dimanche 29 juin 2014

Ce que la morale autorise l'État peut-il l'interdire ? (copie d'élève)

Par Jérémie, élève de terminale L (copie très légèrement retouchée au niveau de l'expression).


L’on se demande souvent si ce que la morale condamne, l’État pourrait se le permettre. Mais l’on peut également se poser la question inverse : ce que la morale autorise, l’État peut-il l'interdire ? Qu'est-ce que la morale, et qu'est-ce qu'elle censée nous autoriser ? Si on la distingue des mœurs, particulières à un groupe social, la morale définit des principes, un ensemble de valeurs universelles. La morale fait appel à nos facultés personnelles comme la raison, la conscience, la volonté, le devoir, afin de guider nos actions vers le bien commun et dans le respect inconditionnel de la personne humaine. On peut également s’intéresser au terme « autoriser » qui prend place entre « exiger » ou « prescrire » et inversement interdire. 
L’État est une personne morale représentant une Nation et dépositaire de la souveraineté d'un peuple. C'est également l'ensemble des institutions dirigeant un pays, promulgateur des lois et dépositaire de la force publique. Il est censé interdire tout ce qui nuit à la société c'est à dire la violence, le désordre, l'injustice, etc. 
Le problème est de savoir si l’État doit se laisser guider par la morale. Est-ce que malgré leur différence ces deux instances doivent être en harmonie. Nous verrons dans une première partie que les principes de la morale sont naturellement repris par l’État puisqu’ils visent tous deux le bien. La morale doit guider l’État : c'est le point de vu idéaliste. Dans une deuxième partie nous soutiendrons plutôt que la morale et la loi civile n'ont pas la même portée, car l’État ne s'occupe que de la collectivité, donc il possède ses propres règles. Enfin dans une dernière partie nous verrons que du point de vue du progrès de la civilisation et de la liberté, le rapprochement de la morale et de l’État est inévitable. 

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Dans notre première partie nous développerons que naturellement les principes de la morale doivent être repris par l’État car ils visent tous deux au bien, la morale doit guider l’État. La morale et l’État ont été créés pour lutter contre mal et la violence. Nous ne vivons pas dans un monde tout rose c'est pour cela que certains commettent des actes immoraux c'est à dire contraires au bien. Le désir de possession, la jalousie, la soif de puissance, en sont des exemples ; il semble que l’homme ne puisse pas s’empêcher de nuire à son prochain. C’est pour cela que des règles faisant appel au devoir et à la conscience «morale» ont été imposées. Mais l’origine ces règles sont aussi bien sociales que morales, un peu comme l'est l’autorité des parents sur leurs enfants. Il n’y a pas de distinction à ce stade entre règle morale intérieure et règle sociale extérieure. La morale et l’autorité politique, sans doute également l’autorité religieuse, ont été créées pour favoriser le bien dans le monde et éviter les mauvaises actions. Prenons l'exemple de choses que la morale interdit, comme le manque de respect envers autrui ou la maltraitance. Cette interdiction est reprise par l’Etat. 

Mais le fait de vouloir faire régner le bien, l'harmonie, implique de dépasser la lutte entre les hommes; cela suppose donc la connaissance morale (et intellectuelle) du bien. Selon Platon cette connaissance est le propre des philosophes : ce sont eux qui doivent enseigner la morale et aussi gouverner la cité. La République doit être gouverné par un homme qui possède la connaissance du bien. Le philosophe. 
Qu’encourage ou qu’autorise la morale ? Tout ce qui va dans le sens de la bienveillance, et là encore il s’agit d’une vertu morale mais aussi sociale. Par exemple une vertu comme le courage profite à la personne et à la société. Il y a aussi l'honneur qui est une qualité qui doit être recherchée individuellement, et pour cela elle devient sociale, on ne voit pas pourquoi l’Etat l’interdirait. 
Autre argument, selon Rousseau le Contrat Social est un acte de liberté d'abord personnel, et après collectif. Cet acte de liberté autonome consiste à accepter de me soumettre à la même règle que les autres. Donc ce que la morale autorise, tout ce qui vient de l’autorité de la morale, l’Etat va aussi le favoriser 

