samedi 23 mai 2009

La matière et l'esprit : deux réalités opposées ou deux aspects d'une même réalité ? (cours)

Niveau : terminales



« Il suffit d’un atome pour troubler l’œil de l’esprit. » Shakespeare, Hamlet

Introduction

1) Distinction des concepts

Quel constat semble s’imposer quand on rapproche ces deux notions ? Elles s’opposent !
- La matière, en première approximation, désigne tout ce qui existe « concrètement » et « visiblement » hors de notre esprit, c’est-à-dire ce qui est perçu par nos sens (visible, audible, palpable…). Ce serait donc le concret (opposé à l’abstrait) et le sensible (opposé à l’intellectuel).
Mais plus précisément le mot français « matière » vient du latin materia, dérivé de mater (mère, nourrice), équivalent de hulê en grec, littéralement le bois en tant qu’il est destiné à être travaillé. En ce sens la matière est le matériau servant à la construction, le substrat, voir le contenu auquel va être apporté une organisation, une structure. C’est en ce sens aussi que l’on parle de la « table des matières », soit l’ensemble des objets, des contenus d’un ouvrage en tant qu’ils sont visés par une réflexion (de l’esprit). Donc, la matière est plus précisément ce qui est destiné à revoir une forme.

- L’esprit. L'étymologie latine fournit le premier sens : 1) spiritus, « le souffle », « le vent », donc le souffle divin, les « esprits » (êtres surnaturels) ou l'Esprit-Saint – 2) l’ensemble des facultés intellectuelles et psychiques de l’homme, voire son caractère (d'où des expressions comme « avoir l’esprit d’à-propos », « faire de l’esprit », « avoir l’esprit large ou étroit ») – 3) au sens métaphysique, l’Esprit, une réalité transcendante qui dépasse même l’esprit humain individuel, soit l’ensemble des œuvres humaines (la Culture), soit encore une entité supérieure et créatrice (Dieu).

2) Sens de leur opposition (problème et plan)

- Une « opposition » n’est pas une simple « distinction » ou « différence » : cela renvoie à deux qualités ou à deux réalités qui se présentent, soit comme étant contraires (la matière contre l’esprit – comme si, par exemple, la matière était le mal et l’esprit le bien), soit comme étant complémentaires (la matière avec l’esprit, comme si la matière était un principe féminin par exemple, et l’esprit un principe masculin, ou l’inverse…).
Dans ce cas, il reste à déterminer laquelle des deux est « supérieure » dans l’ordre des réalités, ou bien laquelle est prioritaire s’il s’avère qu’elles participent toutes deux d’une même et unique réalité.
Mais il se pourrait aussi que ces deux réalités soient exclusives l’une de l’autre (la matière ou l’esprit) : une seule existerait vraiment. Mais laquelle ? la matière ou l’esprit ?
- D’où les deux questions qui se posent : 1) matière et esprit sont-elles deux réalités opposées ou bien deux aspects d'une même réalité ? Autrement dit faut-il être dualiste (les deux réalités, matière et esprit, existent distinctement) ou faut-il être moniste (une seule réalité existe, soit l’esprit seul, soit la matière seule, soit un composé des deux). 2) Lequel de la matière ou de l’esprit domine l’autre, lequel est le plus important, ou même lequel existe vraiment, autrement dit faut-il être matérialiste ou bien spiritualiste ?

- Le problème revêt d'abord un aspect métaphysique ou plus précisément ontologique. Celui de l’être (onto) et la réalité respective de la matière et de l'esprit. Tout ce que l’on appelle en général l’esprit existe-t-il vraiment ? L'esprit est-il une authentique réalité, de type immatériel, ou simplement une forme plus subtile de la matière, voire une simple évolution de la matière, sans qu’elle cesse d’être de la matière (matérialisme) ? De son côté, si la matière est bien la réalité concrète, sensible, atomique, etc., ne peut-on pas imaginer que toutes ces réalités, en tant que perçues, pensées, définies par nous, ne sont que des constructions de l'esprit (spiritualisme) ?
- Le problème revêt ensuite un aspect épistémologique (problème de la connaissance et de la science) : il apparait assez évident en effet qu’esprit et matière s’opposent comme sujet et objet, au sens où c’est l’esprit qui sert à connaître la matière. Si l’on niait complètement l’existence de l’esprit, il faudrait supposer que la matière se connait elle-même, ce qui est absurde ; et si l’on niait totalement l’existence de la matière, il faudrait supposer de même que l’esprit se connait lui-même, un peu comme un serpent se dévorant lui-même : à quoi cela mènerait-il ? D'une façon générale, on ne peut accéder à l'esprit humain en dehors de ses manifestations (notamment langagières, qui ont bien un aspect sensible) et de ses œuvres, plus ou moins matérielles.
Donc, en termes de « connaissance », l’esprit et la matière semblent bien co-exister l’un avec l’autre, reste à voir de quelle façon.
- Le problème revêt enfin un aspect anthropologique. Concernant la nature de l'être humain, l'opposition de l'esprit et de la matière recoupe classiquement l'opposition de l'âme et du corps. S'agit-il de deux substances distinctes comme le pensait Descartes ? Peut-on réduire l'une à l'autre : par exemple peut-on réduire l'esprit à l'activité cérébrale (physicalisme) ? Ou faut-il supposer une 3è substance intermédiaire, assez énigmatique, l'"union" de l'âme et du corps, comme le pensait encore Descartes ? La" vie" ne serait-elle pas, finalement, une synthèse de l'âme et du corps, de l'esprit et de la matière ?



