samedi 20 septembre 2014

La Philosophie en Terminale II – Le Programme



1.0.0. - Auteurs, Notions et Problèmes

"Dans les classes terminales conduisant au baccalauréat des séries générales, le programme se compose d’une liste de notions et d’une liste d’auteurs. Les notions définissent les champs de problèmes abordés dans l’enseignement, et les auteurs fournissent les textes, en nombre limité, qui font l’objet d’une étude suivie."

1.1.0 - Liste des auteurs mis au programme

Les textes à expliquer à l'examen sont choisis parmi cet ensemble d’auteurs. Il est évidemment possible de lire en classe maints auteurs ne figurant pas dans cette liste.

1.1.1. - Antiquité et Moyen-Age - Platon ; Aristote ; Épicure ; Lucrèce ; Sénèque ; Cicéron ; Épictète ; Marc Aurèle ; Sextus Empiricus ; Plotin ; Augustin ; Averroès ; Anselme ; Thomas d’Aquin ; Guillaume d’Ockham.

1.1.2. - Epoque moderne - Machiavel ; Montaigne ; Bacon ; Hobbes ; Descartes ; Pascal ; Spinoza ; Locke ; Malebranche ; Leibniz ; Vico ; Berkeley ; Condillac ; Montesquieu ; Hume ; Rousseau ; Diderot ; Kant.

1.1.3. - Epoque contemporaine - Hegel ; Schopenhauer ; Tocqueville ; Comte ; Cournot ; Mill ; Kierkegaard ; Marx ; Nietzsche ; Freud ; Durkheim ; Husserl ; Bergson ; Alain ; Russell ; Bachelard ; Heidegger ; Wittgenstein ; Popper ; Sartre ; Arendt ; Merleau-Ponty ; Levinas ; Foucault.
1.2.0. - "Les notions définissent les champs de problèmes"

1.2.1. - Qu'est-ce qu'une Notion ? - Matériellement il s'agit d'un terme souvent ordinaire de la langue, mais qui s'est chargé de sens au point de désigner ce qu'on appelle communément une "Idée", un champ ou un aspect essentiel de la Réalité. L'Existence, la Technique, la Beauté… Il existe plusieurs termes proches comme le "Concept" ou le "Thème"…

1.2.2. – Des champs de problèmes- Dire que le programme de philosophie consiste en une liste de Notions ne paraît pas très exact, car la philosophie porte essentiellement sur des problèmes, non sur des notions – et encore, certains types de problèmes. Il y a un problème en général lorsque "quelque chose ne va pas", lorsque qu'une difficulté intellectuelle ou existentielle est suffisamment pénible pour qu'on parte en quête d'une solution Mais qu'est-ce qu'un problème philosophique ? A cet égard nous pouvons comparer la religion, la science et la philosophie.

1.2.3. – Les questions religieuses – Certains problèmes paraissent tellement tragiques et insolubles qu'on en fait plutôt des questions religieuses comme : Dieu existe-t-il ? y a t-il une vie éternelle après la mort ? notre destin est-il déjà tracé ? etc. L’on pourrait certes “tourner” ces questions (en forme de “Pourquoi ?”) de manière philosophique. Mais la religion ne les envisage qu’au moyen de la croyance et de la foi, non par la raison et la réflexion comme le fait la philosophie. Formulées d’une telle manière, aussi abrupte, aucune solution ne saurait apparaître qui n’ait été déjà choisie (si je me pose la question de l’existence de Dieu, c’est que j’ai déjà choisi, ou déjà besoin, d’y croire). Ce sont des questions qui demeurent sans solution rationnelle : ce sont des mystères.

1.2.4. – Les questions scientifiques - D'autres problèmes sont beaucoup plus précis et plus clairement formulables : ce sont les des problèmes scientifiques (pourquoi la Terre tourne t-elle ?), que l’on peut plutôt appeler des énigmes car elles seront tôt ou tard résolues. Ce sont des Pourquoi qui se ramènent toujours à des Comment ; elles portent sur le fonctionnement et non sur le Sens des choses. Le scientifique trouve des solutions grâce aux outils mathématiques et par l'expérimentation – qui lui permettent d’aboutir à des vérités certaines et prouvées –, deux méthodes étrangères au philosophe.

