samedi 23 mai 2009

La matière et l'esprit : deux réalités opposées ou deux aspects d'une même réalité ?

Niveau : terminales



Introduction


1) Distinction des concepts

Apparemment ces deux notions s'opposent, comme le haut et le bas, le chaud et le froid !
- La matière : tout ce qui existe « concrètement » et "visiblement" hors de notre esprit, c’est-à-dire ce est perçu par nos sens. Retenons ces deux premières caractéristiques : le concret (opposé à abstrait) et le sensible (opposé à intellectuel). Il faut lui en ajouter un autre, plus subtil : la matière est le substrat, la substance qui est susceptible de recevoir une forme.
- L’esprit. L'étymologie latine fournit le premier sens : 1) spiritus, « le souffle », « le vent », donc le souffle divin, les « Esprits » (êtres surnaturels) ou l'Esprit-Saint – 2) l’ensemble des facultés intellectuelles et psychiques de l’homme, voire son caractère (d'où des expressions comme « avoir l’esprit d’à-propos », « faire de l’esprit », « avoir l’esprit large ou étroit »)


Pourtant cette opposition n'est pas toujours évidente :
- la matière de la statue (bronze, comme le Lion d'Arras) n’est justement pas visible, c'est la forme et la couleur qui le sont
- de même, « la matière » sur laquelle travaille le physicien n'a plus rien à voir avec les fameux "éléments" (eau, air, feu, terre). L'atome lui-même semble une réalité non empirique, non observable directement, et presque abstraite.. Or, le non empirique, l’abstrait, semblaient relever de l’esprit et non de la matière ?
- Même travail sur des expressions qui contiennent le mot « esprit » : les « vins et spiritueux » des négociants en alcool sont bien éloignés de la pure pensée ! D'une façon générale, on ne peut accéder à l'esprit humain en dehors de ses manifestations (notamment le langage) et de ses oeuvres, plus ou moins matérielles.
Finalement, le spirituel ne semble pas se restreindre à l’immatériel, à l’incorporel mais flirter avec la matière.


2) Sens de leur opposition (problème)


Partons du premier constat, à savoir l'esprit et la matière semblent s'opposer, mais aussi des premières analyses : ils peuvent aussi se recouper. Il semble que cette opposition soit une authentique relation, elle ne signifie pas séparation mais probablement union : reste à comprendre quelle est la nature de cette union.
- Le problème a d'abord un aspect ontologique. Celui de la réalité respective de la matière et de l'esprit. L'esprit est-il une authentique réalité, de type immatérielle, ou simplement une forme plus subtile de la matière ? De son côté, si la matière est bien la réalité concrète, quelle forme a-t-elle exactement ? L'"eau" est-elle une réalité matérielle au même titre que l'atome ? Faut-il retenir plutôt le côté "sensible" ou le côté "base", substrat ? Mais peut-être que toutes ces réalités, en tant que définies, ne sont que des constructions de l'esprit humain ?
Donc : la matière et l'esprit sont-ils deux réalités opposées OU bien les deux aspects d’une même réalité ? Mais alors laquelle ?
- Le problème a ensuite un aspect anthropologique. Concernant la nature de l'être humain, l'opposition de l'esprit et de la matière recoupe l'opposition de l'âme et du corps. S'agit-il de deux substances distinctes comme le pensait Descartes ? Peut-on réduire l'une à l'autre : par exemple peut-on réduire l'esprit à l'activité cérébrale ? Ou faut-il supposer une 3è substance intermédiaire, assez énigmatique, l'"union" de l'âme et du corps, comme le pensait encore Descartes ? La" vie" ne serait-elle pas, finalement, une synthèse de l'âme et du corps, de l'esprit et de la matière ?




I. Réalité matérielle et réalité spirituelle

1) Matérialisme ou spiritualisme ?


La question est d'ordre ontologique : elle concerne la réalité même des choses. Le matérialisme soutient que seule existe la matière, et que l'esprit n'est qu'une forme de matière ou au pire un rêve et une illusion. Le spiritualisme au contraire soutient que seul l'esprit existe, et que la matière n'en est qu'une faible copie, une sorte d'apparence. Les deux théories sont également traditionnelles, même si le spiritualisme semble plus ancien, et davantage lié à la vision religieuse du Monde qui consiste à distinguer un Monde matériel, essentiellement voué à la corruption, et un arrière-monde Spirituel éternel et pur.