I / L’opposition entre réalité matérielle et réalité spirituelle (aspect ontologique du problème)

La question est d'ordre ontologique (« onto » : être) : elle concerne la réalité même des choses. Le matérialisme soutient que seule existe vraiment la matière, et que l'esprit n'est qu'une forme de matière élaborée, ou au pire un rêve et une illusion. Le spiritualisme au contraire soutient que seul l'esprit existe vraiment, et que la matière n'en est qu'une version dégradée, une faible copie, une sorte d'apparence. Les deux théories sont également traditionnelles, même si le spiritualisme semble plus ancien, et davantage lié à la vision religieuse du Monde qui consiste à distinguer un Monde matériel, essentiellement voué à la corruption, et un arrière-monde Spirituel éternel et pur.

1) Le Matérialisme

a) Ex. 1 : le matérialisme antique

Concernant le matérialisme, on peut citer le grec ancien DEMOCRITE qui fit de la réalité un ensemble d’atomes et de vide, un tout purement matériel. L'épicurisme est la suite logique de cette doctrine. C'est sous l'effet des atomes et du vide que les choses s'accroissent ou se désagrègent : les mouvements des atomes forment les modifications des choses sensibles. Ces agglomérations et ces enchevêtrements d'atomes forment ainsi le devenir cosmique. Dans ce système, l’esprit, la pensée, n’est qu’un ensemble d’atomes particuliers (résultat d’une « déclinaison » particulière de certains atomes dans le vide). « Les atomes descendent bien en ligne droite dans le vide, entraînés par leur pesanteur; mais il leur arrive, on ne saurait dire où ni quand, de s'écarter un peu de la verticale, si peu qu'à peine peut-on parler de déclinaison » (Lucrèce, De natura rerum, Chant II). Dans ce contexte, il est certain que l’esprit, comme « souffle divin » ou principe immatériel, n’est qu’un mythe.

b) Ex. 2 : le matérialisme des Lumières

Au 18è siècle les encyclopédistes et philosophes DIDEROT, HELVETIUS et D’HOLBAC sont matérialistes : par exemple ils décrivent les passions de “l’âme”, pas du tout comme des phénomènes spirituels de l’âme (qui pour eux n’existe pas), mais comme des agitations intérieures du corps, des sortes de réflexes comme réponses mécaniques à des stimuli externes. Diderot de son côté insiste plutôt sur la sensibilité, qui serait en quelque sorte la chose la mieux partagée parmi les êtres naturels. Il n’en conteste pas moins l’existence de l’âme comme entité distincte. Car pour Diderot la matière ne saurait être réduite à l’étendue (cf. Descartes), elle comprend aussi la vie, le mouvement et le repos, la sensation, et même la pensée.

DIDEROT, Extrait de Le Rêve de d’Alembert. – « Voyez-vous cet œuf ? C'est avec cela qu'on renverse toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre. Qu'est-ce que cet œuf ? une masse insensible avant que le germe y soit introduit ; et après que le germe y est introduit, qu'est-ce encore ? une masse insensible, car ce germe n'est lui-même qu'un fluide inerte et grossier. Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation, à la sensibilité, à la vie ? par la chaleur. Qu'y produira la chaleur ? le mouvement. Quels seront les effets successifs du mouvement ? Au lieu de me répondre, asseyez-vous et suivons-les de l'œil de moment en moment. D'abord c'est un point qui oscille, un filet qui s'étend et qui se colore ; de la chair qui se forme ; un bec, des bouts d'ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ; une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ; c'est un animal. Cet animal se meut, s'agite, crie ; j'entends ses cris à travers la coque ; il se couvre de duvet ; il voit. La pesanteur de sa tête, qui oscille, porte sans cesse son bec contre la paroi intérieure de sa prison ; la voilà brisée ; il en sort, il marche, il vole, il s'irrite, il fuit, il approche, il se plaint, il souffre, il aime, il désire, il jouit ; il a toutes vos affections ; toutes vos actions, il les fait. Prétendrez-vous, avec Descartes, que c'est une pure machine imitative ? Mais les petits enfants se moqueront de vous, et les philosophes vous répliqueront que si c'est là une machine, vous en êtes une autre. »

c) Ex. 3 : le matérialisme historique (Marx)

