe, n'est-ce pas plutôt la conscience de l'Histoire, c'est-à-dire précisément cette forme de conscience historique propre à l'homme qu'on appelle la Mémoire ? Y a-t-il un "devoir de mémoire" comme on dit, et quelles doivent être les formes multiples de la mémoire collective ?


1.0.0. - LA PHILOSOPHIE DE L’HISTOIRE ET LA QUESTION DU SENS DE L'HISTOIRE

1.1.0. • L’ère historique : l'Histoire a-t-elle un commencement ?

- On peut définir de trois façons différentes l"ère historique", c'est-à-dire la réalité de l'Histoire, le fait que l'homme vit "dans" l'Histoire et en a conscience (ce qu'on ne suppose pas chez l'animal). Trois critères peuvent être proposés, allant du plus large (et ancien) au plus étroit (et récent), qui permettent à chaque fois de caractériser l'existence de l'Histoire par opposition à un état "pré-historique". Ces trois critères sont liés au propre de l'homme : le langage.

1.1.1. — LE LANGAGE ET LA PAROLE : HISTOIRE CONTRE NATURE - Ce qui signe comme telle l’apparition de l’homme est sans conteste le langage, le seul fait dont on puisse dire qu’il soit littéralement sans précédent. Dans ce sens, l'Histoire a commencé avec l'apparition de l'Homme.

En quoi le langage articulé, la parole, fait-elle de l'homme un "être historique", conscient du temps qui passe?


1.1.2. — L'ECRITURE : HISTOIRE CONTRE PREHISTOIRE. L’opposition classique entre histoire et préhistoire repose sur l’apparition de l’écriture (environ 3000 ans av. J.-C).

Qu'est-ce qui motive cette distinction histoire/préhistoire par rapport à l'émergence de l'écriture ? Qu'apporte l'écriture ? Qu'est-ce qui distingue l'historien de l'archéologue ?


1.1.3. — LE DISCOURS : societe historique contre sociétés traditionnelles.

- Enfin il est un autre critère venant spécifier l’avènement d’une “ère historique” : en un sens plus restreint, “historique” s’oppose à “traditionnel”. Deux types de sociétés se sont succédées ayant deux conceptions radicalement différentes du temps. Les sociétés "traditionnelles" croyaient en un temps cyclique, où les événements étaient censés se répéter conformément aux mythes fondateurs — références essentiellement anhistoriques — et où l’idée même évolution n’avait pas de sens. Les sociétés historiques (en fait il n'y en a qu'une, elle est "mondialisée") au contraire admettent un temps linéaire et l'idée d’un “progrès”. Elle remettent en question le mythe (mythos) et lui substitue un discours (logos). Désormais l’Histoire est ouverte, elle n’est plus fermée par le mythe et la conception cyclique du temps.

Quel peuple singulier a, le premier, rompu avec les traditions mythologiques et polythéistes ? Qu'est-ce que le "messianisme" ?

En Grèce, c'est la philosophie qui a supplanté les mythes. En quoi le discours philosophique, c'est-à-dire l'exercice de la Raison mais aussi le Questionnement sur l'existence des choses, ouvre-t-il une perspective proprement "historique" ? (Par opposition à la pensée religieuse.)

1.2.0. • Les grandes philosophies de l'Histoire : l'Histoire a-t-elle une fin ?

1.2.1. — KANT et l'idee d'une histoire universelle.

- Quel est la thèse des grandes philosophies de l’histoire ? C’est l’idée que l’histoire des hommes connaîtrait un ordre profond, un but ultime, une finalité. Elle irait vers un achèvement final (dans les deux sens du mot “achèvement” : terme, et perfection). L'Histoire est devenu un thème philosophique majeur au 18è siècle. Comme l'indique le titre de l'ouvrage de Kant, l'Histoire est pensée explicitement comme "universelle"

Que signifie l'expression "Histoire universelle" ?


- « Un plan caché de la nature ». - Pour Kant, la finalité de l'Histoire est à chercher dans la nature elle-même. La supposition d’une fin de la nature visant au développement complet des facultés originellement données dans la nature humaine doit rendre possible une compréhension rationnelle et systématique de l’Histoire. Celle-ci peut être présentée en sa totalité “comme la réalisation d’un plan caché de la nature pour produire une constitution politique parfaite” (Kant). Le "plan" en question n'est rien d'autre que le développement de l'homme en tant qu'être libre et rationnel, jusqu'à constituer une société de Droit, internationale et pacifiée. Evidemment, le point le plus discutable de cette thèse est la référence constante faite à la Nature et le "finalisme" qu'elle induit : comment concilier le fait que la Nature ait programmé un être… échappant finalement au contrôle de la Nature, puisqu'il est libre ?