1.2.5. - Entre ces deux extrêmes se trouvent donc les problèmes philosophiques, bien spécifiques. Les questions philosophiques portent généralement sur l'Etre des choses, ce sont des questions en forme de "Qu'est-ce que?" Cette fois les questions ne portent pas sur Dieu (comme la religion) ni même sur la Nature (domaine de la science), mais sur l'Homme et sur son existence. Ce sont des questions universelles que les hommes se posent à propos de l'humanité et donc qu'ils se posent, également à titre personnel Ces questions donnent lieu à une réflexion philosophique, pas à une enquête de type scientifique. Pour autant ce ne sont pas des problèmes sans solutions rationnelles comme les mystères religieux, mais leurs solutions ne sont jamais données de manière définitive et quasi-exhaustive comme pour les problèmes scientifiques ; ce sont des problèmes dont la solution est approchée sans jamais être certaine ou définitive. Cependant, il faut bien se garder de confondre le philosophe avec un "sceptique définitif", quelqu'un qui passerait son temps à se poser des questions insolubles : indéniablement le philosophe cherche des réponses, mais des réponses qui demeurent "ouvertes".

2.0.0. - Les domaines de la philosophie et le contenu du programme

2.1.0. – Qu'est-ce que l'Homme ?

Comme on l'a dit la question principale se ramène à : Qu'est-ce que l'Homme ?

- Kant "Le domaine de la philosophie se ramène aux questions suivantes : 1) Que puis-je savoir ? 2) Que dois-je faire ? 3) Que m'est-il permis d'espérer ? 4) Qu'est-ce que l'homme ? "
A la première question répond la métaphysique, à la seconde la morale, à la troisième la religion, à la quatrième l'anthropologie. Mais au fond, on pourrait tout ramener à l'anthropologie, puisque les trois premières questions se rapportent à la dernière.
Car sans connaissances on ne deviendra jamais philosophe, mais jamais non plus les connaissances ne suffiront à faire un philosophe, si ne vient s'y ajouter une harmonisation convenable de tous les savoirs (…).»

Si le philosophe est « anthropologue » par essence, c'est parce que depuis fort longtemps il a abandonné aux "sciences" (expérimentales) l'étude et la compréhension de la Nature, pour se consacrer exclusivement à l'étude de lui-même en tant qu'Homme. En même temps, seule une connaissance humaine, la connaissance que l’homme a de lui-même peut unifier et donner un sens aux autres connaissances (cf. Kant).

2.2.0. - Les 5 champs de problèmes

"Dans toutes les séries, la liste des notions s’articule à partir de cinq champs de problèmes, eux-mêmes désignés par des notions, isolées ou couplées, qui orientent les directions fondamentales de la recherche."

2.2.1. - En série générale (les lettres L, S ou Es indiquent que l'étude de la notion est réservée à la série) :

Le sujet : La conscience - La perception (L) - L'inconscient - Autrui (L, ES) - Le désir - l'existence et le temps (L)
La culture : Le langage (L, ES) - L'art - Le travail et la technique - La religion - L'histoire (L, ES)
La raison et le réel : Théorie et expérience (L) - La démonstration - L'interprétation (L, ES) - Le vivant (L, S) - La matière et l'esprit - La vérité
La Politique : La société (L) - La société et les échanges (ES) - La société et l'État (S) - La justice et le droit - L'Etat (L, ES)
La morale : La liberté - Le devoir - Le bonheur

2.2.2. - En série technologique, 3 champs de problèmes seulement :

La culture : L'art et la technique - Les échanges
La vérité : La raison et la croyance - L'expérience
La liberté : La justice et la loi - Le bonheur

On remarquera que certaines notions (en italiques) servent à désigner des champs de problèmes, mais elles doivent être étudiées aussi pour elles-mêmes en tant que notions. De sorte que en STT/STG, par exemple, on distingue pour être très précis : 3 champs de problèmes, à l'intérieur de ces champs 2 problèmes particuliers (dont l'un formé par le couplage ou l'opposition de deux termes), ce qui fait 3 X 3 notions, et en comptant les titres des parties cela fait au total 12 notions !

3.0.0. - L’ordre et la logique du programme

3.1.0. – Introduction à la philosophie - Nous commençons par une leçon d'introduction sur la « Philosophie » et à la Classe de philosophie (cette leçon même).

3.2.0. – La 1ère partie du programme des séries générales s'intitule "le Sujet" : le Sujet n'est pas autre chose que l'Homme en tant que personne ou individu. Il s'agit de savoir ce qui définit ou ce qui détermine un être humain, non pas en tant qu'être social, d'abord en tant qu'être individuel.

3.3.0. – Puis vient la "Culture" (présente aussi en STT/STG) : on passe ici de la personne individuelle au genre humain dans son ensemble, car la culture n'est jamais individuelle mais transmission collective, elle appartient à l'humanité tout entière. Mais dans ces 2 premières parties, la forme de l'interrogation reste la même, elle est de l'ordre d'un "qu'est-ce que", on cherche à définir avant tout les caractéristique de l'humain.