Au 19è siècle Karl Marx est dit “matérialiste”, dans un sens encore différent. Dans son analyse de la société et des idéologies, il décrit ces dernières non pas comme de véritables idées qui par leur puissance gouverneraient le monde (ce que pensait Hegel), mais comme des émanations illusoires de la seule réalité concrète agissante, à savoir l’économie et les forces sociales productives. Les idées et les idéologies, les consciences individuelles et collectives existent bien, mais elles sont le produit (reflet) des conditions matérielles d’existence. Selon Marx, le spiritualisme, dans toutes ses variantes, n’est qu’une idéologie qui tend à dissimuler l’influence réelle de l’organisation économique (en l’occurrence capitaliste) sur les mentalités, sur l’Etat, sur le Pouvoir, afin de justifier au nom de « grandes idées » l’exploitation du peuple et du prolétariat, en faisant passer ce système pour « libéral », « démocratique », conforme aux « Droits de l’homme », etc.…
- Critique. - Reste que c’est bien la doctrine de Marx, le « matérialisme historique », qui a conduit aux pires crimes contre l’humanité durant le 20è siècle : des crimes non pas virtuels, mais bien réels, non pas contre une Idée, mais bien contre des populations entières (on estime entre 65 et 85 millions de personnes le nombre de victimes des régimes communistes – URSS, Chine… -  durant tout le 20è siècle). Ce qui condamne le matérialisme en tant que tel, dans le cadre de cette doctrine, c’est le peu de cas qu’elle fait de l’individu en général, de sa liberté de conscience, de la conscience individuelle, au profit de la « conscience de classe », au profit des « masses », sa justification décomplexée de la violence (révolutionnaire) et sa haine vis-à-vis de tout ce qui revendique « l’esprit » en général.

2) Le spiritualisme

a) Ex. 1 : les hérésies gnostiques

Côté spiritualisme maintenant, commençons par un exemple extrême, tiré du contexte religieux des premiers siècles de notre ère : les hérésies "gnostiques". Peu après l'avènement du christianisme se développèrent diverses sectes, des hérésies (gnostiques, cathares, manichéens…) qui entrèrent en rébellion contre l'Eglise romaine. Ils reprochaient à celle-ci et à sa doctrine son défaut de spiritualisme, le fait d'accorder trop d'importance au monde matériel, et donc de favoriser la corruption. Les gnostiques refusent par exemple le dogme de l'incarnation et de la rédemption, car pour eux la chair synonyme de péché ne peut être sauvée et ne peut pas servir à sauver... Pour eux l'esprit, le divin, ne peut pas avoir créé la matière, c’est un autre dieu, un dieu mauvais qui a créé celle-ci pour propager le péché. Pour eux il y a bien deux mondes incompatibles et inégaux : celui de l'esprit (divin) et celui de la matière.
- Critique - Il est facile de voir que de telles positions peuvent servir de ferment à toutes sortes de radicalisme et d’extrémisme religieux - même si, en l’occurrence, ce furent plutôt les hérétiques qui furent persécutés à cette époque; là où nos radicaux actuels (de vraies hérétiques, cependant, au regard de la religion) revendiquent clairement le terrorisme. Le spiritualiste gnostique, obsédé par la pureté, ne veut pas admettre que le monde social ne puisse être parfait (comme la Cité de Dieu) ; il veut le paradis sur terre, ou à défaut rêve de transformer ce monde en enfer : en bref il mélange tout. L’extrémiste religieux est non seulement un hérétique, mais en tant que terroriste il renoue sans s’en rendre compte (il a beau être spiritualiste, l’intelligence n’est pas son fort) avec le paganisme le plus éloigné qui soit de la Révélation, puisqu’il ravive systématiquement ce qui avait fait l’objet d’un interdit absolu, par ladite Révélation, à savoir précisément la pratique du sacrifice (humain).

b) Ex. 2 : l’immatérialisme de Berkeley (17è)