Voici les 9 propositions qui forment la table des matières de l'ouvrage de Kant Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (1784) :

Réécrivez plus simplement, mais sans les déformer, les propositions 2, 3, 4, 7, 8

"Proposition 1 : Toutes les dispositions naturelles d'une créature sont destinées à se développer un jour complètement et en raison d'une fin.
Proposition 2 : Chez l'homme (en tant qu'il est la seule créature raisonnable sur terre), les dispositions naturelles, dont la destination est l'usage de la raison, devaient se développer seulement dans l'espèce, pas dans l'individu.
Proposition 3 : La nature a voulu que l'homme tire entièrement de lui-même ce qui va au-delà de l'agencement mécanique de son existence animale, et qu'il ne participe à aucune autre félicité ou à aucune autre perfection, que celles qu'il s'est procurées lui-même par la raison, en tant qu'affranchi de l'instinct.
Proposition 4 : Le moyen dont se sert la nature, pour mener à terme le développement de toutes les dispositions humaines est leur antagonisme dans la société, jusqu'à ce que celui-ci finisse pourtant par devenir la cause d'un ordre conforme à la loi.
Proposition 5 : Le plus grand problème pour l'espèce humaine, celui que la nature la force à résoudre, est de parvenir à une société civile administrant universellement le droit.
Proposition 6 : Ce problème est en même temps le plus difficile et celui qui sera résolu le plus tard.
Proposition 7 : Le problème de l'établissement d'une société civile parfaite est dépendant de celui de l'établissement de relations extérieures entre les États régies par des lois, et ne peut être résolu sans que ce dernier ne le soit.
Proposition 8 : On peut considérer l'histoire de l'espèce humaine, dans l'ensemble, comme l'exécution d'un plan caché de la nature, pour réaliser, à l'intérieur, et dans ce but, aussi à l'extérieur, une constitution politique parfaite, car c'est la seule façon pour elle de pouvoir développer complètement en l'humanité toutes ses dispositions.
Proposition 9 : Une tentative philosophique d'étudier l'histoire universelle d'après un plan de la nature visant l'union civile parfaite dans l'espèce humaine doit être considérée comme possible et même comme susceptible de favoriser cette intention de la nature."


1.2.2. — L'IDEALISME DIALECTIQUE ET LA RUSE DE LA RAISON (HEGEL).

- Le 19è siècle est véritablement, pour la philosophie, le siècle de l'Histoire, le siècle où elle essaie de découvrir l'Histoire dans sa Logique interne et où elle se découvre elle-même comme historique (les idées aussi ont une histoire !). Pour Hegel, il s’agit essentiellement de dépasser la “cohue bigarrée de l’histoire”, cette impression de grand désordre que l'on peut ressentir au spectacle des guerres et les événements, parfois absurdes, qui agitent l'humanité depuis la nuit des temps. «Là, un immense déploiement de forces ne donne que des résultats mesquins, tandis qu’ailleurs, des causes insignifiantes produisent d’énormes résultats. Partout, c’est une mêlée bigarrée qui nous emporte, et dès qu’une chose disparaît, une autre aussitôt prend sa place. » (Hegel, La raison dans l’histoire). Or cette mêlée  incohérente n'est justement qu'une impression, plus exactement elle manifeste une "ruse de la Raison". Car tous ces événements, cette violence, ces passions doivent bien avoir un sens, une logique qu'il s'agit de découvrir.

- Pourquoi une « ruse de la Raison » ? Il s’agit de la Raison universelle, de toute la rationalité dont l’espèce humaine dans son ensemble est capable. Il y a « ruse » en général lorsque quelque chose est dissimulé, pour parvenir plus efficacement à une fin. Or au plan de l’Histoire, l’aspect rationnel, logique et nécessaire des événement n’apparaît pas toujours, car ce n’est pas au nom de la Raison, au prime abord, que les hommes agissent. Ils sont bien davantage sous l’empire de la Passion. De même ce n’est pas toujours l’intérêt collectif qui poussent à agir, mais bien souvent l’intérêt individuel : et cependant, au bout du compte, quelque chose de logique et de cohérent se sera réalisé. Tout se passe comme si la Raison se dissimulait derrière la Passion, laissant la passion agir, laissant les individus s’affronter, afin que finalement la Raison réconciliatrice l’emporte. Donc si la Raison universelle est l’ordre profond de l’Histoire, la Passion personnelle en est le moteur. Naturellement, cette « ruse » n’est en rien consciente ou volontaire, puisque le « sujet » de l’Histoire n’est pas une personne mais l’Humanité tout entière.