Côté matérialisme, on peut citer le grec DEMOCRITE qui fit de la réalité un ensemble d’atomes et de vide, un tout purement matériel. L'épicurisme est la suite logique de cette doctrine. Dans ce système, l’esprit, la pensée, n’est qu’un ensemble d’atomes, donc, comme « souffle divin » ou principe immatériel, il n’est qu’un mythe.


Côté spiritualisme, un exemple extrême : les "gnostiques". Peut après l'avènement du christianisme se développèrent diverses sectes, des hérésies qui entrèrent en rébellion contre l'Eglise romaine. Ils reprochaient à celle-ci et à sa doctrine son manque de spiritualisme, le fait d'accorder trop d'importance au monde matériel, et donc de favoriser la corruption. Les gnostiques refusent par exemple le dogme de l'incarnation et de la rédemption, car pour eux la chair synonyme de péché ne peut être sauvée et ne peut pas servir à sauver... Pour eux l'esprit, le divin, n'a rien à voir avec la matière. Il y a bien deux mondes incompatibles et inégaux : celui de l'esprit (divin) et celui de la matière. (cf. MANI et le manichéisme).


Sans qu'il soit besoin de poursuivre, on voit bien le problème de ces deux thèses opposées : étant donné qu'elles rejettent ou qu'elles méprisent un aspect de la réalité, elle sont dogmatiques : elles refusent d'examiner le rapport nécessaire entre la matière et l'esprit. Or l'une des manières dont l'esprit peut s'intéresser à la matière, c'est de chercher à la connaître...


2) Comment connaît-on la "matière" ? (Descartes, 17è)


La question est d'ordre épistémologique. Elle concerne la connaissance. Quand on pose cette question, on reconnait implicitement l'existence conjointe de l'esprit et de la matière, puisque la connaissance est le fait de l'esprit, en position de sujet, tandis que la matière est alors son objet.


Plaçons-nous d'abord dans l'optique d'une connaissance empirique, basée sur l'expérience. La matière désigne d’abord la réalité concrète et observable, en un mot tout ce qui constitue notre expérience sensible (définition de l'"empirique"). Question : l'observation et la sensation vont-elles nous apporter des informations objectives et certaines sur la matière même des choses ?


> Distinguer l’expérience sensible et la réalité objective :


Or il faut se rappeler que la matière ne se limite pas au "sensible", variable par nature. La matière désigne aussi et peut-être surtout le substrat informel, mais qui va recevoir une forme, c'est-à-dire ce qui est invariable dans l'objet perçu. Par exemple différentes robes peuvent être coupées dans une même matière : la soie. Or la soie – en soi, si je suis dire ! – n'est pas directement observable. Je peux voir un coupon de soie, mais pas la soie elle-même.


