dimanche 18 novembre 2018

Liberté ou libération ? Sommes-nous libres ou devons-nous le devenir ?


Introduction

- Une fausse évidence : faire ce qu’on veut (liberté d’action) - Immédiatement, l'on serait tenté de définir la liberté comme le pouvoir de faire ce que l’on veut, ce qui revient à assimiler la liberté avec un pouvoir d'agir, une puissance. Or, considéré dans l’absolu, ceci ne s’applique qu’à une forme « naturelle » de liberté, beaucoup plus fantasmée que réelle, en ce sens que les limites justement « naturelles » de cette puissance d’agir sont bien vite atteintes. Le contraire de la liberté se rencontrerait dans l’impossibilité d’échapper à la nécessité naturelle.

- Approfondissement : vouloir ce qu’on fait (liberté de l’esprit) - De toute façon il faut bien vouloir d’abord ce que l’on peut faire, afin que cette action puisse être considérée comme libre. La liberté ne consisterait-elle pas plutôt à vouloir ce que l'on fait ? Liée fondamentalement à la volonté comme telle, la liberté serait la faculté de choisir et de juger par soi-même, de se déterminer de façon autonome, en dehors de toute contrainte extérieure (autrui, la famille…) ou même intérieure. Or, justement, qu’est-ce qui me prouve que mes propres décisions ou mes propres choix sont effectivement libres ? Ne peuvent-ils pas être secrètement influencés, directement ou indirectement, voire déterminés par des pressions psychologiques internes (peur, folie…) ? Le contraire de la liberté relèverait d’une aliénation intérieure. Quoi qu’il en soit la liberté de l’esprit semble bien essentielle, la condition même d’une liberté de la personne…

- Prolongement : la liberté en commun (morale et politique) - Cependant si la liberté de l’esprit est une condition nécessaire, elle n'est pas une condition suffisante. Qui oserait prétendre qu'on est libre en prison? Pour réaliser la liberté, il faut encore tenir compte de l’existence nécessairement sociale de l’homme. De ce point de vue la liberté ne peut s’envisager que « en commun », ce qui implique de définir des limites, sociales et morales. D’un point de vue social et juridique la liberté se limite à « ce qui est permis », je ne suis libre de faire que ce que la loi autorise… « Etre libre de... » signifie simplement « avoir le droit de... ». Politiquement, je suis libre quand je ne suis pas soumis à une tyrannie qui bafoue mes droits élémentaires de citoyen et en général d’être humain.  Enfin l’aspect moral est inséparable de l’aspect social, car en effet le premier devoir est de respecter la loi. Donc d’un point de vue moral, je ne peux vouloir que ce que je dois (auto-nomie), car notre conscience nous interdit d’enfreindre la loi : je suis libre si j’obéis volontairement aux règles, et pas seulement sous la contrainte. Le contraire de la liberté résiderait donc dans ces contraintes extérieures qu’impose la société (même si en conscience je les accepte).

- Liberté donnée ou liberté conquise ? - Enfin et surtout, si l’on ne peut nier l’existence d’une liberté – au moins relative et limitée – qu’elle soit physique ou intellectuelle, rien ne prouve que cette liberté soit immédiatement donnée. Peut-être est-elle, au contraire, toujours à conquérir, surtout dans ses dimensions politiques et sociales : auquel cas l’on se demandera si le cœur problématique de cette question de la liberté n’est pas une tension entre liberté et libération. On peut même nier la liberté naturelle de l’homme (y compris comme liberté spirituelle) et militer pour que l’homme se libère de ses chaînes.
Toute liberté n’est-elle pas, finalement, liberté d’expression ? Exprimer, n’est-ce pas délier, désaliéner les choses, les libérer non seulement de la contrainte mais aussi de la raison, de la loi, pour leur rendre une certaine légèreté d’être? De ce point de vue donc, le contraire de la liberté résiderait dans l’impuissance à s’exprimer et donc à se libérer de toute servitude…

vendredi 12 octobre 2018