En fonction de ce concept de « ruse de la Raison », comment pourrait-on définir les « Grands Hommes » s’illustrant au cours de l’Histoire : sont-ils du côté de la passion ou de la raison, de l’individuel ou de l’universel (ex. Alexandre, Napoléon, de Gaulle, etc.) ?


- Pourquoi « l'idéalisme » ? — Selon Hegel c’est l’Idée, principe spirituel suprême, qui gouverne l’Histoire. L'Histoire, littéralement, réalise (rend réelle) l'Idée. Au fond, Hegel pense que l'Histoire se confond avec le devenir d’un principe spirituel et supérieur : «L’Idée est le vrai l’éternel, la puissance absolue. Elle se manifeste dans le monde et rien ne s’y manifeste qui ne soit elle, sa majesté et sa magnificence: voilà ce que la philosophie démontre. » L’Histoire représente l’ldée en marche. Aussi, sans la notion de progrès, le cours de l’histoire est-il incompréhensible. Mais de quelle « Idée » parlons-nous ? L’Idée selon Hegel est-elle comparable à l’Essence selon Platon ? Pas vraiment puisque l’Idée platonicienne est éternelle et n’a pas besoin du monde pour exister (le Beau en soi, le Juste en soi, etc.), tandis que l’Idée hégélienne est… historique justement : elle est immanente au monde, elle n’existe qu’avec lui, mais il n’empêche qu’elle dirige le monde. Comme elle n’existe pas avant de se réaliser, on ne peut pas la définir in abstracto. Comment pourrait-on définir la Raison autrement qu’en produisant la Raison, dans un discours rationnel ?


- Pourquoi « dialectique » ? Ce terme indique chez Hegel le mouvement même de la pensée, de l’Idée, et donc de l’Histoire puisque celle-ci réalise l’Idée. Mouvement en trois phases logiques. Toute Idée se présente d’abord comme une thèse que l’on pose, affirmant l’existence, plus précisément l’identité (être statique) de quelque chose. Puis il s’avère nécessaire de poser son contraire, l’antithèse, soit cette même chose mais différente, entrain de changer (être agissant) et donc de se nier par rapport à son premier état. Vient enfin le troisième moment, celui de la synthèse ou du dépassement des contraires, présentant l’être au-delà de ses aspects statique ou même différenciés, l’être comme résultat ou totalisation. Le rapport avec l’Histoire, c’est que les hommes ou les nations commencent naturellement par affirmer leur existence, leur identité, mais il faut bien confronter celles-ci à l’adversité (les autres nous nient en s’affirmant eux-mêmes !), pour finalement être vraiment ce que l’on est, c’est-à-dire en tant que reconnu également par les autres. Ainsi s’expliquent la plupart des guerres, dont l’aspect négatif est la destruction et la tuerie, mais dont l’aspect positif (selon Hegel) est de consolider l’existence même des nations.

Montez comment cette notion de « dialectique » permet de comprendre le rapport entre Tradition et Progrès. Le progrès est-il une négation pure et simple de la tradition ?


- Et la Liberté ? – La Raison n’est pas pour Hegel une sorte de nécessité naturelle ou cosmique comme chez les stoïciens. Elle est parfaitement compatible avec la liberté. Il est évident que l’Histoire manifeste aussi bien la liberté humaine. Plus précisément, la liberté va de paire avec la négativité, soit l’étape intermédiaire du processus dialectique : la capacité de dire non, de se révolter par exemple. L’Histoire n’aurait pas eu lieu, les hommes n’auraient pas avancé s’ils n’avaient pas eu à cœur d’exprimer leur liberté fondamentale. Cette liberté est au cœur des affrontements sociaux, notamment du processus historique décrit par Hegel comme « dialectique du maître et de l’esclave ». Dans un premier temps en effet le maître s’impose comme tel en affirmant sa liberté non négociable (autorité), par exemple en préférant mourir plutôt que de subir le déshonneur (définition même de la « noblesse »). Les autres, les soumis, les esclaves, devront se libérer autrement (de la domination des maîtres), par exemple en travaillant, ce qui leur permettra de prendre possession du monde économiquement, avec le temps, et après bien des révolutions…

- Quel est donc la « fin » de l’Histoire ? Pour Hegel l’Histoire réalise donc l’Idée au moyen de la raison universelle, qui est aussi collective. « Concrètement », si l’on peut dire, c’est l’Etat comme forme politique qui est le mieux susceptible d’incarner la Raison. Car l’Etat n’est pas seulement l’Ordre, gardien de la paix, il est aussi la Liberté réalisée et garantie…

L’Etat, réalisation de la liberté ?