Conséquence étonnante : la matière n’est pas objet de sensation mais de pensée !
C'est ce que démontre Descartes dans la seconde des Méditations Métaphysiques, sous le nom d'expérience du « morceau de cire ». Le thème de ce passage est donc la connaissance des corps physiques. Descartes commence par rappeler ce qui passe pour une évidence : ce que nous connaissons le mieux, avec la plus grande distinction, c’est-à-dire sans confusion, ce sont les corps physiques, les choses sensibles. Pourquoi? Parce qu’ils affectent nos sens. Mais, il précise que c’est là ce que nous croyons le mieux connaître. Il faut donc mettre à l’épreuve cette croyance. Pour cela, il décide d’examiner la connaissance que nous avons d’un corps particulier, à savoir celui d’un morceau de cire d’abeille. Ce morceau de cire affecte nos sens, tous nos sens, de telle sorte qu’il est possible de lui attribuer certaines déterminations : odeur, couleur, taille, dureté, son. On peut dire que ce morceau de cire est, par l’ensemble des ses déterminations saisies par les sens, connu de nous. Seulement, toutes les déterminations saisies par les sens sont susceptibles de changer totalement si on approche ce morceau de cire d’une source de chaleur. Après cela, il affecte encore tous nos sens, mais de telle sorte qu’il a désormais des déterminations entièrement nouvelles, distinctes des premières. Pourtant, en dépit de ces changements, c’est toujours le même morceau de cire, il s’agit bien de la même chose.
Qu’est-ce que cela signifie ? Si c’est toujours le même morceau de cire, quoiqu’il ait changé d’aspect, qu’il n’affecte plus mes sens de la même manière, alors je ne peux plus dire que c’est par les sens que je le connais. Connaître vraiment quelque chose en effet, c’est le connaître indépendamment des changements de surface qui peuvent l'affecter. Certes cela ne veut pas dire que je ne saisis rien par les sens ou que ce que je perçois est de l’ordre de l’illusion ou du mirage. Cela veut dire seulement que ce que je perçois ne constitue pas une connaissance au sens vrai, à savoir : la saisie des déterminations propres à une chose quels que soient ses changement d’apparences.
Cette chose, ce corps, je ne le perçois pas, je le conçois. Comment ? Je peux l’imaginer, c’est-à-dire me le représenter sous la forme d’images que je peux produire. Or, quand bien même je voudrais me représenter le plus grand nombre possible de formes que pourrait prendre le morceau de cire, jamais je ne parviendrai à me les représenter toutes puisqu’elles sont en nombre infini. Cela prouve que l’imagination est incapable de représenter en une seule façon toute la réalité du morceau de cire, en l'occurrence le fait que c'est une chose changeante flexible... Ce qui reste du morceau de cire une fois éliminées les apparences sensibles, à savoir l’extension, la flexibilité et la muabilité – cad des propriétés matérielles - n’est pas imaginable. L’imagination ne permet pas de les concevoir, elle permet tout au plus de les illustrer.
Alors ? Ce n’est pas avec les sens ni avec l’imagination qu’il est possible de les connaître, mais avec l’entendement, c’est-à-dire avec la faculté de concevoir, de former des concepts qui se distinguent à la fois des perceptions et des images formées par l’imagination. Le morceau de cire n’est connaissable et connu qu’au moyen de concepts, ceux d’étendue et de muabilité. Ce morceau de cire n’est pas que cela, mais c’est seulement en cela qu’il est connu puisque il sera toujours étendu et muable, ce qui est une des définitions possibles de la matière. → Il se confirme que la matière est cette réalité qui garantit la permanence dans le devenir : une substance.


Conclusion : DESCARTES 1°/ différencie bien expérience sensible et réalité objective ; 2°/ il en déduit que la matière n’est saisie que par la pensée mais est bien une réalité indépendante de l’esprit, une substance. C'est la condition pour que l'esprit puisse la connaître.


3) Pourquoi ne peut-on pas connaître la matière ? (la physique du 20è siècle)


Or la science moderne voit les choses tout autrement. Elle cherche bien à connaître la matière, mais une matière qui s'effrite en quelque sorte toujours plus, et qui n'admet plus le qualificatif de substance...
La physique moderne divise la matière en « particules élémentaires » inobservables. 3 nouveautés sont à retenir.
- l’atome n’est plus une unité insécable, on découvre des électrons qui gravitent autour ; il comprend d’un noyau, lui-même composé de petites particules, les "quanta".
- et surtout, tous ces éléments ne sont plus que des quantités de force échangées, et non des solides consistants : l’univers n’est plus qu’un champ de forces
- pire : la physique contemporaine a dû poser l’existence de nouvelles particules nécessaires pour expliquer l’expérience : les hypothétiques « quarks », pôles d’énergies jamais observés qui ne peuvent être décrits que mathématiquement. Autrement, c'est une ouverture au virtuel et à l'existence statistique.
La description de la réalité matérielle devient purement conceptuelle.