 Autre exemple de spiritualisme, la doctrine de Berkeley (17è) ou l'immatérialisme : cette doctrine nie toute réalité matérielle pour affirmer l’existence exclusive des perceptions et des idées. Tout ce qu’on nomme ordinairement matière n’a pas d’existence en dehors du fait qu’elle est perçue, pensée ou connue par un esprit. En clair les choses n’existeraient pas s’il n’y avait personne pour se les représenter. Ultimement les choses sont pensées par l’Esprit divin, et c’est bien parce que notre esprit humain est l’émanation de l’esprit divin que nous percevons et pensons, globalement, les mêmes choses. C'est Dieu qui garantit que mes perceptions et mes idées coïncident avec celles des autres pour former un même monde. Berkeley critique par-là la thèse cartésienne d’une substance étendue, d’une réalité objective et matérielle derrière les perceptions sensibles. Pour lui il n’existe qu’une seule substance, spirituelle.
- Intérêt - Cette théorie peut certes paraître étrange et excessive, elle est pourtant originale en ceci qu’elle centre l’esprit sur le sujet d’une part (le sujet humain, malgré Dieu en arrière-plan), et sur la perception, d’autre part, grâce à laquelle ce même sujet appréhende la réalité matérielle. Même si l’existence séparée de la matière est niée – ou plutôt déclarée incompréhensible, en dehors de l’esprit –, c’est bien l’activité de l’esprit comme relation globalement « perceptive » avec le monde matériel qui est privilégiée par cette philosophie, somme toute « moderne » (elle préfigure le scepticisme métaphysique kantien à l’égard de toute connaissance des « choses en soi », limitant la connaissance aux objets dont nous pouvons faire l’expérience).

BERKELEY, Principes de la connaissance humaine (1710) – « Que ni nos pensées, ni nos passions, ni les idées formées par l'imagination n'existent hors de l'esprit, c'est que tout le monde accordera. Et il semble non moins évident que les diverses sensations ou idées imprimées sur le sens, de quelque manière qu'elles soient mélangées ou combinées ensemble (c'est-à-dire quels que soient les objets qu'elles composent) ne peuvent pas exister autrement que dans l'esprit de quelqu'un qui les perçoit. Je pense qu'une connaissance intuitive de cela peut être obtenue par quiconque prête attention à ce qu'on entend par le mot exister quand il s'applique aux choses sensibles. La table sur laquelle j'écris, je dis qu'elle existe : c'est-à-dire je la vois, je la sens ; et si j'étais hors de mon cabinet je dirais qu'elle existe, entendant par-là que si j'étais dans mon cabinet, je pourrais la percevoir, ou que quelque autre intelligence la perçoit effectivement. Il y avait une odeur, c'est-à-dire : elle était sentie ; il y avait un son : c'est-à-dire, il était entendu ; une couleur ou une figure : elle était perçue par la vue ou le toucher. C'est tout ce que je peux comprendre par ces expressions et autres semblables. Car, quant à ce qu'on dit de l'existence absolue des choses non pensantes, sans aucune relation avec le fait qu'elles sont perçues, cela semble parfaitement inintelligible. Leur esse [= "être" en latin] est percipi [= "être perçu"], et il n'est pas possible qu'elles aient quelque existence en dehors des esprits ou choses pensantes qui les perçoivent. »

Sans qu'il soit besoin de poursuivre, l’on voit bien le paradoxe de ces deux thèses opposées, spiritualisme et matérialisme : étant donné qu'elles rejettent ou qu'elles méprisent un aspect de la réalité, elles peuvent paraitre tout d’abord dogmatiques, mais surtout elles peinent à nous faire comprendre les relations effectives de l’esprit et de la matière. Si l’esprit possède une existence en soi aussi pure (spiritualisme), pourquoi la matière existe-t-elle ? La thèse gnostique d’un « mauvais démiurge » ne nous convainc décidément pas… Si la matière seule existe (matérialisme), pourquoi cette tendance des « atomes » à se complexifier, à s’alléger, à se « spiritualiser » ?

3) Le panthéisme (Spinoza)

Peut-on sortir du conflit matérialisme/spiritualisme en postulant l’existence d’une seule et unique substance, d’une seule réalité, dont l’esprit et la matière seraient simplement les deux versants complémentaires ? C’est la doctrine de SPINOZA, monisme d’un 3è genre appelée « panthéisme » : elle affirme principalement que « Dieu est la nature », substance unique pourvue de deux attributs, « la pensée » et « l’étendue », d’où elle conclut à propos de l’homme que « l'âme et le corps sont une seule et même chose, qui est conçue tantôt sous l'attribut de la pensée, tantôt sous celui de l'étendue » (Spinoza, Ethique, IIIe partie, Proposition II).
- Critique - Mais le concept spinoziste de « nature », hérité des philosophies de la renaissance, s’avère dépassé. D’une part il ne satisfait ni aux exigences de la religion (c’est même une hérésie !), ni aux réquisits de la science moderne telle qu’elle s’est développée depuis le 17è siècle.

Transition - La bonne question, celle qui pourrait faire admettre l’« égale » existence de la matière et de l’esprit, est peut-être d’ordre épistémologique, et non métaphysique. En effet, l'une des manières dont l'esprit peut s'intéresser à la matière, c'est d’abord de chercher à la connaître… Donc un dualisme, celui qui poserait la « bonne » relation de l’esprit et de la matière, serait inévitable, tandis que le monisme serait finalement intenable.