1.2.3. — KARL MARX ET LE MATERIALISME DIALECTIQUE

- Pourquoi « matérialisme » ? - Marx inverse la conception de Hegel, mais il conserve (dialectiquement) peut-être l’essentiel : la méthode dialectique. C’est-à-dire que l’Histoire est bien un processus rationnel fait d’affrontements et de dépassements successifs. L’Histoire est bien la réalisation progressive (et douloureuse) de la Liberté des hommes et des peuples. Simplement pour lui c’est la production économique et matérielle de la vie qui fait l’Histoire, ce ne sont pas les idées.  «A l’encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la Terre, c’est de la Terre au ciel que l’on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui... non, on part des hommes dans leur activité réelle. » (Marx et Engels, L’Idéologie allemande)

- La lutte des classes et la révolution. - Si la pratique matérielle est déterminante, alors il faut analyser l’action réciproque des forces productives et des rapports de production. Les forces productives représentent l’ensemble des moyens matériels et des puissances de tous ordres dont dispose la société humaine. Les rapports de production désignent les relations sociales nouées dans le processus de production. — Or, cette sphère du travail, loin d’être exempte d’antagonismes, suscite, au contraire, perpétuellement des conflits (cf. cours sur la Technique). C’est donc la lutte des classes, qui est, pour Marx, le noyau de l’histoire unitaire, c’est elle qui donne un sens global à l’évolution historique. Elle est le moteur ultime du devenir. “L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf… en un mot, oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée.” (Marx et Engels). Aux yeux de Marx, la révolution prolétarienne annonce la venue d’un temps où l’homme maîtrise enfin sa condition et son destin. En prenant en charge l’histoire, le prolétariat répudie l’inhumanité historique. Ainsi commence le “règne de la liberté” ; l’humanité s’arrache alors au joug du destin, de l’injustice et de la nécessité.

En quoi l’idée même de révolution est-elle ambiguë, porteuse de liberté mais aussi de violence ? Une révolution (populaire ou prolétaire) peut-elle conduire à la tyrannie ? Pourquoi ? Exemples ?
D’une façon générale, postuler comme Kant, Hegel ou Marx que l’Histoire a un Sens (ou une « Fin » : terrible ambiguïté du mot !) n’est-il pas dangereux ?
Au vu de qu’a été le 20è siècle, peut-on admettre en suivant Hegel que chaque guerre a son utilité, voire sa nécessité historique ? N’a-t-on pas atteint en ce siècle, au contraire, l’Injustifiable et l’Inconcevable même au titre d’une « ruse de la Raison » ? Exemple ?


1.2.4. — conclusion provisoire

Ces grands systèmes philosophiques (Kant, Hegel, Marx) semblent aujourd’hui problématiques. Les philosophies de l’histoire du 19è siècle nous donnaient à voir un genre humain enfin libre et raisonnable dans un monde libre et raisonnable. Tout au contraire, la réalité historique du 20è siècle apparaît comme la chronique de l’enfer...
«La fin de l’histoire n’est pas une valeur d’exemple et de perfectionnement Elle est un principe d’arbitraire et de terreur.» (A. Camus, L’homme révolté, NRF, 1951).
Donc de plus en plus les grandes synthèses cèdent donc la place au relativisme historique, lequel réclame un savoir le plus rigoureux possible du passé effectif : c’est l’objet de la science  historique. A quoi cela sert-il de disserter sur le « sens de l’histoire » si cette réflexion se fait au mépris de la vérité historique ?


2.0.0. - LA SCIENCE DE L’HISTOIRE ET LA VERITE HISTORIQUE

2.1.0. • Qu’est-ce qu’un fait historique ?

2.1.1. — la construction du fait

Le discours historique est une reconstruction intellectuelle du passé, une re-création. L’établissssement du fait historique représente le produit d’une d’abstraction. Tout d'abord, comme en toute science, l'historien étudie des "phénomènes" – signes, traces, témoignages : il "s'est passé quelque chose chose ici" – et il lui appartient d'en tirer la connaissance des "faits". Son travail consiste à établir des faits dans leur vérité, avec le plus de précision et d'exactitude possibles.
Une masse immense de matériaux est à la disposition de l’historien sous forme d’archives, de témoignages ; il faut choisir, sélectionner et construire des faits historiques privilégiés qui rassemblent et expliquent ces éléments épars. On pourrait reprendre l’image de la “trame” qui illustre bien cette nécessité de raconter, mais en renouant les fils, en retrouvant une cohérence. Ainsi c’est l’historien qui produit le fait historique véritable, et non l’histoire qui en elle-même est une succession incohérente de phénomènes.