Conséquences : que nomme-t-on alors « matière » ?
1°/ Conséquences sur sa définition : elle n’est plus ce solide consistant, ce substrat ou cette substance qui se conserve en dépit du devenir sensible. La représentation des 4 éléments et au mieux de l'atome insécable, n’est qu’un préjugé dû aux limites de notre imagination. La matière est énergie, champ de force.
2°/ Conséquence sur la réalité de la matière : c'est un concept produit exclusivement par l'expérimentation et qui ne s'exprime que mathématiquement ; pour la science moderne la matière est totalement dématérialisée.
Cela ne veut pas dire qu'elle n'existe pas ou que seul l'esprit concevant la matière existe (Berkeley). Il y a toujours un sujet-esprit et un objet-matière. Simplement la matière devient synonyme du Réel en tant que virtuellement inconnaissable. Descartes pensait que la matière seule, en tant que substance et non en tant qu'apparence sensible, était connaissable (cf. morceau de cire). La physique moderne soutient au contraire que seules les manifestations, les apparences de la matière sont connaissables empiriquement : par exemple une planète est observable et connaissable. A la limite, l'atome est connaissable. Mais, en-deça de l'atome (et contrairement au sens du mot atome), il y a toujours quelque chose de sécable et donc virtuellement quelque chose d'inconnaissable.


« Quelque chose » échappe toujours à l’esprit scientifique. C'est le principe même de falsifiabilité énoncé par popper. Dans une expérience, il y a toujours ces petits éléments concrets, ces détails que la science néglige pour ne retenir que le général. Popper dit que les théories ne sont jamais vérifiables absolument mais qu'elles sont vraies seulement tant qu’elles ne sont pas falsifiées. Il y a toujours quelque chose, à un moment donné, qui peut faire "tomber" une théorie. Il faut donc bien admettre que non seulement tout n'est pas expliqué mais encore que tout n'est pas explicable. DONC on peut être sûr que tout n’est pas esprit et que « quelque chose » est matière, par opposition, tout à fait en dehors de l’esprit connaissant.


Conclusion : la matière, c'est le Réel, soit ce qui ne peut être connu totalement. Ceci est la négation radicale de la thèse de Hegel : "tout ce qui est réel est rationnel et tout ce qui est rationnel est réel".


> On vient donc de montrer que la matière n'est jamais qu'un aspect de l'expérience humaine, en l'occurrence une borne à sa connaissance des choses. L'esprit est précisément l'autre face de cette expérience ; pas plus que la matière, l'esprit n'a pas de réalité absolue en soi.
> Il faut donc se recentrer sur l'homme et sur la distinction de l'esprit et de la matière, au plan anthropologique, soit distinction de l'âme et du corps – ou du psychique et du somatique. La réalité humaine est peut-être la seule réalité dont on puisse dire quelque chose de certain…




II – L'âme et le corps et le problème de leur union

1) Le spiritualisme psychologique


- La doctrine de Berkeley ou l'immatérialisme: cette doctrine nie toute réalité matérielle pour affirmer l’existence exclusive des perceptions et des idées. Celles-ci ne sont pas des essences comme chez Platon, mais des productions de l'esprit humain, l'âme. Rien de ce que nous percevons n’existe en dehors de nous. La réalité est de nature purement spirituelle, c'est-à-dire ici subjective. Pourquoi spirituelle ? Parce que créée par Dieu, lui-même Esprit. C'est encore Dieu qui garantie que mes perceptions et mes idées coïncident avec celles des autres pour former un même monde. Berkeley critique par là l’idée cartésienne d’une substance étendue, d’une réalité objective et matérielle derrière les perceptions sensibles. Mais on voit que cette thèse est d'origine religieuse…


- Bergson.

Face à la montée des thèses scientifiques matérialistes, Bergson au début du 20è siècle affirme l'existence de l'âme ou de l'esprit, comme étant une réalité distincte du cerveau. Bien sûr il ne nie pas le rôle de ce dernier. "L'activité cérébrale est à l'activité mentale ce que les mouvements du bâton du chef d'orchestre sont à la symphonie. La symphonie dépasse de tous côtés les mouvements qui la scande; la vie de l'esprit déborde de même la vie cérébrale." (Bergson, "L'âme et le corps"). Bergson admet qu'il y a une "relation" entre le cérébral et le mental, mais relation ou solidarité ne veut pas dire "équivalence" ou identité. Le cerveau a pour fonction de maintenir notre attention fixée sur la réalité extérieure, la vie active. Par exemple, dans on rapport à la mémoire, le cerveau sélectionne uniquement ce qui est utile et oublie le reste. MAIS il existe une autre mémoire, justement, et donc une autre forme de "mental", qui renvoie au subconscient et donc à la vie intérieure. Ce que Bergson appelle l'esprit ou l'âme n'est rien d'autre que cette vie intérieure qui n'a pas du tout les mêmes buts ni la même logique que la vie active.