II / La connaissance de la matière par l’esprit (aspect épistémologique du problème)

1) Comment connaît-on la "matière" ? (Descartes, 17è)

Ce fut le problème de Descartes au 17è siècle. Descartes était “dualiste”, c’est-à-dire qu’il opposait bien la matière et l’esprit comme deux substances différentes, mais en leur accordant une égale réalité. Par exemple l’homme possède une âme (spirituelle) et un corps (physique).
Mais le problème que se pose avant Descartes est avant tout d'ordre épistémologique : il se demande comment l’on connait la matière et ses propriétés (Descartes veut promouvoir la science et le progrès technique).

Plaçons-nous d'abord dans l'optique d'une connaissance empirique, basée sur l'expérience. La matière désigne d’abord la réalité concrète et observable, en un mot tout ce qui constitue notre expérience sensible (définition de l'"empirique"). Question : l'observation et la sensation vont-elles nous apporter des informations objectives et certaines sur la matière même des choses ? Descartes pense que non, il soutient que la matière n’est pas objet de sensation mais de pensée, et il va le démontrer dans la seconde des Méditations Métaphysiques, sous le nom d'expérience du « morceau de cire ».
Le thème de ce passage est donc la connaissance des corps physiques.  Descartes commence par rappeler ce qui passe pour une évidence : ce que nous connaissons le mieux, avec la plus grande distinction, c’est-à-dire sans confusion, ce sont les corps physiques, les choses sensibles. Pourquoi ? Parce qu’ils affectent nos sens. Mais, il précise que c’est là ce que nous croyons le mieux connaître. Il faut donc mettre à l’épreuve cette croyance. En effet quand bien même je voudrais me représenter (percevoir ou imaginer) le plus grand nombre possible de formes que pourrait prendre un morceau de cire d’abeille, jamais je ne parviendrai à me les représenter toutes puisqu’elles sont en nombre infini. Alors ? Ce n’est pas avec les sens ni avec l’imagination qu’il est possible de les connaître, mais avec l’entendement, c’est-à-dire avec la faculté de concevoir, de former des concepts qui se distinguent à la fois des perceptions et des images formées par l’imagination. Le morceau de cire n’est connaissable et connu qu’au moyen de concepts, qui désignent des propriétés de la chose, ceux d’étendue et de mutabilité pour commencer (et bien d’autres). Ce morceau de cire n’est pas que cela, mais c’est seulement en cela qu’il est connu puisqu’il sera toujours étendu et muable, ce qui est une des définitions possibles de la matière.
Conclusion : Descartes en déduit que la matière n’est saisie que par la pensée et qu’elle est bien une réalité indépendante de l’esprit, une substance.

2) Pourquoi ne peut-on pas connaître entièrement la matière ? (la physique du 20è siècle)

Or la science moderne voit les choses un peu autrement. Elle cherche bien à connaître la matière, mais une matière qui s'« effrite » en quelque sorte toujours plus, et qui n'admet plus le qualificatif de substance...
La physique moderne divise la matière en « particules élémentaires » inobservables. Trois nouveautés sont à retenir.
- l’atome n’est plus un « insécable », on découvre des électrons qui gravitent autour ; il est composé d’un noyau, dans lequel existent de petites particules nommées quanta.
- et surtout, tous ces éléments ne sont plus que des quantités de force échangées, et non des solides consistants : l’univers n’est plus qu’un champ de forces !
- pire : la physique contemporaine a dû poser l’existence de nouvelles particules nécessaires pour expliquer l’expérience : les hypothétiques « quarks », pôles d’énergies jamais observés qui ne peuvent être décrits que mathématiquement. Autrement dit, c'est une ouverture au virtuel et à l'existence statistique.
La description de la réalité matérielle devient purement conceptuelle.
Conséquences : que nomme-t-on alors « matière » ?
1°/ Conséquences sur sa définition : elle n’est plus ce solide consistant, ce substrat ou cette substance qui se conserve en dépit du devenir sensible. La représentation des quatre éléments et au mieux de l'atome insécable, n’est qu’un préjugé dû aux limites de notre imagination. La matière est énergie, champ de force.
2°/ Conséquence sur la réalité de la matière : c'est un concept produit exclusivement par l'expérimentation et qui ne s'exprime que mathématiquement ; pour la science moderne la matière est largement dématérialisée.
Cela ne veut pas dire qu'elle n'existe pas ou que seul l'esprit concevant la matière existe (Berkeley). Il y a toujours un sujet-esprit et un objet-matière. Simplement la matière devient synonyme du Réel en tant que virtuellement inconnaissable (nos capacités de connaissance, d’observation et d’expérimentation de la matière sont limitées, même si l’on en connait un bout !).
Il faut donc bien admettre que non seulement tout n'est pas expliqué mais encore que tout n'est pas explicable. DONC on peut être sûr que tout n’est pas esprit et que « quelque chose » est matière, par opposition, tout à fait en dehors de l’esprit connaissant.
Conclusion : la matière, c'est le Réel, soit ce qui ne peut être connu totalement. Ceci est la négation radicale de la thèse de Hegel : "tout ce qui est réel est rationnel et tout ce qui est rationnel est réel".