2.1.2. — fait et événement

- Mais de quoi se compose un “fait historique” ? A partir de quand un fait est-il considéré comme historique, c’est-à-dire comme un événement ? Justement, après avoir distingué "phénomène" et "fait", il faut distinguer "fait" et "événement". Qu’est-ce qu’un événement ? Est-ce simplement un fait historique remarquable et important ?

- L'événement représente toujours une rupture dans le cours linaire de l'Histoire des sociétés et des peuples. Il est la cause d'un changement profond, dont les effets ne se feront sentir qu'après-coup, et durablement. Ces effets atteignent souvent l'humanité tout entière. Ils demandent à être interprétés au niveau de leur sens (et pas seulement établis dans leur vérité, comme les faits simples).

Dégagez le "sens" philosophique, c'est-à-dire l'importance universelle des événements historiques suivants (qu'ont-ils changé, quelles sont les idées, les valeurs concernées ?). Vous en choissez 3 et vous développez sur quelques lignes. La découverte du feu, La découverte de l'agriculture, La découverte des Amériques, L'affaire Dreyfus, La Révolution française, La controverse de Vallalolid, La Shoah, On a marché sur la Lune, Le 11 septembre…


- Mais l'Histoire ne se focalise pas uniquement sur les grands Evénements. Il faut distinguer au moins deux façons d'étudier l'Histoire. 1) Trop souvent, par le passé, l’on a confondu l’événement avec le spectaculaire, parfois avec le catastrophique qui n’est jamais qu’accidentel, ou bien encore avec l’individuel comme les faits et gestes des grands hommes, des grands chefs. Tout ceci est sans doute plus facile à mémoriser et possède parfois une valeur symbolique donc pédagogique (on aime bien poser des repères comme : Charlemagne a “inventé” l’école, etc.). L’histoire a longtemps consisté en une présentation enchaînée et chronologique des actes d’une élite politique et militaire. C’est ce qu’on nomme l’histoire événementielle. On peut dire qu’elle est mal dégagée du mythe. Très peu scientifique, cette méthode est délaissée par les historiens. 2) On opposera à cette histoire événementielle l’histoire à la fois plus complète, plus complexe et plus rigoureuse des faits. La première suppose toujours que l’histoire est commandée par les intentions et les décisions de quelques hommes : elle est finaliste ; la seconde cherche à décrire les conditions géographiques, sociales, idéologiques, économiques, techniques et autres qui peuvent expliquer le déroulement de l’histoire : elle est réaliste et empiriste. Pour les historiens de “la Nouvelle Histoire” (Leroy-Ladurie, Ariès, Duby, etc.), tout peut être objet d’étude historique, et la dimension politique ou guerrière des faits n’a pas à être spécialement privilégiée.

2.1.4. — les trois temps de l’histoire.

Fernand Braudel a proposé une solution qui consiste à distinguer trois temps fort différents mais superposables, correspondant en quelque sorte à trois angles de vue allant du plus large au plus étroit. — 1° Un tempsgéographique” tout d’abord qui est la toile de fond ou le décor de l’histoire, un temps “immobile” caractérisé par un rapport constant entre les hommes et le milieu géographique (il est possible de décrire ainsi “en synchronie”, par exemple l’histoire du monde méditerranéen). Pour utiliser une métaphore théâtrale, ce temps correspond donc au décor de la pièce. — 2° C’est devant ce décor que viennent se jouer en de très longues périodes les lentes évolutions spécifiques du temps social, faites davantage d’évolutions que de changements profonds (ces derniers ne pouvant intervenir qu’avec le milieu). C'est l'action de la pièce de théâtre, où plusieurs personnages interviennent simultanément — 3° Enfin, sur l’avant-scène, s’actualise le temps individuel, le temps des événements (surtout politiques et guerriers), ponctué par leur singularité instantanée et éphémère. Au théâtre, l'"avant-science" est le devant de la scène, où s'avance le personnage conduisant, à un moment donné, l'action.

Considérez un événement historique (par ex. "1789", "mai 68" ou le "11 septembre") et dégagez quelques éléments appartenant respectivement au temps géographique, au temps social, et au temps individuel.



2.2.0. • L’histoire est-elle une vraie science ?