2) Le point de vue des neurosciences.


Neurosciences : ensemble des sciences qui étudient le système nerveux, en particulier la neuropsychologie qui établit les relations entre l’activité mentale (les « fonctions » dites supérieures) et la structure du cerveau.


La thèse des neurosciences consiste généralement à réduire toute pensée à une activité du cerveau, soit une matière organique soumise à un ensemble de réactions chimiques.


1°/ la pensée n’est qu’une fonction de cet organe qu’est le cerveau
2°/ l’esprit humain appartient au domaine de la nature et donc se plie à ses lois ; la conscience ne serait que l’émergence d’un fonctionnement neurophysiologique très complexe.
3°/ l’esprit humain pourrait alors être pensé sur le modèle d’une machine hypersophistiquée aux combinaisons complexes, il n'y aurait pas de différence de fonctionnement entre un ordinateur et un humain.


3) L'esprit existe-t-il ? La notion de "transcendance"


Pourtant il manque à la machine une fonction essentielle à l'esprit, qui justement n'est peut-être pas seulement une fonction, il faut y insister : la conscience. La conscience comme fonction de synthèse des représentations et donc représentation du "je", mais aussi comme vécu subjectif. Même si la conscience n’est que le résultat de la complexité des structures du cerveau humain, ne produit-elle pas une différence de nature et non plus seulement de degré entre l’homme et les autres vivants, ou les machines perfectionnées, à partir du moment où elle impose une distance par rapport à soi, où elle ouvre une transcendance ? N'est-ce pas cela qu'on est en droit d'appeler "esprit" ?


La faiblesse des thèses spiritualistes est celle de toutes les philosophies qui font de la conscience une intériorité et non une relation-au-monde. Or comme l'affirment les "existentialistes", la conscience est bien une relation au monde, une transcendance. "Transcendance" n'exprime pas spécialement quelque chose d'immatériel... Cela exprime surtout l'au-delà de moi-même, c'est-à-dire tout ce qui me dépasse et avec quoi je suis néanmoins en relation. En ce sens, Autrui est transcendant. Tout ce qui provient d'autrui, d'une certaine façon, est spirituel : ce qu'autrui m'offre peut être matériel, mais dans ce don la générosité même est spirituelle ! Si j'appelle "esprit" cette sorte de légèreté, de grâce, de bonheur qui préside parfois à mon rapport aux autres, il serait bien difficile de situer cette activité de la conscience dans un lobe particulier du cerveau ! L’esprit est donc relation, transcendance.


4) La Vie, synthèse de l'âme et du corps, de l'esprit et de la matière

D’autre part si l'esprit n'était que matière sophistiquée, activité neurologique, il chercherait uniquement à augmenter son propre rendement, comme une machine, il ne perdrait pas de temps en questions sur le "sens" des choses. Les questions sur le sens, le «pourquoi », et le choix face à ce que je suis, ces questions restent entières. Ce ne sont pas des questions purement intellectuelles ; elles ont aussi une cause affective. Si nous n’étions pas aussi des êtres de chair, des êtres souffrants, il est sûr que les questions métaphysiques ne se poseraient pas.


Entre le matériel et l'esprit vient se loger la sensibilité, les émotions, les passions : il s'agit toujours de l'âme, mais en un sens particulièrement concret. Non pas au sens où ce serait observable et objectif, mais plutôt au sens de vécu et de subjectivité. Quelle que soit l'intelligence d'une machine, elle restera toujours en retrait par rapport à un animal sur ce plan là.


Les passions prouvent la relation intime, et même l'union, de l'âme et du corps. L'homme se définit par cette union. C'est ce qu'on peut appeler la réalité humaine. Les passions renvoient à la vie, et la vie ne représente-t-elle pas la meilleure synthèse de l'âme et du corps ? Des philosophes contemporains, comme Michel Henry, soulignent le fait que la vie et la pensée, en l'homme, sont une seule même chose. Le "cogito" selon Michel Henry n'est pas une pensée abstraite, mais un "se sentir soi-même" en tant que "vivant", une relation immanente à soi qui définit aussi bien la "vie".