3.4.0. - – Puis vient "La Raison et le Réel" en séries générales, "La vérité" en séries technologique : le problème à formuler est ici celui de la connaissance, autrement dit "que pouvons-nous connaître ?", la Vérité étant précisément l'objet même de la connaissance, le but ultime, puisque savoir quelque chose revient à savoir que cette chose est vraie… La partie de la philosophie qui traite cet ensemble de problèmes se nomme "l'épistémologie" (de "épistémè" en grec, le savoir), ou encore la "philosophie des sciences". Mais il est vrai aussi que la notion de Vérité renvoie à d'autres problèmes qui n'ont rien de scientifiques : le devoir de "dire la vérité" par exemple est un problème moral…

3.5.0. - - La "Politique" est la 4è partie pour les séries générales, tandis que le programme des STT/STG regroupe la politique et la morale sous le chef de la notion de "Liberté". La politique est le domaine de l'action collective, de l'action ou de la "pratique" (de "praxis" = action en grec), et non celui de la recherche théorique de la vérité (problème des sciences, 3è partie), ou celui de la détermination de l'essence (l'être-essentiel) de l'homme (1ère et 2ème parties). La philosophie s'intéresse donc à l'être social de l'homme et aux principes qui pourraient rendre cette existence sociale meilleure et plus juste.

3.6.0. – Enfin le programme se clôt avec la "Morale", elle aussi "pratique" puisqu'il s'agit de déterminer les règles pouvant guider les personnes à agir en vue de la meilleure existence possible, ce qu'on appelle ordinairement "le Bonheur"…

Le programme forme une sorte de boucle qui va de l'homme en tant qu'être individuel (une "Conscience") à l'homme en tant que personne morale agissant parmi ses semblables… Cinq figures de l'Homme se succèdent : l'individu, l'humanité, le savant, le citoyen, la personne. Si le thème central de la philosophie est l'Homme, le problème d'ensemble se précise. On pourrait l'énoncer ainsi : "qu'est-ce que l'Homme - en tant qu'être cultivé, individu membre d'une communauté - doit connaître et faire pour mener une existence digne et heureuse" ?

3.7.0. - Remarque. – La cohérence relative de ce programme, de ce projet de réflexion, ne doit pas voiler qu’il manifeste lui-même une certaine conception philosophique : il est orienté, d’une façon d’ailleurs assez académique (bien “française”…) vers la question de la morale et du bonheur. Il y a d’autres manières de faire de la philosophie et de concevoir un programme d’enseignement. Notamment, il n’est pas certain que la progression ainsi décrite soit la meilleure d’un point de vue pédagogique, où il serait peut-être plus indiqué de partir du plus simple en allant vers le plus complexe, ou du plus concret vers le plus abstrait. A moins que l’on ne choisisse une problématique générale, un fil conducteur (le Mal, la Vérité, etc.) qui n’impose une progression bien spécifique.

Le programme de Philosophie en TL


4.0.0. - Les repères

Enfin le programme se compose d'un dernier "élément", beaucoup plus "implicite" qu'explicite, c'est-à-dire qu'il fait partie de la matière philosophique et de l'apprentissage de toute façon :
"L’étude méthodique des notions est précisée et enrichie par des repères auxquels le professeur fait référence dans la conduite de son enseignement."

Ces repères sont des termes plus ou moins courants qui ont une grande importance dans la construction de la pensée et la pratique de la réflexion : ce ne sont pas des "thèmes" mais des "concepts opératoires" souvent présentés deux par deux sous forme d'oppositions (par exemple "absolu/relatif", ou "théorie/pratique". Il n'est pas question de leur consacrer un cours spécialement, on nous demande seulement de les souligner, de les définir et surtout de savoir les utiliser au fur et à mesure de l'évolution du cours – En voici la liste complète :

Absolu/relatif - Abstrait/concret - En acte/en puissance - Analyse/synthèse - Cause/fin - Contingent/nécessaire/possible - Croire/savoir - Essentiel/accidentel - Expliquer/comprendre - En fait/en droit - Formel/matériel - Genre/espèce/individu - Idéal/réel - Identité/égalité/différence - Intuitif/discursif - Légal/légitime - Médiat/immédiat - Objectif/subjectif - Obligation/contrainte - Origine/fondement - Persuader/convaincre - Ressemblance/analogie - Principe/conséquence - En théorie/en pratique - Transcendant/immanent - Universel/général/particulier/singulier