On vient donc de montrer que la matière n'est jamais qu'un aspect de l'expérience humaine, en l'occurrence une borne à sa connaissance des choses. L'esprit est précisément l'autre face de cette expérience ; pas plus que la matière, l'esprit n'a pas de réalité absolue en soi. La matière et l’esprit, c’est l’homme, il est temps de se concentrer sur cet aspect anthropologique du problème. A savoir : comment penser l’union (ou la co-existence ?) de la matière et de l’esprit, autrement dit de l’âme et du corps, au sein de l’être humain ?

III – L'âme et le corps et le problème de leur union (aspect anthropologique du problème)

Le problème peut être illustré de la manière suivante. Lorsque je me brûle un doigt, je ressens une douleur vive, je sais qu’elle est physique et bien réelle ; lorsque j’ai une peine de cœur, je ressens une « douleur » de l’âme, qui n’est plus physique mais psychique, et pas moins réelle ; lorsque je m’ennuie en assistant à une conférence, j’éprouve une sorte de « souffrance » intellectuelle. Ces trois sortes de douleurs sont-elles comparables d’une manière ou d’une autre ? sont-elles les trois variantes plus ou moins subtiles d’une même insatisfaction, d’un même manque, ou bien sont-elles radicalement différentes ? Autrement dit l’intellect, l’esprit, est-il une réalité autonome ou bien un simple prolongement (neuronal, nerveux, donc physiologique) de ce qu’éprouve le corps ? Faut-il parler d’une « union » de l’âme et du corps, au sein d’une 3è substance ? Ou bien encore devons-nous parler plutôt d’une sorte de « fusion », d’un « ressenti » aussi bien corporel que mental qui définirait la « subjectivité » ?

1) Le point de vue des neurosciences (l’esprit comme… matière cérébrale)

Neurosciences : ensemble des sciences qui étudient le système nerveux, en particulier la neuropsychologie qui établit les relations entre l’activité mentale (les « fonctions » dites supérieures) et la structure du cerveau.

La thèse des neurosciences consiste généralement à réduire toute pensée à une activité du cerveau, soit une matière organique soumise à un ensemble de réactions chimiques.

1°/ la pensée n’est qu’une fonction de cet organe qu’est le cerveau
2°/ l’esprit humain appartient au domaine de la nature et donc se plie à ses lois ; la conscience ne serait que l’émergence d’un fonctionnement neurophysiologique très complexe.
3°/ l’esprit humain pourrait alors être pensé sur le modèle d’une machine hypersophistiquée aux combinaisons complexes : si l’ordinateur peut battre l’homme au jeu d’échecs, n’est-ce pas la preuve que les deux fonctionnent de la même façon ?

Mais si l'esprit n'était que matière sophistiquée, activité neurologique, il chercherait uniquement à augmenter son propre rendement, comme une machine, il ne perdrait pas de temps en questionnements sur le « sens » des choses. Les questions sur le sens, le « pourquoi », et le choix face à ce que je suis, ces questions restent entières. Ce ne sont pas des questions purement intellectuelles ; elles ont aussi une cause affective. Si nous n’étions pas aussi des êtres de chair, des êtres souffrants, il est sûr que les questions métaphysiques ne se poseraient pas.

2) Le spiritualisme psychologique (l’esprit comme intériorité) selon Bergson

Face à la montée des thèses scientifiques matérialistes, Bergson au début du 20è siècle affirme l'existence de l'âme ou de l'esprit, comme étant une réalité distincte du cerveau. Bien sûr il ne nie pas le rôle de ce dernier. "L'activité cérébrale est à l'activité mentale ce que les mouvements du bâton du chef d'orchestre sont à la symphonie. La symphonie dépasse de tous côtés les mouvements qui la scande ; la vie de l'esprit déborde de même la vie cérébrale." (Bergson, « L'âme et le corps »). Bergson admet qu'il y a une "relation" entre le cérébral et le mental, mais relation ou solidarité ne veut pas dire "équivalence" ou identité (cf. texte en dessous). Le cerveau a pour fonction de maintenir notre attention fixée sur la réalité extérieure, la vie active. Par exemple, dans son rapport à la mémoire, le cerveau sélectionne uniquement ce qui est utile et oublie le reste. MAIS il existe une autre mémoire, justement, et donc une autre forme de "mental", qui renvoie au subconscient et donc à la vie intérieure. Ce que Bergson appelle l'esprit ou l'âme n'est rien d'autre que cette vie intérieure qui n'a pas du tout les mêmes buts ni la même logique que la vie active.