2.2.1. — PETITE HISTOIRE DU MOT "HISTOIRE" : HISTOIRE ET SCIENCE

Le mot “histoire” (historia en grec) signifie originellement étude, enquête ou recherche et, par suite, la connaissance qui en résulte. Chez Platon, l’on trouve déjà une opposition entre deux formes de connaissance : l’une relative aux données sensibles, c’est-à-dire aux faits, dont on cherche à connaître les causes dites “prochaines” (les plus proches) ; l’autre relative aux Idées ou essences qui constituent les causes dites “premières”, c’est-à-dire les causes principales des choses. — Cette opposition se retrouvera aux 17è et 18è siècles entre la connaissance de fait qui dérive de la perception et que la mémoire conserve et la connaissance qui procède par raisonnement. On appelle la première histoire, et la seconde philosophie. A son tour, l’histoire se divise en histoire naturelle et en histoire humaine. Donc, ce qu’on appelle “histoire”, à cette époque, n’est autre que ce que nous appelons aujourd’hui la “science” !

2.2.2. — fait historique et fait scientifique

Effectivement, il y a un rapport nécessaire entre la recherche scientifique des causes et l’écriture de l’histoire comme récit : 1° parce que ces causes appartiennent nécessairement au passé (une cause est antérieure à son effet, de même que l’histoire est une évolution dans le temps) ; 2° parce qu’elles appartiennent au domaine des faits (ce sont des faits que l’on explique de même que ce sont des faits que l’on raconte). Donc expliquer c’est raconter (voir exemple de la cosmologie : expliquer l’univers, c’est raconter l’histoire de l’univers). Comme l’écrit Marx : “Nous ne connaissons qu’une seule science, celle de l’histoire. (...)  On peut la scinder en histoire de la nature et histoire des hommes. Les deux aspects cependant ne sont pas séparables : aussi longtemps qu’existent des hommes, leur histoire et celle de la nature se conditionnent réciproquement”. Donc, pour l'instant, l'Histoire nous apparaît bien comme un science.

2.2.3. — le probleme de l’objectivité

- Mais une science doit être objective, et non subjective ou partisane. Or s’il existe des conditions géographiques, linguistiques, culturelles au sens large qui peuvent créer une sorte de structure mentale invariante, comme des a priori inconscients, ne peut-on par ce même argument mettre en doute, sinon forcément la sincérité de l’historien, du moins peut-être la lucidité et donc l’objectivité de son travail ? Par exemple, l’historien européen peut-il faire une histoire de l’Orient, de la Chine ou de l'Inde, sans projeter abusivement sur une autre civilisation ses propres modes de pensée ? L’historien est-il fatalement ethnocentriste ? Le colonialisme n'a t-il pas laissé des traces, des habitudes de pensée plus ou moins inconscientes ?

Problème inverse : peut-on faire l’histoire de son propre pays, de sa propre famille ? N’est-ce pas en quelque sorte vouloir écrire son auto-biographie, en étant à la fois l’observateur et l’observé ?
- Qu'est-ce qu'une connaissance objective et rigoureuse, et est-ce le cas de l'Histoire ? Plusieurs critères sont à retenir. 1) Toute science doit porter sur un "objet" précis et défini : c'est la première condition, évidente, de l'objectivité. De ce point de vue, l'Historien possède bien un objet précis, ne serait-ce que le fait qu'il s'agit d'établir dans sa vérité. On dira que l'Histoire est une science positive ou empirique (au sens où empirique s'oppose à "transcendantal"). (La philosophie n'est pas une science positive pour cette même raison : elle n'a pas d'"objet" factuel défini.) – 2) Les désirs, les opinions, les croyances – bref la subjectivité - du chercheur doivent être mis à l'écart, justement pour laisser place à l'objectivité (au sens où objectif s'oppose à subjectif). Or, on l'a dit, de ce point de vue l'Histoire n'est pas toujours objective : il est très difficile, pour l'Historien, de s'effacer en tant qu'être humain lorsqu'il s'agit d'expliquer les comportements d'êtres humains. 3) D'autre part une science doit disposer d'une méthodologie précise et rigoureuse, lui permettant de progresser et de vérifier ses résultats selon des protocoles stricts. C'est le cas en Histoire : que cela soient les préhistoriens travaillant sur les vestiges et les historiens proprement dit travaillant sur les archives, les enquêtes se font désormais avec grand renfort de procédures et surtout de moyen scientifiques (carbone 14 utilisé pour la datation, etc.). 4) Enfin la vérité scientifique est plutôt collégiale, voire consensuelle, elle est le fruit d'un ensemble de travaux collectifs où chacun apporte sa pierre à l'édifice de la connaissance (ce n'est pas forcément le cas en philosophie). Ce principe s'applique manifestement à l'Histoire.

