vendredi 31 décembre 2010

Philosophie et Science et de l'Histoire


0.0.0. - Introduction
0.0.1. — LES DEUX SENS DU MOT HISTOIRE. Le terme d’Histoire est ambigu et désigne deux ordres de réalité fort différents. D’une part, les événements, les actes, les faits du passé, c’est-à-dire la réalité historique objective ; d’autre part, la connaissance de ce passé : réflexion et recherche, voire science rigoureuse du devenir des hommes et des sociétés, qui représentent la face subjective de l’histoire. La situation de l’homme par rapport à l’Histoire - sa condition d'observateur-observé, est à l’origine de cette ambiguïté.
0.0.2. - PHILOSOPHIE ET SCIENCE DE l'HISTOIRE. L'Histoire comme connaissance du passé peut prendre à son tour deux formes : il y a d'une part la philosophie de l'Histoire, comme réflexion, compréhension du passé, et d'autre part la science de l'Histoire comme discipline scientifique. Les procédures et finalités de ces deux formes de discours sont assez différentes. La première tente de comprendre la fois la totalité de l'Histoire et le sens des grands événements historiques. La seconde étudie les faits historiques, les établit dans leur vérité et tente de les expliquer ; enfin elle se prolonge comme chronique du présent (journalisme).

0.0.3. — HISTOIRE OU HISTOIRES ? Une autre ambiguïté subsiste, provenant cette fois du fait que l’Histoire (comme recherche) consiste d’abord en un récit des événements passés. Après tout, “raconter une histoire” s’entend généralement d’abord à propos des fables et des fictions, même si l'Histoire, en tant que discipline, peut aussi revêtir la forme d'un récit. Tel est bien le sens du mot latin "historia" ; mais par ailleurs son équivalent en grec signifiait plutôt "recherche", "enquête", mettant alors l'accent sur la connaissance. C’est donc le problème de la vérité qui se trouve posé, mis en question dans le terme même d’”histoire”. Et c’est clairement l’objectif premier de la science historique de découvrir la vérité… Mais l’histoire est-elle une vraie science ?

0.0.4. - SENS OU CONSCIENCE DE L'HISTOIRE ? - Mais le problème spécifiquement philosophique reste celui du sens de l'Histoire. Le mot « sens » désigne tout à la fois : la signification d’une chose, son orientation, et son but. Comment les hommes doivent-ils interpréter d’abord leur présence sur terre (qui sont-ils vraiment, pourquoi sont-ils là), puis leur évolution, leur transformation collective ? Si l’on admet l’hypothèse d’un « progrès » à travers l’histoire, comment le caractériser ? L'humanité est-elle promise à une fin, à un achèvement glorieux… ou au contraire à une disparition sans reste et catastrophique, comme si tout cela n’avait aucun sens précisément ?
L'Histoire a donc un sens… ou pas, mais ce qui importe, n'est-ce pas plutôt la conscience de l'Histoire, c'est-à-dire précisément cette forme de conscience historique – au présent – qu'on appelle la Mémoire ? C'est l'obligation de mémoire qui s'impose à toute société et à chaque citoyen : l'Histoire est une conscience partagée, à la condition (non évidente) qu'elle soit concrètement entretenue.

Or c’est en associant étroitement la quête philosophique du Sens (partie I) et la quête scientifique de la Vérité (partie II) - sans quoi la quête du sens se perd en illusions, et sombre en idéologies - qu’une conscience historique (partie III) vraie peut émerger, au plan collectif comme au plan individuel.
L’on pourra enfin de se demander s’il est possible d’établir un parallèle entre Histoire individuelle et Histoire collective…