BERGSON, « L'âme et le corps », 1912, in L'énergie spirituelle, PUF, p 36-37 : « Que nous dit en effet l'expérience ? Elle nous montre que la vie de l'âme ou si vous aimez mieux la vie de la conscience, est liée à la vie du corps, qu'il y a solidarité entre elles, et rien de plus. Mais ce point n'a jamais été contesté par personne, et il y a loin de là à soutenir que le cérébral est l'équivalent du mental, qu'on pourrait lire dans un cerveau tout ce qui se passe dans la conscience correspondante. Un vêtement est solidaire du clou auquel il est accroché, il tombe si on l'arrache du clou, il oscille si le clou remue, il se troue, il se déchire si la tête du clou est trop pointue, il ne s'ensuit pas que chaque détail du clou corresponde à un détail du vêtement, ni que le clou soit l'équivalent du vêtement, encore moins s'ensuit-il que le clou et le vêtement soient la même chose. Ainsi la conscience est incontestablement accrochée à un cerveau, mais il ne résulte nullement de là que le cerveau dessine tout le détail de la conscience, ni que la conscience soit une fonction du cerveau. Tout ce que l'observation, l'expérience, et par conséquent la science nous permet d'affirmer c'est l'existence d'une certaine relation entre le cerveau et la conscience. »

3) L’« union » de l’âme et du corps selon Descartes

La conception de l’homme comme composé d’âme et de corps est partagée par de très nombreux philosophes, qu’il s’agisse de Platon : « Ce qui nous constitue, n’est-ce pas d’une part un corps, et d’autre part une âme ? » (Phédon) ou de Descartes pour qui l’homme est « une seule et unique personne qui a ensemble un corps et une âme » (Lettre à Élisabeth du 23 juin 1645).
Une telle union corps/esprit est substantielle et naturelle dans la mesure où elle crée et permet l’avènement d’actes typiquement humains (donc constitutifs de son essence), comme par exemple le langage, qui peut d’une manière très simple se définir comme l’expression corporelle de la pensée. Ainsi Descartes écrit : « Le langage est l’unique signe et la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans le corps » (Lettre au marquis de Newcastle d’août 1645). L’union du corps et de l’esprit est telle que le corps en arrive à l’exprimer, à en être le signe.
Or Descartes est dualiste avons-nous dit : en théorie il distingue seulement deux substances, la pensée et l’étendue. Mais en pratique, et lorsque l’on observe l’homme, il en va autrement. Descartes émet alors l’hypothèse d’une 3è substance, qui serait précisément l’union des deux précédentes. L’homme est un tout, et c’est une évidence. « La nature n’enseigne pas ces sentiments que je ne serais pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire [autrement dit que l’âme commande au corps sans lui être liée, de façon extérieure] mais que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui » (Descartes, Méditations métaphysiques, VI).
Cela ne veut pas dire que l’âme est de même nature que le corps, simplement elle se joint au corps pour composer un tout, une unité qui est vécue « en moi », dans ma vie concrète d’homme, et notamment sur le mode des passions (en mode pathétique - du grec pathos). Entre le matériel et l'esprit vient donc se loger la sensibilité, les émotions, les passions. Les passions prouvent la relation intime, et donc selon Descartes l'union, de l'âme et du corps. L'homme se définit par cette union. C'est ce qu'on peut appeler la « réalité humaine ». Les passions renvoient à la vie, et la vie, en tant qu’éprouvée subjectivement, ne représente-t-elle pas la meilleure synthèse de l'âme et du corps ? Des philosophes contemporains, comme Michel Henry, soulignent le fait que la vie et la pensée, en l'homme, sont une seule même chose.
Mais pour comprendre ce point de vue, il vaut mieux parler de subjectivité, de fusion, au-delà même de cette notion vieillie et décidément trop problématique de « substance ».

4) La « fusion » de l’âme et du corps (le « corps propre » comme subjectivité et esprit)

On pourrait ici avoir recours à l’argument du « corps propre » qu’a développé la phénoménologie, où les relations entretenues par le corps et l’esprit excèdent l’union pour une sorte de transsubstantiation.
En effet, les phénoménologues pensent l’homme non plus comme strict composé d’esprit et de corps, car esprit et corps pour eux se confondent dans le corps propre qu’est le sujet humain, mais comme fusion des deux, au point qu’il n’y a plus de distinction bien nette entre les deux, et par là même plus vraiment de réelles relations.

L’homme est corps propre, et sa rationalité, sa conscience, tendent à se confondre avec le pathétique, le vécu. Ainsi Maine de Biran (18è) explique-t-il que la conscience provient d’une aperception primitive due à l’effort et à la résistance organique face au vouloir, la conscience se confondant alors pour lui totalement avec notre vécu pathétique: « J’agis, je commande le mouvement du corps, donc je suis non pas un je abstrait [référence au cogito ergo sum cartésien] mais une personne : je coexiste, moi voulant, au corps sentant et mobile. » (Essai sur les fondements de la psychologie et sur ses rapports avec l'étude de la nature, 1812).