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Nous avons vu dans cette première partie que la morale devait guider l’État pour viser tous deux au bien. Dans cette deuxième partie nous allons voir que la morale et les lois civiles n'ont pas la même portée car l’État ne s'occupe que de la collectivité tandis que la morale s’occupe de la personne. 
Les fondements sont différents, ils peuvent être opposés 
Par exemple prenons Machiavel dans Le Prince qui défend l'autonomie de l’État et du Prince, par rapport à toute autorité extérieure comme la religion, et donc aussi par rapport à la morale. Il s'agit de donner les moyens d’être efficace à l’État et en utilisant la force s’il le faut. 
Beaucoup de choses sont autorisées par la morale mais interdites par l’État. Par exemple au nom de la bienveillance et de la générosité je peux vouloir adopter un enfant. Mais l’Etat au nom de la sécurité de l’enfant peut m’en empêcher ou bien me fixer des conditions très contraignantes. Ces règles sont sans doute nécessaires même si l’intention de départ aussi était bonne. 
Prenons à l’inverse un acte que la morale réprouve mais que l’État autorise (même problème mais formulé à l’envers). Prenons l'exemple de la guerre qui n’est qu’une extension et une justification du meurtre collectif. Même si la légitime défense est morale (se tuer n’est pas moral, c’est faire du mal à la personne humaine que je suis) le meurtre ne l’est pas. Donc c’est difficile de dire que la guerre est morale, elle est presque toujours immorale à cause des violences et des excès qu’elle entraîne. Et pourtant elle peut être justifiée s’il s’agit de se défendre contre une agression d’un pays voisin. 
Autre exemple, frapper les enfants a longtemps été une pratique courante. Cette pratique n’a jamais été morale car elle ne fait aucun bien, et elle n’aide même pas à éduquer, et pourtant elle était autorisée et courante chez les maîtres. La loi ne l’interdisait pas, mais maintenant oui. 
Donc nous pouvons conclure cette partie en affirmant que l’Etat ne suit pas toujours les interdictions ou les autorisations de la morale. 


Dans une troisième partie nous pouvons voir que du point de vue du progrès de la civilisation, au nom de la liberté et de la justice, le rapprochement de la morale et l’État est inévitable. 
Appuyons-nous sur une doctrine : l'utilitarisme. Pour celle-ci le but de la morale est exactement le même que celui de la société : c'est le bonheur. Il faut concilier le bien pour moi avec celui des autres, dans la mesure où nos intérêts sont communs. Il n'y a plus de contradiction entre les deux à partir du moment il faut se donner comme but le bonheur commun. 

Par exemple la liberté d'expression est quelque chose que la morale autorise et recommande puisqu’elle permet à la personne de s’épanouir. Bien sûr elle réprouve aussi certains excès de cette liberté, comme le fait de porter atteinte à l’honneur d’autrui. C’est exactement aussi le point de vue de l’Etat : non pas parce que celui-ci devrait « suivre » la morale, comme s’il prenait sa source dans la morale ainsi que nous le disons dans la première partie, mais parce que le but est le même : s’épanouir individuellement à partir du moment où la société s’épanouit aussi dans la liberté. 

Prenons un dernier exemple : une attitude morale et pleinement généreuse prône l'entre-aide et la solidarité à l’égard des migrants, ou même des étrangers en situation irrégulière. La morale va l'autoriser mais l’État non. L’Etat est dans son droit de veiller au maintien de l’ordre. Mais la question à se poser est plutôt : quel est l’intérêt de tous ? quelle est la solution la plus réaliste et la plus intelligente ? L’Etat ne risque-t-il pas d’engendrer la violence en voulant uniquement l’Ordre tout en se moquant de la morale ? Finalement l’Etat tente d’être juste en permettant la solidarité, tout en l’organisant et en la limitant dans le cadre de la loi. La justice ce n’est pas de permettre n’importe quoi et la générosité pure des « belles âmes » n’est pas toujours juste. 

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Chacun voudrait spontanément que la loi soit « morale » ou que le fonctionnement de l’Etat soit « parfait ». Mais ceci n’est qu’un fantasme idéaliste pouvant s’avérer dangereux. Par définition la loi a pour but de limiter nos libertés tout en les garantissant. La loi elle-même doit limiter ses ambitions. Donc quelques fois elle interdit des actes que la morale condamne et inversement elle en permet d’autres que la morale réprouve. En effet la loi étant essentiellement sociale, elle fournit des règles plus précises et moins universelles que ne le sont les principes moraux. Le fait que la morale entre parfois en contradiction avec la loi ne paraît pas anormal, c’est peut-être l'une des conditions pour conserver notre sens critique. Au final la Justice basée sur l’intérêt commun est la valeur intermédiaire qui doit être prise en considération entre le Bien moral et l’ordre social.