Paul Ricoeur (20è)"Nous attendons de l'histoire une certaine objectivité, l'objectivité qui lui convient : c'est de là que nous devons partir et non de l'autre terme. Or qu'attendons-nous sous ce titre ? L'objectivité ici doit être prise en son sens épistémologique strict : est objectif ce que la pensée méthodique a élaboré, mis en ordre, compris et ce qu'elle peut ainsi faire comprendre. Cela est vrai des sciences physiques, des sciences biologiques ; cela est vrai aussi de l'histoire. Nous attendons par conséquent de l'histoire qu'elle fasse accéder le passé des sociétés humaines à cette dignité de l'objectivité. Cela ne veut pas dire que cette objectivité soit celle de la physique ou de la biologie : il y a autant de niveaux d'objectivité qu'il y a de comportements méthodiques. Nous attendons donc que l'histoire ajoute une nouvelle province à l'empire varié de l'objectivité.
Cette attente en implique une autre : nous attendons de l'historien une certaine qualité de subjectivité, non pas une subjectivité quelconque, mais une subjectivité qui soit précisément appropriée à l'objectivité qui convient à l'histoire. Il s'agit donc d'une subjectivité impliquée, impliquée par l'objectivité attendue. Nous pressentons par conséquent qu'il y a une bonne et une mauvaise subjectivité, et nous attendons un départage de la bonne et de la mauvaise subjectivité, par l'exercice même du métier d'historien."


- En fin de compte, l'Histoire nous apparaît plutôt comme une science ou en tout cas comme une connaissance véritable. Certes, le savoir historique ne vise pas une objectivité comparable à celle des sciences de la nature, et l’historien ne s’efface jamais totalement derrière les documents. L’établissement des faits historiques s’appuie cependant sur des règles de recherche très strictes (critique et multiplicité des documents) qui en font une connaissance acceptable.

2.2.4. — IL N'Y a PAS de “lois historiques”

Cependant, il existe un autre argument susceptible de mettre en question la scientificité des recherches historiques. Il consiste à prétendre que l’histoire ne saurait être une science en raison de la singularité de ses objets. Depuis Aristote, on soutient en effet qu’"il n’y a de science que du général". C’est-à-dire des objets à partir desquels l’on puisse établir des principes. Depuis Descartes et Galilée, les conditions sont plus strictes encore puisque, avec le principe du déterminisme ("les mêmes causes produisent les mêmes effets"), une vraie science a pour but d’établir des lois à partir desquelles l’on puisse reproduire et donc prédire un phénomène. Or en histoire, il est clair qu’on ne peut, à partir d’un fait historique singulier, tirer une loi générale telle que l’on puisse prévoir sa répétition. En effet le comportement des hommes et des sociétés n'est pas prévisible à ce point ; il faut bien admettre qu'une part d'imprévu et de …liberté sert de moteur à l'Histoire.

Arthur Shopenhauer (19è) -  "L'histoire est une connaissance, sans être une science, car nulle part elle ne connaît le particulier par le moyen de l'universel, mais elle doit saisir immédiatement le fait individuel, et pour ainsi dire, elle est condamnée à ramper sur le terrain de l'expérience. (...) Les sciences (...) ne parlent jamais que des genres; l'histoire ne traite que des individus. Elle serait donc une science des individus, ce qui implique contradiction. Il s'ensuit encore que les sciences parlent toutes de ce qui est toujours, tandis que l'histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n'existe plus jamais ensuite. De plus si l'histoire s'occupe exclusivement du particulier et de l'individuel, qui, de sa nature, est inépuisable, elle ne parviendra qu'à une demi-connaissance toujours imparfaite. Elle doit encore se résigner à ce que chaque jour nouveau, dans sa vulgaire monotonie, lui apprenne ce qu'elle ignorait auparavant."

S'il n'y a pas de constantes, de lois historiques, pourquoi alors dit-on parfois que “l’histoire se répète”… Cette formule a-t-elle un sens?


Il n'y a pas de lois historiques. L'Histoire reste donc une science singulière, puisqu'elle a pour objet des singularités dont elle ne titre aucune loi, sinon toutefois des liaisons, les trames qui unissent ces singularités (faits, événements…) : cette trame n'est rien d'autre que l'Histoire (réelle…), objet de l'Histoire !
L'Histoire n'est pas seulement l'objet de l'Historien, elle est également l'objet de réflexion du philosophe, donc de tout homme, et relève d'une subjectivité élevée.