Le corps propre annule donc la coupure ontologique existant entre l’esprit et le corps. Il n’y a pas de séparation de l’esprit et du corps dans la mesure où « je ne suis pas devant mon corps, je suis dans mon corps, je suis plutôt mon corps », écrit Merleau-Ponty (20è) dans la Phénoménologie de la perception. Ou encore dans la mesure où « j’existe mon corps », comme dirait Sartre (20è) dans L’être et le néant.
Il ne s’agirait donc plus de penser le corps, de l’objectiver (dans ce cas il ne m’appartiendrait plus), mais de considérer le corps comme pensant (voire comme parlant, à travers ses symptômes : point de vue de la psychanalyse). Le corps aussi est sujet, il y a une subjectivité corporelle. Le corps étant considéré comme un sujet, il n’est plus le serviteur de l’esprit, il devient un sujet de droit et non une chose, ou un « bien » que l’on possède, ce qui ouvre à des visées éthiques intéressantes.
Cela n’invalide pas pour autant, pas nécessairement, l’existence de l’« esprit » en tant que tel…

5) L'esprit existe-t-il ? Conscience, langage et "transcendance" (l’esprit comme extériorité ou altérité)

Pour revenir sur les thèses matérialistes qui réduisent l’esprit à l’activité du cerveau, ou qui le comparent à l’activité d’une machine, insistons sur le fait qu’il manque à la machine une fonction essentielle à l'esprit, laquelle n'est peut-être pas seulement une fonction : la conscience. La conscience comme fonction de synthèse des représentations et donc représentation du "je", mais aussi comme vécu subjectif et comme mémoire (thèse de Bergson). Même si la conscience n’est que le résultat de la complexité des structures du cerveau humain, ne produit-elle pas une différence de nature et non plus seulement de degré entre l’homme et les autres vivants, ou les machines perfectionnées, à partir du moment où elle impose une distance par rapport à soi, où elle ouvre une transcendance ? N'est-ce pas cela qu'on est en droit d'appeler "esprit" ?

La faiblesse d’une thèse spiritualiste comme celle de Bergson est celle de toutes les philosophies qui font de la conscience une intériorité et non une relation-au-monde. D’une part elles laissent inexpliquée la subjectivité du « corps propre » (nous avons essayé d’en rendre compte au § précédent), d’autre part elles ne rendent pas compte correctement de l’esprit comme transcendance et comme extériorité. Or comme l'affirment les "existentialistes", la conscience est bien d’abord une relation au monde, une transcendance. "Transcendance" n'exprime pas spécialement quelque chose d'immatériel... Cela exprime surtout l'au-delà de moi-même, c'est-à-dire tout ce qui me dépasse et avec quoi je suis néanmoins en relation. En ce sens, par exemple, autrui est transcendant. Tout ce qui provient d'autrui, d'une certaine façon, est spirituel : ce qu'autrui m'offre peut bien être matériel, mais dans ce don, l’intention est toujours signifiante ; la générosité même est spirituelle ! Si j'appelle « esprit » cette sorte de légèreté, de grâce, de bonheur qui préside parfois à mon rapport aux autres, il serait bien difficile de situer cette activité de la conscience dans un lobe particulier du cerveau ! L’esprit est donc relation, transcendance, en un mot : altérité.

Par ailleurs il faut analyser l’influence déterminante du langage, sur l’existence même, et sur l’esprit. L’esprit serait une relation avec l’Autre – d’abord unilatérale – au sein de la culture, de la société, par l’entremise du langage. Certes le langage, lui aussi, est lié à des conditions matérielles et corporelles (cerveau, parole, audition, etc.), comme le signalait Descartes, mais son surgissement dans mon existence individuelle et matérielle, est toujours le fait de l’Autre d’abord, dépendant de son bon vouloir. Et ne relevant d’aucune causalité matérielle. La parole qui s’adresse à moi la première fois est inanticipable, imprévue, miraculeuse. Pur don de l’Autre. Spirituelle, en ce sens. Tout comme le don de la vie…

Donc oui, indéniablement l’esprit ex-siste - sans renier le corps lui-même considéré comme altérité : le corps de l’autre représentera toujours pour moi le lieu de la plus grande altérité -, il se confond même avec l’existence dont il est un parfait synonyme, en tant que relation à l’Autre, et d’abord en tant que don de l’Autre (parole, langage).

Esprit et matière forment donc bien une seule et même réalitéhumaine – qui n’a rien de « substantielle » (faisant s’évanouir le problème de la dualité des substances et aussi celui de leur union), mais que nous qualifierons plutôt d’événementielle en raison de son lien constitutif avec l’Autre – auquel nous devons, de toute façon, l’existence et la vie.