samedi 5 juin 2021

La recherche du Bien et du Bonheur (cours)

Introduction

Le « Bien » est, en général, la finalité de toute action possible. Les hommes cherchent naturellement le bien pour eux : même le « méchant » pense faire le bien, si ce n’est pour autrui, au moins pour lui-même. 
Certains hommes cherchent le bien pour eux-mêmes et pour les autres. Mais tous les hommes ne le devraient-ils pas ? C’est ici qu’interviennent des termes comme éthique, mœurs, moralité, et aussi devoir. Ces expressions sont proches et leur signification peut varier en fonction des époques et des contextes. Il y a d’abord une morale sociale, imprégnée de valeurs religieuses, traditionnelles, locales, coutumières : c’est ce qu’on appelle les « mœurs » (les « bonnes mœurs »), très variables d’une région à l’autre. Ce sont avant tout des règles socialement contraignantes, non écrites, transmises via l’éducation, auxquelles il vaut mieux se conformer pour être « intégré » dans la communauté. Il y a ensuite l’éthique et la morale, deux concepts qui renvoient à des convictions et à des valeurs à la fois plus personnelles et plus réfléchies, donc rationnelles et prétendant à ce titre à une certaine universalité (valant pour tous). La moralité renvoie plutôt à la conscience intérieure que chacun se forme de son « devoir », un impératif qui doit primer absolument sur les tendances personnelles, et qui identifie le « bien » suprême au mérite. 
La question morale par excellence est donc : qu’est-ce que faire le bien (de bonnes actions), et par extension, qu’est-ce qu’être quelqu’un de bien (une bonne personne) ? Mais faire son devoir, donc être quelqu’un de bien moralement, cela peut-il nous apporter le bonheur ? En effet être quelqu’un de bien, ce n’est pas seulement être raisonnable et volontaire en veillant sur soi et sur les autres (autrement dit, être moral) ; n’est-ce pas aussi incarner ce « bien » dans sa personne durablement et donc d’une certaine façon « réussir sa vie » (trouver le bonheur), voire être une « belle personne » (à la fois « bonne » et heureuse, rayonnante), voire vivre libre comme un « sage » libéré de toute contrainte ?

En effet il est difficile de séparer le Bien moral et le Bonheur, même si les deux concepts diffèrent. "Tous les hommes cherchent le bonheur", dit Aristote, justement parce que le bonheur représente en général l'ensemble des biens souhaitables… Le Bonheur pourrait se définir comme la satisfaction complète et durable de tous nos désirs, ou à défaut des plus importants. C'est en quoi il faut le distinguer des simples plaisirs passagers, et peut-être même de la joie. On le considère en général comme le but de la vie, voire comme l’équivalent d’une « vie réussie ». Mais qu’est-ce qu’une vie réussie, une belle vie ? Ce qui représente pour moi la réussite peut bien représenter l’échec pour un autre !
L’étymologie ne nous aide guère, puisqu’elle fait remonter le bonheur à l’idée de chance : « bonne-heure», bonne nouvelle, « mal-heure », mauvaise nouvelle… Comment pourrions-nous faire du bonheur l’objet d’une réflexion philosophique s’il se ramène à une affaire de chance ? Mais cette voie est celle de la superstition. 

Concernant la difficile conciliation entre Bonheur et Bien moral, nous proposons de frayer entre plusieurs théories afin d’aboutir à une solution.

- I – D’abord la position des Anciens, qui réunissent dans leur éthique de la « vertu » ces trois finalités essentielles que sont le Bien moral, le Bonheur et la Liberté. Ils considèrent en effet qu’il faut être quelqu'un de "bien", de vertueux, pour "réussir sa vie" et ainsi être heureux. Mais au prix d’une éthique élitiste et plutôt individualiste : il faut être sage et philosophe pour être quelqu’un de bien.
- II – Sous l’influence du christianisme, les philosophes modernes proposent une morale à la fois plus altruiste, plus universaliste et plus démocratique. La morale consiste à faire son Devoir en respectant des principes universels. Par ailleurs ils voient éventuellement dans le bonheur une récompense mais non une conséquence mécanique de la conduite vertueuse. Pour Kant notamment il faut d’abord faire son devoir (par respect pour l’humanité) et penser au bonheur ensuite (par intérêt personnel).
- III – Puis, à l’époque des Lumières, le bonheur vient à être considéré comme un droit pour tous, auquel la société doit pourvoir. Comment à nouveau réunir les conditions du bonheur (le mien) et les conditions de la moralité (le Bien de tous) ? Peut-on vraiment être heureux si les autres sont dans le malheur ? L’idée du bonheur ne dépend-elle pas justement d’un Idéal humaniste, moral aussi bien, qui pourrait unir tous les hommes ? Mais ce bonheur, pour être partageable justement, ne risque-t-il pas de devenir trop matérialiste et donc, paradoxalement, trop individualiste ?
- IV – Cependant par définition un idéal n'est qu’une projection, un rêve irréalisable. Dans ces conditions, pourquoi ne pas rechercher en soi-même les conditions d'une "belle vie", une vie joyeuse et heureuse ici-même et maintenant ? Le bonheur est-il un but dans la vie (ce que semble sous-entendre l'expression "réussir sa vie", avec l'idée d'accomplir quelque chose, de se réaliser, etc.) ou simplement une manière de vivre (ce que laisse entendre plus simplement mais énigmatiquement l'expression : "belle vie"), en essayant de prolonger la joie ? Et qu’est-ce qui procure par excellence de la joie ? N’est-ce pas la création, le fait d’œuvrer pour soi et pour les autres, en leur donnant les conditions pour être à leur tour des créatifs ? Et ne serait-ce pas alors une manière de rejoindre l’éthique ?