Paul Ricoeur : "Ce n'est pas tout : sous le titre de subjectivité nous attendons quelque chose de plus grave que la bonne subjectivité de l'historien ; nous attendons que l'histoire soit une histoire des hommes et que cette histoire des hommes aide le lecteur, instruit par l'histoire des historiens, à édifier une subjectivité de haut rang, la subjectivité non seulement de moi-même, mais de l'homme.
Mais cet intérêt, cette attente d'un passage - par l'histoire - de moi à l'homme, n'est plus exactement épistémologique, mais proprement philosophique : car c'est bien une subjectivité de réflexion que nous attendons de la lecture et de la méditation des oeuvres d'historien ; cet intérêt ne concerne déjà plus l'historien qui écrit l'histoire, mais le lecteur - singulièrement le lecteur philosophique -, le lecteur en qui s'achève tout livre, toute oeuvre, à ses risques et périls. Tel sera notre parcours : de l'objectivité de l'histoire à la subjectivité de l'historien (…)".


- Bilan – Nous avons enregistré l'échec (historique, aussi bien : seconde guerre mondiale, chute du mur de Berlin…) des grandes philosophies du Sens du l'Histoire, en ce sens que nulle "Fin" de l'Histoire ne saurait être prophétisée et encore moins réalisée sans que cela ne tourne à la catastrophe (partie I). Par ailleurs nous avons montré la nécessité de confier à une science de l'Histoire la connaissance rigoureuse du passé et l'exhaustion des faits dans leur vérité (partie II). Reste que chaque homme, chaque conscience doit s'approprier l'Histoire et y insérer sa propre histoire individuelle : cette démarche, comme le dit Ricoeur, est pleinement philosophique.



3.0.0. – LA CONSCIENCE HISTORIQUE ET LA MEMOIRE CITOYENNE (et conclusion)

3.1.0. – La "conscience historique" et l'"historicité"

3.1.1. – CONSCIENCE HISTORIQUE – Si la Raison est historique (Hegel), a fortiori la conscience l'est aussi. La capacité en général de se "re-présenter" quelque chose est liée au temps (le temps est intérieur…). Donc un homme qui aurait perdu la conscience de son passé, c'est-à-dire sa mémoire, ne pourrait être dit pleinement conscient.

3.1.2. – HISTORICITE – L'homme se définit comme un être historique : c'est ce que résume le terme d'"historicité". Il désigne par conséquent la condition humaine, et non la nature humaine. Précisément l'homme a une histoire (ou une existence) parce qu'il n'a pas de nature (ou d'essence) selon le mot de Sartre ("l'homme n'a pas de nature parce qu'il a une histoire"). L'historicité caractérise l'Homme en général comme la temporalité caractérise la conscience, soit une structure d'ouverture à l'à-venir. Cela signifie que l'homme se construit lui-même en expérimentant sa liberté fondamentale ; il se surprend et se dépasse même au risque de se perdre…
Sur un plan métaphysique général, l’historicité de l’homme marque le caractère “terrestre” de sa vie et de sa condition : dépendre d’une matière, vivre et mourir, et ne relever peut-être d’aucune transcendance (de toute façon, dans le christianisme par exemple, l’existence de Dieu n’exonère pas l’homme de son historicité, son passage obligé  dans l’histoire).

3.2.0. – Le "devoir de mémoire" ou la "mémoire citoyenne"

- De même que la mémoire fait partie constitutivement de la conscience, il existe un"devoir de mémoire" que nous préférons appeller "mémoire citoyenne" c'est-à-dire une obligation collective de conserver le passé, ne serait-ce que pour nous donner une chance d'avancer vers le futur. Freud a montré, avec sa théorie du trauma, que le passé non symbolisé, non raconté, a tendance à revenir de manière troublante ou même violente. C'est ici que la formule "l'histoire se répète" prend tout son sens : si l'on ne veut pas que le passé revienne réellement, il est nécessaire de l'entretenir symboliquement. Il y a au moins trois manières d'entretenir le souvenir collectif.
- La commémoration : elle passe par l'évocation orale et collective des événements marquants de l'Histoire.
- La conservation des archives écrites : que deviendrait une société sans ses livres ?

La "civilisation de l'image" qui s'annonce sera-t-elle "post-historique" (comme la civilisation d'avant l'écriture est dite "pré-historique" ? Que peut signifier cette expression?


- La préservation des vestiges matériels du passé. N'oublions pas que les œuvres du passé forment notre environnement immédiat, donc notre présent. Que seraient, géographiquement (et pas seulement historiquement) nos villages sans leurs églises, leurs monuments ?

Dites pourquoi la préservation du "patrimoine", vestiges des hommes du passé, est porteuse de Sens pour les hommes d'aujourd'hui ?