mardi 15 juin 2010

Certaines coutumes peuvent-elles être qualifiées de "barbares" ? (introduction)



Quand les européens débarquèrent en Amérique, ils découvrirent des coutumes très étranges, très différentes des leurs (catholiques), dont ils ne comprirent pas la signification et qu'ils interprétèrent comme "barbares" et condamnables. Ils répondirent eux-mêmes par la violence et depuis (cf. La "Controverse de Valladolid", procès tenu en Espagne en 1550) l'Histoire a reconnu qu'un génocide a été commis par les conquistadores. Qui étaient les barbares ? Peut-on, plus généralement, qualifier certaines coutumes de "barbares" ?

Le mot "barbare" était employé par les Grecs pour désigner tous ceux dont la langue était étrangère et donc incompréhensible pour eux.  C'était une manière de rabaisser les peuples voisins en soulignant leur absence de culture, de civilisation, voire d'humanité. En effet l'on a tendance à qualifier de "barbare", généralement, tout ce que l'on ne comprend pas et que l'on méprise. D'autre part le terme connote indiscutablement une idée de violence, de brutalité, et peut s'appliquer à des comportements "inhumains".
Par ailleurs les "coutumes" sont des usages ou des pratiques enterrinées par une culture particulière ; elles ont à ce titre une raison, une signification symbolique, du moins à leur origine. N'est-ce pas justement lorsque cette signification s'altère avec le temps que certaines coutumes peuvent devenir – a fortiori aux yeux des étrangers – dérangeantes, inappropriées, voire intolérables et barbares ? Qu'est-ce qui justifie, aujourd'hui, les fameuses séances de "bizutages" censées symboliser et favoriser l'intégration des nouveaux étudiants au sein des Grandes Ecoles, alors que nous constatons régulièrement de nombreux "dérapages", à savoir que ces "honorables" coutumes sont surtout l'occasion d'infliger de cruelles humiliations "parce que cela s'est toujours fait et parce qu'on les a subies nous-mêmes avant" ? Comment faire la part entre de "vraies" coutumes honorables, valorisantes, réellement culturelles, et des pratiques condamnables qui ne font que se dissimuler derrière le voile de la culture et de la tradition ?
Le problème est donc de savoir s'il faut respecter également et systématiquement toutes les cultures et toutes les coutumes, ou bien si nous pouvons faire valoir d'autres critères de jugement, sans se contenter d'opposer notre propre culture aux cultures étrangères "dérangeantes".

Dans un premier temps il convient de rappeler ce qui, à l'évidence, fonde toute culture et donc la plupart des coutumes : le respect d'une appartenance sociale, ethnique, religieuse, linguistique. Les coutumes traduisent des valeurs indéniables, traditionnelles, particulières. Au nom de quel progressisme doublé d’ethnocentrisme pourrions-nous vouloir leur éradication ?
Inversement, nous devons bien admettre que certaines coutumes, surtout les plus archaïques, comportent des aspects violents (les sacrifices par exemple) qui entrent en conflit avec d'autres valeurs actuelles (comme les Droits de l'Homme). Ce serait faire preuve d'un "relativisme" irresponsable que de ne pas en tenir compte.
Finalement, la solution ne consiste-telle pas dans l'établissement de critères civilisationnels (universels) tels que certaines coutumes pourraient être "démasquées" comme faisant injure à l’humanité et donc à la culture, non en raison de leur étrangeté « pour nous » mais parce qu’elles auraient perdu toute signification symbolique et donc toute justification (les coutumes discriminantes à l'égard les femmes, par ex.).